Quelles chances de réussite pour la conférence de Berlin sur la Libye ?

Tournée du ministre fédéral allemand en Afrique du Nord
*La première étape de Heiko Mass a été la Libye où il avait rencontré à Zouara dans l’est de la Libye, le président du Conseil présidentiel du gouvernement d’Union Nationale, Fayez Al Sarraj, en présence de l’envoyé de l’ONU en Libye, Ghassan Salaméet le ministre des Affaires étrangères du gouvernement de l’Union nationale, Mohamed Taher Sayala
*Heiko Mas, aurait affirmé que son pays se concentrerait pendant la rencontre de Berlin sur la réunion des parties armées et la neutralisation des forces impliquées dans la crise, conditions indispensables au succès de la conférence.

Tunis :L’Allemagne met les bouchées doubles pour garantir les voies du succès au prochain sommet sur la crise libyenne qui devra se tenir à Berlin en novembre prochain. C’est le ministre fédéral allemand des Affaires étrangères, Heiko Mass qui a été mandaté pour une tournée dans la région afin d’exposer la vision allemande pour une sortie de crise pour ce pays englué dans une guerre civile et en proie à une violence meurtrière depuis plus de huit ans.
En effet, la première étape de Heiko Mass a été la Libye où il avait rencontré à Zouara dans l’est de la Libye, le président du Conseil présidentiel du gouvernement d’Union Nationale, Fayez Al Sarraj, en présence de l’envoyé de l’ONU en Libye, Ghassan Salaméet le ministre des Affaires étrangères du gouvernement de l’Union nationale, Mohamed Taher Sayala en vue de discuter  préparatifs en cours pour la conférence de Berlin.
Les messages clés
Selon Mustapaha Abdelkebir, spécialiste des questions Libyennes « Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Mas, aurait affirmé que son pays se concentrerait pendant la rencontre de Berlin sur la réunion des parties armées et la neutralisation des forces impliquées dans la crise, conditions indispensables au succès de la conférence ».
Selon la même source, l'Allemagne suivrait une démarche progressive dans son initiative visant à résoudre la crise libyenne consistant à faire cesser toute ingérence étrangères dans la crise Libyenne », soulignant que la visite en Tunisie et Egypte du ministre fédéral allemand, porterait essentiellement sur le dossier libyen et  en particulier sur la conférence de Berlin.

 




Conférence de presse conjointe à Tunis entre Huko Mass et l’ancien ministre des affaires étrangères tunisien. 

Visite en Tunisie
Répondant  une question de Majalla lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre allemand M.Mass, l’ancien ministre des affaires étrangères M/Khemaïes Jhinaoui (Ndlr : démis de ses fonctions peu parès la rencontre avec le ministre allemand), a indiqué que « la rencontre a abordé la coopération entre les deux pays dans le cadre du conseil de sécurité de l'ONU ainsi que la question de la crise libyenne ».
Et d’ajouter que « l’Allemagne a entamé les préparatifs nécessaires pour l’organisation d’une conférence internationale sur la Libye dans le but de trouver une issue pacifique et politique à la crise dans ce pays ».
M.Jhinaoui a rappelé la position de la Tunisie vis-à-vis du conflit en Libye et le rôle qu’elle a joué depuis le déclenchement de la crise.
"La Tunisie avait aidé les frères libyens à dépasser leur conflit et à opter pour une solution pacifique dans un cadre bilatéral mais aussi dans le cadre de l’initiative tripartite mise en place par le président Béji Caïd Essebsi".
Pour lui, "la question libyenne est fondamentale pour la Tunisie parce qu’elle a des répercussions sociales, économiques et politiques sur le pays. Il est de l’intérêt national de la Tunisie d’être partie prenante dans toute initiative concernant la Libye, surtout qu’elle a son mot à dire et sa vision sur cette question".
Il n’empêche, l’ancien ministre a expliqué que "la Tunisie et l’Allemagne n’ont aucun agenda en Libye sauf celui de la paix. Nous allons œuvrer à aider l’Allemagne, les Nations Unies et la communauté internationale pour trouver une solution à la question libyenne".
Jhinaoui a estimé que l’Allemagne, la France, l’Italie ou encore la Tunisie, ne peuvent que contribuer à encourager les Libyens à trouver une solution libyo-libyenne.
Pour sa part, le ministre fédéral allemand des Affaires étrangères, Heiko Mass  a répondu à Majalla que 
"L’Allemagne va œuvrer à fournir toutes les conditions nécessaires pour garantir une issue politique à la crise libyenne, en neutralisant l’ingérence étrangère, en réunissant les forces belligérantes armées en Libye et en imposant les conditions préalables à un embargo sur les armes dans ce pays".
Dans le même sillage, le ministre allemand a critiqué les efforts antérieurs de résolution de la crise en déclarant que «toutes les initiatives centrées sur le problème libyen n’ont pas trouvé de solutions».
 




Rencontre du ministre fédéral allemand avec le président égyptien Abdelfattah Al Sissi.

En Egypte
Avec ses plus de 100 millions d’habitants, l’Égypte est aussi grande que tous les autres pays nord-africains réunis. Processus de paix au Proche-Orient, conflits en Syrie et dans la Libye voisine ou bouleversements au Soudan : pour toutes les questions et conflits urgents dans la région, l’Égypte est un interlocuteur majeur de l’Allemagne. Le pays se considère comme un pôle de stabilité régional et joue par exemple un rôle important en vue de la désescalade à Gaza. Comme l’Allemagne, l’Égypte table sur une solution négociée à deux États dans le processus de paix au Proche-Orient. En février 2019, le pays a pris pour un an la présidence de l’Union africaine.
Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas a rencontré au Caire le président Abdel Fattah Al Sissi et son homologue, Sameh Choukry. Le rôle de l’Égypte dans la région ainsi que dans la résolution de la crise libyenne a été abordée mais sans plus de détails.
 
Les détails posent problème
En effet, plus que jamais l'Allemagne se mobilise pour convoquer une conférence des ministres des Affaires étrangères des pays du G7 et des pays concernés par le dossier libyen afin de trouver de véritables solutions à la crise en Libye, de mettre un terme aux ingérences extérieures, d'empêcher la circulation d'armes et surtout de faire cesser les combats dans la capitale, Tripoli.
Cependant ses efforts semblent buter sur un certain nombre de difficultés.« Il y a une réelle controverse entre les pays concernés par la crise Libyenne, les Nations Unies et le pays hôte (l'Allemagne) sur la formule de présence lors de la rencontre à savoir entre maintenir la formule 5 + 5, ou l’étendre à d’autres pays soucieux de prendre part à la résolution de la crise », explique à Majalla, Abdelkebir.
En effet, bien que la récente déclaration du G-7 ait souligné que la conférence serait spécifique aux acteurs internationaux en Libye uniquement sans l’invitation de parties libyennes, certains ont critiqué cette étape et ont envisagé l’imposition de la tutelle étrangère à l’État libyen en éloignant les parties prenantes au conflit actuel, s'interrogeant ainsi sur le sérieux de cette rencontre et sur une improbable acceptation de ses résolutions en Libye.
C’est que le chef du gouvernement d’Al Wefaq, Fayez Al-Sarraj, et et le président du Haut Conseil d'Etat libyen Khaled Al-Mishri,ont appelé à la participation de tous les pays actifs au dossier libyen et à ne exclure personne, citant des pays comme la "Turquie et l'Algérie" qui n'ont encore reçu aucune invitation à y participer.
Ce qui est de nature à soulever plusieurs questions quant aux chances de succès de cette conférence pour apporter de vraies solutions à la crise libyenne? Des puissances internationales comme la France tenteront-elles de le perturber ou de le vider de son sens, s’interrogent les analystes.
Une vision internationale commune
« La seule chose qui ait été confirmée jusqu’à présent à propos de la conférence, c’est la période où elle se tiendra, mais il y a toujours plein de controverses et d’incertitudes sur les parties invitées à assister à la conférence », souligne M.Kebir
Un ancien ambassadeur en poste en Libye a qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, a indiqué à Majalla que « l'objectif de cette rencontre est d'unifier la vision et les positions des acteurs intervenant dans les affaires libyennes ».
« Le resserrement de l'embargo sur les armes prévu par la résolution des Nations unies constituera l'un des points importants qui seront abordés lors de cette réunion. Il s'agira des mécanismes disponibles, y compris l'appui des garde-côtes pour le contrôle en haute mer. », a-t-il affirmé.
Toutefois, « certains pays, en accord avec le gouvernement libyen de réconciliation, exigeront également la mise en place d'un mécanisme permettant de contrôler l'interdiction de la circulation des armes et des mercenaires à la frontière, notamment la frontière libyenne partagée avec l'Egypte, le Soudan, le Tchad et le Niger", a ajouté notre interlocuteur.
Rien de nouveau ?
Et de souligner que « tant que les circonstances actuelles ne changeront pas radicalement par rapport à celles des précédentes conférences, le résultat ne sera pas très différent, en particulier la division marquée entre les pays qui sont devenus un acteur clé de la crise en soutenant et en alimentant le conflit".
Il est à noter dans ce contexte que des pays comme la France et la Grande-Bretagne, par exemple, se tiennent dan des côtés opposés à l’égard de la crise libyenne. « Mais si les intérêts se croisent, il n'est pas surprenant qu'ils travaillent ensemble pour perturber le cours de cette réunion qui pourrait aboutir à une réconciliation réelle », a asséné l’ancien ambassadeur à Majalla.
De même pour la mise à l’écart de l'Algérie et de la Turquie, dont les raisons ne sont pas encore étayées, qui pourrait jeter de l’ombre à cette rencontre, a-t-il poursuivi.
Toutefois, « le soutien international en faveur d'une résolution de l'ONU imposant un cessez-le-feu et obligeant le gouvernement de réconciliation et Haftar à reprendre les négociations », a indiqué l’ancien ambassadeur.
Pour lui, ce plan est très probable car il poussera la France, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis à faire pression lors de cette conférence internationale pour établir un cadre juridique pour la nouvelle situation sur le terrain et faire pression sur Al Sarraj pour qu'il reprenne les négociations surtout après son échec dans la gestion du dossier diplomatique et militaire, malgré la disponibilité de ressources financières et humaines pour résoudre le conflit.