Les partis politiques tunisiens dénoncent des objectifs occultes

Le président Turc Recep Tayyip Erdogan Erdogan à Tunis
*Deux jours après la rencontre du président tunisien Kaies Saied avec des représentants du "Conseil suprême des tribus et des villes libyennes",le président Turc Recep Tayyip Erdogan s’est rendu en Tunisie dans une visite-éclair et a provoqué un tollé au sein de la classe politique.
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Crainte de voir la Tunisie s'engager dans la politique des axes dans le dossier libyen et d'utiliser la Tunisie comme plate-forme pour toute action de renseignement, de sécurité ou d'actions militaires en faveur de la Turquie envers la Libye.

Tunis :Les déclarations du président turc en visite-éclair en Tunisie, ont enflammé la sphère politique tunisienne déjà en ébullition pour la formation d’un nouveau gouvernement. Ainsi les foudres se sont abattus sur le président tunisien dont la position a vacillé vers la partie du gouvernement d’El Wifak, brisant ainsi la logique diplomatique tunisienne axée sur la non-ingérence dans les affaires internes des autres pays.
Deux jours après la rencontre du président tunisien Kaies Saied avec des représentants du "Conseil suprême des tribus et des villes libyennes",le président Turc Recep Tayyip Erdogan s’est rendu en Tunisie dans une visite-éclair et a provoqué un tollé au sein de la classe politique. Non annoncée, cette visite a alimenté de vives discussions sur les réseaux sociaux et a provoqué l’ire des partis politiques dont les chefs sont montés au créneau pour dénoncer la passivité de la position tunisienne dans ce dossier explosif.
Des craintes
A cet effet, les partis politiques tunisiens, Machrouu Tounes, le Mouvement populaire, le Parti destourien libre, Afek Tounes et le Parti des travailleurs ont exprimé leur appréhension quant aux objectifs de la visite effectuée mercredi en Tunisie par le président turc Recep Tayyip Erdogan et leur crainte de voir la Tunisie s'engager dans la politique des axes dans le dossier libyen et d'utiliser la Tunisie comme plate-forme pour toute action de renseignement, de sécurité ou d'actions militaires en faveur de la Turquie envers la Libye. Ils ont aussi appelé la présidence de la République à rester transparente avec le peuple tunisien concernant les objectifs de la visite, les réunions tenues et ses résultats.
Ils ont également souligné leur refus de transformer la Tunisie en "une plate-forme d'agression contre la Libye, similaire à ce qui s'est passé en 2011 et une base arrière pour l'armée turque et ses services de renseignement pour soutenir les milices qui lui sont fidèles et menacer la sécurité des pays voisins".
Dans ce sillage, Mohsen Marzouk, chef du mouvement Machrouu Tounes a indiqué à Majalla que cette visite et les réunions qui lui sont associées « démontrent un alignement officiel tunisien en faveur de l'axe de la Turquie - le gouvernement du Wifak libyen, liés par un accord qui fait l'objet d'un rejet par la plupart des capitales arabes et européennes". 
Une plate-forme d'agression turque?
Il a par conséquent, appelé la présidence de la République dans une déclaration dont Majalla a reçu une copie à « éloigner la Tunisie de ces alignements et que sa position demeure modérée et neutre ».
Mohsen Marzouk a par ailleurs signifié son refus « d'utiliser la Tunisie comme plate-forme politique pour un axe international spécifique dont les intérêts vont à l'encontre des intérêts de la Tunisie et de ses relations arabes et internationales ».
Pour sa part, Abir Moussi, cheffe du Parti destourien libre, a déclaré à Majalla être surprise que cette visite n'ait pas été annoncée par les services d'information de la Présidence de la République conformément aux protocoles. Elle dénoncé le fait que de « telles visites importantes soient parvenues à l'opinion publique par les médias turcs ».
Dans un communiqué rendu public, le parti a appelé la Présidence à adopter la transparence dans le domaine de la politique étrangère, à clarifier les options prises à cet égard et à informer l'opinion publique de ces questions souveraines.
Des mises en garde
Il a également mis en garde contre le fait que la Présidence prenne "toute mesure ou toute décision au nom du peuple tunisien en relation avec le dossier libyen qui représenterait un écart par rapport aux constantes de la politique étrangère tunisienne qui est basée sur le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats et de ne pas impliquer la Tunisie dans les axes internationaux ou régionaux et les tiraillements qui pourraient affecter la souveraineté nationale et la sécurité nationale tunisienne".
Le Parti du courant populaire a exprimé de son côté sa profonde surprise devant la "position du chef de l'Etat sur l'accord-transaction conclu entre Fayez Sarraj, chef du gouvernement de la soi-disant entente à Tripoli d'une part, et le président turc d'autre part, où le président tunisien a considéré l'accord comme une affaire turco-libyenne au mépris total des intérêts de la Tunisie et de son voisinage et les exigences de sa sécurité nationale et ses implications pour la sécurité régionale", selon le texte de sa déclaration.
Rejet absolu
Pour sa part, le parti Afek Tounes a exprimé « rejet absolu et de principe de toutes les formes d'alignement aux axes régionaux », mettant en garde contre les conséquences de l'engagement de la Tunisie "dans des conflits régionaux, idéologiques ou sectaires qui ont un impact négatif sur les intérêts stratégiques et la sécurité nationale de la Tunisie".
Même son de cloche chez le Parti travailliste qui a dénoncé également "l'accueil d'Erdogan en Tunisie dans ces circonstances" en rapport avec la Libye, exprimant sa condamnation "de ne pas avoir traité le peuple tunisien de manière transparente lors de cette visite provocatrice".
Le parti a mis en garde contre "tout alignement derrière le dirigeant de Turquie ou l'instrumentalisation de la Tunisie de quelque manière que ce soit pour atteindre ses objectifs en Libye", estimant que l'intérêt de la Tunisie "réside dans le fait de ne s'engager dans aucun des axes régionaux et internationaux en conflit en Libye, ni de soutenir aucun des protagonistes de ces axes".

 




Les forces du maréchal Haftar mènent une offensive sur Tripoli.

 

Des condamnations
Dans le même ordre d’idées, Houssem Hammi, Coordinateur général du collectif Soumoud a indiqué à Majalla que« le peuple tunisien a été surpris aujourd'hui par une visite inopinée du président turc, accompagnée d'une délégation de haut niveau de dirigeants à caractère militaire et de renseignement sans une invitation ouverte du président de la République. Cette visite coïncide avec l'aggravation de la situation tendue dans laquelle vit la Libye sœur et dans le sillage de l'accord dangereux conclu entre le gouvernement de Saraj et l'Etat turc et avant la Conférence internationale de Berlin, qui devrait être organisée dans les prochains jours ».
En conséquence, HoussemHammi, a affirmé que la Coalition Soumoud, condamne cette visite, qui est considérée comme une tentative du président turc de plonger la diplomatie tunisienne dans la politique des axes, notamment dans un conflit militaire à nos frontières, et dont le sort pourrait menacer la sécurité nationale tunisienne et l'intégrité de son sol. Il a par ailleurs fustigé « la gestion négative de la diffusion d'informations aux médias nationaux par rapports aux facilitées accordées aux médias turcs ».
M.Hammi, a indiqué à Majalla que « les déclarations dangereuses du président Saïed après sa rencontre avec le président turc, est une prise de position en faveur de l’accord turco-libyen. Elle est considérée comme une position officielle qui confirme que la Tunisie a dévié de la neutralité et est effectivement entrée dans la politique des axes, notamment après les nombreuses rencontres qu'il a récemment eues avec un certain nombre de partis libyens appartenant tous à la même partie ». De ce fait, il asséné que la Coalition Soumoud appelle à une action urgente pour faire pression pour un réexamen de notre position officielle et nous accrocher à la position de neutralité et aux principes de la diplomatie tunisienne.
Un cessez-le feu
Il est à rappeler que le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a effectué une visite inopinée d'une journée en Tunisie mercredi, au cours de laquelle il a eu un entretien avec le président de la République, Kais Saied.
Erdogan a indiqué à cette occasion que la Turquie soutient "l'initiative de paix" lancée par la Tunisie concernant la Libye, soulignant la nécessité "d'un cessez-le-feu immédiat en Libye et de l'ouverture de négociations politiques internes entre Libye".
Erdogan a ajouté, lors d'une conférence de presse tenue aujourd'hui, mercredi au Palais de Carthage, après une conversation que j'ai eue avec le président de la République, Qais Saeed, que la Tunisie « est un exemple de sécurité et de stabilité dans la région et que la Turquie peut prendre des mesures importantes avec elle dans le dossier libyen, et elle peut également jouer un rôle très efficace, notamment en tant que La situation en Libye, l'instabilité et la présence de terroristes dans ce pays affectent directement la Tunisie ». 
Des combattants étrangers
Erdogan a ajouté, lors d'une conférence de presse tenue mercredi au Palais de Carthage, à laquelle Majalla a assisté, que la Tunisie « est un exemple de sécurité et de stabilité dans la région, que la Turquie peut prendre des mesures importantes en concertation avec elle dans le dossier libyen, et elle peut également jouer un rôle très efficace, d'autant plus que la situation en Libye, l'instabilité et la présence de terroristes dans ce pays affectent directement la Tunisie ». Concernant la non-convocation de la Tunisie à participer au sommet de Berlin (Allemagne) sur la Libye qui se tiendra début 2020, il a estimé que « la présence de la Tunisie, de l'Algérie et du Qatar à ce sommet est extrêmement importante », notant qu'il s'était entretenu à cet égard avec la chancelière allemande Angela Merkel qui « s'est engagée à examiner la question, ainsi qu'avec le président russe Vladimir Poutine, qui a convenu que ces trois pays devraient assister au sommet ».
Il a également indiqué avoir évoqué la question avec le Premier ministre britannique, Boris Johnson, "qui a soutenu l'idée de la participation de la Tunisie, de l'Algérie et du Qatar à ces discussions concernant la Libye".
En ce qui concerne la présence militaire turque en Libye, Erdogan a précisé que la Turquie "est présente dans ce pays à l'invitation du gouvernement d'entente nationale dirigé par Fayez Sarraj", notant qu'il y a des forces militaires en Libye dont on n'a pas demandé la présence, comme les forces soudanaises et russes. Le Président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a très fermement dénoncé le déploiement de milliers de combattants étrangers, majoritairement soudanais et russes, en Libye. Il a également indiqué que Khalifa Hafter, le un général libyen à la retraite, "n'a aucune légitimité et crée des problèmes en Libye".