Soudan ...La tête hors de l’eau, et après ?

L’accord conclu entre les partenaires soudanais, pour mettre fin à l’état de tension, et par conséquence asseoir une nouvelle autorité, certes fruit d’une entente in extrémis, entre les militaires d’une part, et des partis politiques, des associations, et des indépendants, est réellement providentiel.
Le pays était au bord d’une confrontation, où tout le monde allait être confronté à tout le monde. De quoi semer le chaos dans ce pays déjà fragile, très même. D’avril (date de la chute de Omar Béchir) jusqu’à septembre (date de la signature de l’accord), le Soudan était pris dans des tourbillons, qui par moments, ont fait presque chaviré ce pays.
Le Soudan vient d’éviter la noyade, mais n’a pas quitté pour autant la zone dangereuse. En termes médicaux, il vient de passer du bloc de réanimation à celui des soins intensifs.
En conclusion, un passage d’un régime militaire, à un régime partiellement civil. Une étape majeure du processus de transition vers un pouvoir civil après trois décennies de régime militaire. 
Le premier gouvernement au Soudan, depuis la chute en avril du président Omar el-Béchir, a prêté serment dimanche. 
Certes, l’attente populaire de ce nouveau gouvernement qui vient de prêter serment, est plus que grande : Des libertés à retrouver, à une amélioration de la situation économique, l’espoir populaire est plus que grand. Des actions immédiates qui doivent répondre du moins partiellement à cette attente populaire.
Le gouvernement du Premier ministre Abdallah Hamdok, cet économiste chevronné, formé de 18 ministres, dont quatre femmes, qui a prêté serment dans le palais présidentiel, pour une période de transition de 39 mois, doit le plus tôt possible envoyer des signes de «confiance». Certes, la période de transition, doit quitter de ce «pouvoir hybride» à un «pouvoir (totalement) civil», mais les questions économiques, avec les répercussions sociales, ne peuvent être occultées.
Fayçal Mohamed Saleh, ministre de l'Information, nouvellement nommé, reconnaît devant les journalistes présents sur place : «Nous devons déployer beaucoup d'efforts pour répondre aux revendications du peuple». Une réponse qui résume la fragilité de la «paix sociale» qui accompagne ce gouvernement.
La situation au Soudan intéresse les pays de la région, mais aussi le monde entier, selon ce même ministre qui ajoute : «Le monde nous regarde. Il attend de voir comment nous allons résoudre nos problèmes».
La ministre de la Jeunesse et des Sports Walaa Issam, a résumé la situation : «Le chemin à accomplir n'est pas facile. Nous serons confrontés à de nombreux défis, mais nous devons travailler dessus».
En plus de la situation économique plus que catastrophique, le pays fait face à des conflits entre le pouvoir et des groupes rebelles dans les régions du Darfour, du Nil Bleu et du Kordofan-Sud.
Des conflits qui coûtent cher, très cher, plutôt une hémorragie d’une économie déjà fragile, et une insécurité qui mérite, tel un cancer, de gagner les autres régions. 
Sur le plan du principe, l'accord signé le 17 août par les militaires et la contestation comprend la nécessité de signer des accords de paix avec ces groupes armés. Ainsi sont les intentions, la réalité est autre.
Il faut rappeler que le triplement du prix du pain en décembre 2018, a constitué l’étincelle qui a fait éclater la rue. Une explosion sociale qui a coûté très cher : Plus de 250 personnes ont péri dans la répression du mouvement, selon un comité de médecins proche de la contestation.
Certes, ce gouvernement part avec des bonnes intentions, mais de gros espoirs et des attentes aussi grandes que les défis à relever. Mais la période de grâce, ne peut durer éternellement.