La colère des urnes

Elections présidentielles en Tunisie
* Kais Saïed et Nabil Karoui, qui ont revendiqué leur qualification dès dimanche soir pour le deuxième tour, ont tous deux fait campagne sur le sentiment de rejet des élites politiques.  
* Plus de 7 millions d’électeurs inscrits au registre électoral ont été appelés à se rendre aux urnes, dimanche 15 septembre, pour élire, pour la deuxième fois depuis 2011, un président de la République.
*La participation a été de l’ordre de 45 %,   selon des chiffres préliminaires de l'Isie, un taux faible en regard des 64 % enregistrés lors du premier tour de la présidentielle de 2014.

Tunis:Les Tunisiens ont voté dimanche 15 septembre, répondant ainsi à l'appel des urnes et de la citoyenneté participative. Le scrutin s'est déroulé dans le calme confortant un processus de transition démocratique inclusif digne d’une Tunisie moderne, mais le verdict a été douloureux pour la classe politique classique. En effet, l’ensemble des acteurs de la classe politique s’est réveillée lundi avec un mal de crâne généralisé, après leur défaite retentissante aux élections qui a donné deux outsiders de la politique comme favoris pour le deuxième tour. Kais Saïed et Nabil Karoui, qui ont revendiqué leur qualification dès dimanche soir pour le deuxième tour, ont tous deux fait campagne sur le sentiment de rejet des élites politiques.  
Plus de 7 millions d’électeurs inscrits au registre électoral ont été appelés à se rendre aux urnes, dimanche 15 septembre, pour élire, pour la deuxième fois depuis 2011, un président de la République.
La participation a été de l’ordre de 45 %,   selon des chiffres préliminaires de l'Isie, un taux faible en regard des 64 % enregistrés lors du premier tour de la présidentielle de 2014. Cependant, en rejetant les caciques du système qui ont régné en maitres pendant plus de huit ans, ce vote illustre de façon éloquente la grogne des citoyens, le ras le bol de voir un si beau pays plonger dans une immense tristesse pendant plus de huit ans pendant lesquels chacun de ces citoyens a partagé un sentiment d’injustice et d'abandon.
Comment imaginer que les électeurs allaient rester de marbre alors que leurs rêves volaient en éclats chaque jour ? C’est qu’en mettent en avant la transition démocratique au détriment de la transition socio-économique, les politiques ont fait une mauvaise lecture de l'âme du pays. 

 




Kaies Saïed sera au deuxième tour.


 
Des électeurs mécontents
A l’issue du scrutin, Abdelhamid Jelassi, dirigeant d'Ennahda, a déclaré à « Majalla » que « l'électorat tunisien avait envoyé un message fort à l'ensemble de la classe politique, avec ses dirigeants et ses opposants, en déclarant qu'il était mécontent de ses performances ». Selon Jlassi, ce cri de détresse « n’a pas été perçu à temps, car des manifestations sociales répétées en ont été les signes »  et d’ajouter que  « les protestations sociales aussi bien que le phénomène  de l’immigration clandestine, l’amplification du suicide, l’intensification des tensions, l’escalade de la criminalité et l’effondrement de l’État, n’ont pas été appréhendés par responsables politiques. "
Selon Jelassi, les Tunisiens ont choisi une nouvelle direction pour le pays et que "nous respectons ce choix, félicitons les lauréats et confirmons que nous avons reçu les messages et que nous travaillerons pour adapter notre situation de manière à répondre aux aspirations de nos électeurs et de l'ensemble de notre peuple". « Il faut tirez des leçons, assumer sa responsabilité et faire des choix adaptés aux nouvelles réalités. ", a-t-il conclu.
Pour sa part, le député indépendant Sahbi Ben Fradj, a souligné à « Majalla » que "Le peuple tunisien a puni toute la classe politique traditionnelle de droite à gauche ». "Cette punition était davantage dirigée contre le parti au pouvoir et les partis démocrates centristes qui n'avaient pas présenté une vision  politique unifiée", a expliqué à « Majalla » Sahbi Ben Fradj.
 




Nabil Karoui, candidat en prison 

Une guerre de scandales 
Il a attribué ce résultat à l'absence à la concurrence déloyale et au jeu de la classe politique dans sa guerre des scandales et des distorsions, ajoutant que "la gifle visait tous les partis et tous les hommes politiques ». « Les personnalités politiques qui ont tenté de véhiculer un discours haineux  ont rejeté les citoyens qui ne leur ont pas donné leurs voix. ", a-t-il renchéri.
Le secrétaire général du Mouvement populaire, Zouheir Hamdi, abonde aussi dans le même sens. Il a déclaré à « Majalla » que « les résultats du scrutin devaient être reconnus afin de respecter la volonté du peuple tunisien, même si la classe politique n'imaginait pas cette situation ». Pour lui, « le message était clair ». «L’électeur tunisien a puni le système dans son ensemble », a-t-il indiqué. « J'ai supporté le fardeau et les erreurs du système précédent et du système suivant et, par conséquent, tous les politiciens ont été jugés sans distinction en raison de la grogne de tous les électeurs », a-t-il ajouté.
Quand au secrétaire général du Mouvement démocratique, Ghazi Chaouachi, « les résultats n’étaient pas surprenants, car la Tunisie traverse une crise économique, sociale et politique critique qui a affecté directement le citoyen qui a adopté un vote sanction du régime en place et par conséquent toute la classe politique. ».
Chaouachi a déclaré que dans le choix des deux candidats retenus pour le deuxième tour, le peuple a adressé un message du peuple à la classe politique. « Car dans le choix de Kais Said, c’est le choix d'un discours à tendance révolutionnaire, car l'homme croit aux objectifs de la révolution », a conclu M. Chaouachi. 
Une volonté à aller de l’avant
Commentant les résultats préliminaires de la présidentielle, Lazhar Akrmi, conseiller politique du Chef du gouvernement Youssef Chahed a déclaré à « Majalla » que "ce qui s'est passé reflète la volonté du peuple à aller vers l’achèvement de ce qui a entamé pendant la révolution du 14 janvier 2011 ». 
Il a considéré que les personnes qui ont voté de cette manière pensent qu’elles ont été dépossédées  de leur révolution.
Pour lui, la crise économique qu'a connue le pays a formé un terreau fertile pour les voix populistes qui, dans le climat de colère, a laissé une marge de manœuvre pour mobiliser les électeurs contre le système.
 




Le taux de participation a été de 45%.

Marzouki reconnait sa défaite
Quelques heures après la fermeture des bureaux de vote, le candidat Moncef Marzouki a admis sa défaite électorale et en a assumé l'entière responsabilité. 
"La Tunisie est sur un chemin long et difficile - ces élections n'étaient qu'une étape de son processus de transition démocratique  allant d'un Etat qui domine à un état de services, allant de systèmes politiques gouvernés par des gangs à des systèmes politiques régis par des lois et des institutions ... allant de l’Etat  nationaux à celui citoyens", a conclu Marzouki. 
Dans ses premiers commentaires, le candidat à la présidence, Youssef Chahed, a déclaré qu'il respectait les résultats du scrutin, en attendant que les résultats officiels soient annoncés par la commission électorale.
Youssef Chahed a déclaré qu'il était nécessaire de prendre position sur les messages importants et les conclusions de l'élection. Il a poursuivi que la fragmentation de la ligne démocratique avait conduit à ce résultat qu'il considère comme la responsabilité de tous.
La gauche boudée
Ahmed Seddik, directeur de campagne du candidat à la présidence, Mongi Rahoui a déclaré à « Majalla »  que "Nous n'avons pas été surpris par les résultats, car ils sont le résultat d'un parcours complet avec un côté punitif et une réaction contre tout un système".
Seddik a ajouté que « le processus électoral était corrompu et utilisait des moyens immoraux et que le vote était celui d'un candidat sans d’autres possibilités que celui du choix d'autres candidats répondants aux revendications de certains groupes ».
La déclaration de Seddik fait allusion à la dispersion étrange de la gauche tunisienne, qui a participé avec 3 candidats et qui ont tous rivalisé pour moins de 3%, un taux honteux après la politique de fuite adoptée par le candidat Hamma Hammami et Mongi Rahoui  avant d’être  une chute retentissante.
Mais le fait est là, et il faut s’accommoder avec ce résultatet de penser comment porter l’un ou l’autre candidat à la ligne d’arrivée. Il est aussi grand temps de libérer un candidat, même si son forfait pourrait être un jour établi, car c’est la volonté du peuple de le maintenir encore dans la course. Il n’empêche, il ne faut pas que ce résultat sape le moral des Tunisiens car au-delà de la peur que provoque ce saut vers l’inconnu, c’est un grand tournant pour un pays pris dans le tourbillon d'une crise sans fin depuis des années. Maintenant, nonobstant le résultat du vote, il s’agit de porter collectivement les valeurs d’une République qui se distingue et s'affirme par sa présence et par son unité. C’est ainsi que l’on reconnaît la force d’un pays.