Gabon .. Une reprise qui se fait attendre

Le Gabon, pays d'Afrique centrale où la forêt luxuriante se mêle à la savane et aux plaines côtières, l'exploitation du bois pendant la période coloniale, puis du pétrole à partir des années 70, a laissé le secteur agricole en friche.
«Ici, les agriculteurs sont vus comme des analphabètes, un métier pour les plus démunis qui ne savent faire que ça», se désole un maraîcher âgé de 33 ans, car ajoute-t-il «le travail de la terre était un sous-métier». Cette idée a germé dans l'esprit de nombreux Gabonais, du fait de l’économie de rente.
Une des raisons qui peuvent faire pleurer une mère gabonaise, est de savoir que son fils compte se consacrer au travail de la terre. Des larmes de honte. Comme été le cas de la mère, lorsque Bollah Muslim, son fils, lui a fait l’annonce. Surtout que ce fils est technicien pétrolier. Actuellement, ce fils prodigue, s’est avéré prodige, il cultive avec fierté une petite parcelle de terre en plein cœur de Libreville.
 
L’Etat, fait tout pour pousser les jeunes vers le travail de la terre. Il assure les crédits, mais aussi formation, et aide à l’installation. Tous ces avantages ont permis à Bollah Muslim, de porter des Bottes en caoutchouc aux pieds et binette à la main, et remuer avec ardeur l'une de ses planches de tomates
Objectif double, et même triple. La chute des cours du pétrole en 2004, a poussé le pays à encourager les jeunes, pour se diriger vers l’agriculture. En premier, pour alléger la liste des importations, dynamiser l’économie nationale, mais aussi, absorber le chômage, essentiellement chez les jeunes. 
Bollah Muslim, même avec ses 800 m2, arrive à tirer ses épingles du jeu. Tant il assure, que «tout pousse», des salades, du chou, des aubergines, des gombos et du basilic.
Selon les experts, le climat, chaud et humide où alternent saisons sèches et saisons des pluies, offre au Gabon un fort potentiel agricole. Un dicton local résume tout : «Jetez une graine, le lendemain vous aurez un fruit».

Certes, les étals des commerçants aux alentours, sont bien garnis, en légumes et fruits, mais faut-il ajouter que la part de la production gabonaise est bien minime. Selon Maman Roselyne, commerçante de Libreville «le manioc et la banane viennent d'ici, parfois les avocats, tout le reste arrive directement du Cameroun par camion».
Huguette Biloho Essono, chargée du programme à l'agence de l'ONU pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) au Gabon, résume la situation : «dans les assiettes des Gabonais, plus de la moitié des aliments viennent de l'étranger», avant d’ajouter que «cette dépendance vis-à-vis de l'extérieur est très préoccupante». Et de conclure par mettre en garde : «Imaginez une seconde les conséquences pour ce pays si la frontière avec le Cameroun venait à fermer».
Le faible poids de l'agriculture est devenu encore plus inquiétant depuis la crise qui a poussé le gouvernement à y investir plus fortement ces dernières années.
Mais cinq ans plus tard, les progrès sont encore peu visibles, selon la plupart des professionnels.
En cause, l'insécurité foncière, l'absence de circuit de distribution et d'infrastructures. Mais aussi, le manque de main-d’œuvre agricole formée et disponible dans ce pays où près de neuf habitants sur dix résident en ville.
Le ministre de l'Agriculture Biendi Maganga-Moussavou, reconnait que «convaincre ces Gabonais urbanisés de retourner vivre dans les terres n'est pas chose simple, avant d’ajouter : «Notre ambition est d'attirer de plus en plus d'étudiants vers les formations agricoles, notamment en suscitant des vocations chez les plus jeunes».
Un défi, et de taille, il concerne la sécurité alimentaire du pays, son équilibre commercial, mais  surtout la stabilité sociale, tant ces jeunes en chômage constituent une bombe à retardement.