Ethiopie…Une nouvelle loi électorale

* L'Éthiopie traverse une crise politico-ethnique, marquée par des violences intercommunautaires et l'assassinat fin juin de cinq hauts responsables, dont le chef d'état-major de l'armée et le président de la région Amhara
 

Même si les contraintes sécuritaires et logistiques continuent à faire peser un doute sur la tenue des élections prévues en mai 2020, le Parlement éthiopien a adopté samedi une nouvelle loi électorale qui marque une étape clé vers un changement radical dont le pays a certainement besoin.
Selon la radiotélévision Fana BC, proche du pouvoir, les parlementaires ont adopté une nouvelle loi sur les élections et les partis politiques, lors d'une «session d'urgence». Sachant que les élections législatives, à l'échelon fédéral et régional, sont actuellement prévues en mai 2020.
Le Premier ministre, Abiy Ahmed, entré en fonction en avril 2018, a promis que ces élections seraient «libres», «justes» et «démocratiques».
M. Abiy, qui a notamment libéré des prisonniers politiques, levé l'interdiction pesant sur certains partis politiques et signé un accord de paix avec l'Érythrée, estime que ces élections puissent marquer une nouvelle étape des réformes.
Il faut rappeler que le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF), la coalition qui dirige l'Éthiopie depuis 1991, avait raflé lors des élections de mai 2015, l'ensemble des 547 sièges de la chambre basse du Parlement. Sachant que le comité exécutif de l'EPRDF s'est engagé, début août, à ce que les élections aient lieu l'an prochain.
M. Abiy a également soutenu ce calendrier lors d'une récente conférence de presse, mais aussi promis que les partis d'opposition auraient leur mot à dire sur la date définitive de ces élections.
De nombreux acteurs politiques, membres de la société civile et diplomates ont mis en doute la capacité de l'Éthiopie à organiser ces élections à la date prévue, en raison du contexte sécuritaire.
L'Éthiopie traverse une crise politico-ethnique, marquée par des violences intercommunautaires et l'assassinat fin juin de cinq hauts responsables, dont le chef d'état-major de l'armée et le président de la région Amhara.
Certains partis politiques ont également fait valoir que les élections ne devraient pas avoir lieu tant que le pays n'aura pas procédé à un nouveau recensement, ce qui apparaît très improbable, selon les analystes.
Samedi, les parlementaires ont notamment rejeté une clause qui prévoyait qu'un siège de député soit automatiquement attribué à une femme dans le cas où elle serait arrivée à égalité avec un homme à l'issue des élections.

A contrario, ils ont approuvé une disposition requérant qu'un parti politique national ait au moins 10.000 adhérents, et un parti régional 4.000.
Le parlement a approuvé, le mois dernier, une amnistie de dissidents politiques en Ethiopie, dont plusieurs milliers ont récemment été libérés dans le cadre des réformes menées par Premier ministre Abiy Ahmed.
Selon la radiotélévision Fana «la loi accorde l'amnistie aux individus et aux groupes qui font l'objet d'une enquête ou qui ont été condamnés pour trahison, atteinte à l'ordre constitutionnel ou lutte armée».
M. Abiy a été encensé pour ses initiatives visant à bousculer le statu quo au sein d'un pays critiqué de longue date par les défenseurs des droits de l'homme pour la brutalité de ses forces de police, l'emprisonnement de ses dissidents et l'absence d'ouverture de son espace politique.
Depuis son arrivée au pouvoir en avril, outre la libération de milliers de prisonniers, dont certains opposants de premier plan, le Premier ministre a annoncé des réformes économiques et mené un spectaculaire processus de paix avec l'Érythrée.
Il a également porté au rang de priorité le rapprochement avec des partis d'opposition.
En juillet, Fana avait rapporté que des directeurs de prison avaient été licenciés pour avoir «échoué à assumer leurs responsabilités et à respecter les droits humains des prisonniers».
Récemment, l'ONG Human Rights Watch a dénoncé des cas de torture, de viol et de privation de nourriture au sein d'une prison de la région Somali, une zone instable située dans l'est du pays.
Ces réformes contrastent avec la politique menée jusqu'ici par l'EPRDF, la coalition au pouvoir qui occupe avec ses alliés tous les sièges du parlement.