Guinée-Bissau  Des présidentielles déterminantes…

Les observateurs locaux et de la région, accordent une attention particulière aux élections présidentielles qui se dérouleront dimanche prochain, au Guinée-Bissau, pas uniquement pour en connaitre les résultats, mais surtout pour savoir comment la démocratie puisse trouver son chemin, dans un pays abonné aux coups d'Etats et aux crises politiques. Entre espoirs de consolidation de la démocratie et craintes de nouvelles violences, elle semble être à la croisée des chemins.
 
A la croisée des chemins…
Premier bémol, le président sortant José Mario Vaz a limogé fin octobre son Premier ministre Aristides Gomes, chargé par la communauté internationale de diriger les affaires jusqu'à la présidentielle, même si la communauté internationale ne reconnait que la légalité de M. Gomes. Sous la menace de sanctions, un nouveau Premier ministre, Faustino Imbali, a rapidement démissionné, mais les manœuvres du président Vaz ont fait courir «des risques de guerre civile», selon la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao).
Cette ancienne colonie tropicale portugaise a connu depuis l'indépendance en 1974, quatre coups d'Etat et 16 tentatives de putsh. Après le dernier putsch en 2O12, l'élection de M. Vaz en 2014 marquait le retour à l'ordre constitutionnel et devait briser le cycle des changements de gouvernement à un rythme quasiment annuel, mais il n'en a rien été.
En plus de l’insécurité, le sous-développement, le manque de démocratie, l'Afrique de l'Ouest n'a pas besoin d'un nouveau foyer d'instabilité, alors qu'elle est déjà confrontée aux attaques djihadistes au Mali, au Burkina Faso et au Niger notamment.
Dans ce puzzle déjà fragile, vient la Guinée-Bissau encore plus fragile. Les deux tiers de ses quelque 1,8 millions d'habitants vivent sous le seuil de pauvreté et les trafics de bois précieux et de drogue y prospèrent. Le pays est aussi un melting-pot humain, majoritairement musulman, avec une forte minorité chrétienne et une multitude d'ethnies et de langues locales.
L’actuel rendez-vous électoral vient suite, à la réussite des élections générales en 2014 et législatives en mars 2019, il doit marquer une nouvelle étape dans la consolidation de l'Etat de droit. Douze candidats sont en lice, dont le président sortant.
 
Une gangrène bien ancrée…
Selon l'agence spécialisée de l'ONU, UNODC, les élites accaparent historiquement les richesses et la corruption est endémique, dénoncent les experts. La cocaïne en provenance d'Amérique du Sud n'est pour elle que l'une des sources de revenus «sur un large spectre d'activités allant du légal au criminel»,
Selon le chercheur Vincent Foucher, dans ces conditions, les places pour le pouvoir «sont rares et la bataille est tendue», avant d’ajouter : «Avant, elle se faisait en lien avec les luttes factionnelles au sein de l'armée. Depuis 2014, le jeu se déroule sans violence».
La nature parlementaire du régime favorise les tensions en tendant à fédérer les mécontents autour du président contre le gouvernement, sur fonds d'accusations de corruption et de trafic de drogue.
L'universitaire Thierno Diallo considère que la Guinée-Bissau «a la chance d'avoir l'une des populations les plus pacifiques au monde».
Un quatuor de favoris se dégage, tous membres du sérail politique : Ce sont le président sortant José Mario Vaz, le candidat de la première formation parlementaire (PAIGC) Domingos Simoes Pereira, celui du Madem (des dissidents du PAIGC), Umaru Sissoco Embalo, et Nuno Nabiam, soutenu par le Parti de la rénovation sociale (PRS).
Une victoire d'un candidat au premier tour paraît improbable et un second tour fin décembre risque d'être compliqué pour le PAIGC face à des opposants qui chercheront à s'allier contre lui.