Tunis : plus «belle» grâce aux «rebelles»?

* Se faire une image et constituer un capital de sympathie, à convertir, un jour (peut-être) à travers les urnes
 
* Reste à constater l’absence de la dite «élite» dans ces campagnes. Rares sont ceux qui ont osé descendre dans la rue, et participer à cette campagne de propreté.
 

Quels moustiques ont piqué les jeunes, et mêmes les moins jeunes, pour se réveiller un jour, et penser avec tout le sérieux du monde, à la propreté du pays. Et même mieux que penser. Surtout agir, et lancer à travers le pays, des campagnes de propreté.
Un appel ou plutôt une idée vague, lancée sur Facebook, qui, telle une boule de neige, a fini par embraser tout le pays. Ici et là, tels des boy-scouts, des bénévoles, s’adonnent au nettoyage. Ici, un élève enlevant les mauvais herbes. Là-bas, une femme quinquagénaire, ne fait depuis le matin, que balayer les trottoirs du quartier, à la manière de le faire chez elle, dans sa cour ou son jardin. Sans oublier ceux qui font du ramassage des ordures…
Derrière à ce tableau, féérique ou presque, l’élan fédérateur de tous ces «soldats de propreté», cache mal un malaise (presque) général, face une démission des pouvoirs publics…. Certains évoquent avec un air certain, la «désertion» des mairies, qui n’ont rien fait ou presque (la plus part, sans généraliser). En tout cas, les élections municipales de 2018, n’ont pas tenu leurs promesses.
 




Lotfi Garbi, pianiste offrant un spectacle parmi les ordures.

Les discussions sur le net, refusent toute étiquette partisane, et surtout toute récupération politique. Certains, vont jusqu’à juger très sévèrement les responsables des mairies en place.
A cet élan envoûtant, vient prendre place, un raisonnement qui se pose des questions. Ou des questions qui s’imposent par nature des choses : quelle(s) position(s) prendre, face à un pouvoir, qui (pour le jugement le plus clément) ne remplie pas son rôles.
Certes, certains, et même certaines, cultivent un dessein politique clair : Se faire une image et constituer un capital de sympathie, à convertir, un jour (peut-être) à travers les urnes.
En tout cas, ces campagnes viennent en fièvre annonciatrice d’un malaise, et même plusieurs, et mêmes ne peuvent constituer le remède d’un mal, qui va plus loin, et surtout plus profond, que des poubelles mal enlevées ou d’une plage en quête d’une opération de nettoyage.
Sur le terrain, la situation n’est pas aussi sereine : Le ministère de la Culture, a fait savoir son indignation, son refus et surtout une condamnation ferme, de certains agissements, qui ont commencé à induire de couleurs diverses sur certains monuments historiques. Tant ces boy-scouts, pinceaux à la main, ont voulu, et même cherché à mettre un pays qu’ils considèrent terne et morose, aux couleurs d’une vie fantasmée et jamais encore vécue.
 




Des bénévoles dégageant les ordures des égouts

A ce tableau réellement pittoresque, avec une dimension angélique, vient s’ajouter une pluie torrentielle, qui a transformé certains lieux en lacs, dans le vrai sens du mot.
Non seulement ces pluies ont effacé toute l’œuvre embellissant le paysage urbain local, mais surtout ont mis en danger la vie des citoyens, avec des dégâts matériels, se chiffrant à plusieurs centaines de millions de dollars, sans qu’un chiffre officiel n’ait été présenté.
Les réseaux sociaux, unique moyen d’expression offert au commun des citoyens, grouillent de publications, dénotant un mécontentement notoire, à l’égard de toute la structure étatique, chargée de l’infrastructure. A l’exemple de Mondher Hamriet Essai Hlel, et tant d’autres, qui exigent que «la justice prenne en charge les dossiers de corruption, en relation avec l’infrastructure défectueuse» que le peuple vient de constater.
 




Lotfi Garbi, pianiste offrant un spectacle parmi les ordures.

Douha Ben Yahia, par contre, a partagé une vidéo publiée par «Radio RM FM» appelant à peindre les portes en bleu, dans la région de Knaies, faubourg la ville de Jammel, région du Sahel (centre-est du pays).
Abbelhamidd Bouriel, se demande quant à lui, comment seraient les résultats des élections, si ces inondations auraient précédé. Ceci pour exprimer le mécontentement général, suite à ces pluies torrentielles.
Arij Jaja, met en contradiction une photo d’une route goudronnée qui vient d’être décapitée par les récentes pluies, avec une route de l’époque romaine, qui n’ont rien perdu d leurs structures.
 




Etat d’une route à Ksarr Essaid dans la proche banlieue de Tunis

D’un air sarcastique et d’un humour noir très poignant, Ezdine Naili, rapporte selon une responsable du ministère de l’Equipement, que le trou gigantesque, provoqué par les pluies dans le quartier de Ksar Essaid (proche banlieue de la ville de Tunis) fait partie d’un projet en exécution coutant 40 milliards de centimes !!!
Wael Chihi, publie la vidéo d’une femme qui s’est rendu à l’ONAS (office de l’assainissement) de la banlieue de la Marsa, et a exigé des responsables d’envoyer une équipe chez elle, pour dégager, comme elle le dit, son fils de la boue. Cette femme ne s’est pas contentée de constater, mais s’est posée en vraie investigatrice.
Reste à constater l’absence de la dite «élite» dans ces campagnes. Rares sont ceux qui ont osé descendre dans la rue, et participer à cette campagne de propreté. Le musicien et pianiste tunisien Lotfi Garbi, a réellement, mis son piano dans une zone pleine d’ordure, et a offert un spectacle, masque sur le visage, à cause des odeurs.