Soudan : Le Nil très en colère…

* Des crues ont inondé des dizaines d’habitations, situées sur les rives orientales du fleuve, poussant les habitants à fuir à bord d'un ferry, pour rejoindre le plus proche endroit non inondé.
 
* Des milliersde maison détruites ou endommagées par les inondations 
 
* Il faut juste que les autorités construisent des digues, mais nous ne partirons pas
 

La crue du Nil fait partie intégrante de la nature des choses, avec à chaque fois, ses bienfaits, mais aussi son lot de désolation. Ceux qui habitent sur les rives de ce fleuve mythique, ont appris à la fois, à en tirer tous les avantages possibles, mais aussi à craindre et surtout à s’attendre aux méfaits de ces crues.
Le Soudan vient de connaître une nouvelle colère de leur fleuve. Des crues ont inondé des dizaines d’habitations, situées sur les rives orientales du fleuve, poussant les habitants à fuir à bord d'un ferry, pour rejoindre le plus proche endroit non inondé.
Comme toutes les fois, quelques jours après la crue, les habitants cherchent à retrouver leurs maisons, surtout au nord de Khartoum, la capitale soudanaise.
Toute personne faisant ce trajet, qui n’est pas simple, car il doit naviguer au milieu des matelas flottants, de l'équipement électroménager et des branches d'arbres.
Un homme de 57 ans témoigne : «J'ai vécu toute ma vie dans ce village et n'ai jamais vu une pareille inondation», avant d’ajouter que «toute ma maison a été détruite». Et de conclure : «Je peine à reconnaître ma maison et j'essaye de l'identifier, comme certains l'ont fait, à partir des arbres autour ». Son habitation est l'une des milliers détruites ou endommagées par les inondations qui ont récemment touché au moins 15 Etats et près de 200.000 Soudanais.

Au moins 62 personnes ont été tuées et près de 100 blessées, a indiqué l'agence officielle Suna, qui a cité un responsable du ministère de la Santé affirmant que la crise n'avait «pas atteint un niveau (suffisant) pour être déclarée en état de catastrophe naturelle». Bénévoles et humanitaires se sont immédiatement rendus sur les lieux d'inondation. Les autorités ont envoyé camions et bateaux pour sauver les familles touchées et leurs effets personnels.
La route principale à l'entrée du village de Wad Ramli est parsemée de meubles trempés et de dizaines de tentes où se sont réfugiées des familles. 
Farouk Ahmed, responsable d'une équipe du Croissant-Rouge, explique : «Nous n'avons pas pu recenser le nombre de maisons affectées à Wad Ramli à cause de l'accroissement du niveau des eaux». Selon lui, le village abritait environ 6.000 habitants.
Et, alors que les villageois de Wad Ramli ont déjà été touchés, les habitants des villages alentour se préparent à voir la crue progresser.
«Nous avons placé des piles de sacs de sable autour des maisons pour réduire les dommages si nous sommes touchés par les inondations, surtout après que l'eau a encerclé notre village», affirme un agriculteur de 35 ans, qui explique tout fait pour se protéger de la montée des eaux.
Un autre habitant dit craindre une épidémie, car «moustiques et mouches volent partout».
Des cliniques de campagne ont été installées à l'entrée de plusieurs villages, mais médicaments et denrées manquent, selon les humanitaires. Des centaines de villageois désormais installés dans des tentes réfléchissent aux moyens de retourner chez eux.
«Nous avons vécu dans ce village toute notre vie. Nous devrons y retourner et reconstruire nos maisons. Il faut juste que les autorités construisent des digues, mais nous ne partirons pas», affirme une habitante.

Un étudiant de 19 ans, dit avoir perdu ses pièces d'identité et ses documents d'inscription à l'université, avant d’ajouter que «l'année académique va bientôt débuter et je n'ai aucune idée de la manière dont je vais pouvoir m'inscrire après avoir tout perdu.
Ces inondations surviennent dans un contexte de transition vers un pouvoir civil au Soudan. Vendredi, le nouveau Premier ministre Abdallah Hamdok s'est rendu à Wad Ramli et a appelé à accroître les efforts humanitaires. Cette crise devrait durer jusqu'en octobre, fin de la période des pluies, a estimé l'ONU.
Le Premier ministre et le Conseil souverain majoritairement composé de civils doivent superviser une période de transition de 39 mois, conséquence de la destitution en avril du président Omar el-Béchir après trois décennies à la tête du pays.