Le Hirak, départ de Bouteflika, l’élection de Tebboune, et décès d’El Gaïd…

Les grands événements qui ont marqué l’Algérie en 2019
* L’année judiciaire 2019 a été fertile en événements, cette période a été marquée par un incroyable revirement de situation, puisque ceux qui ont régné sur le pays pendant 20 ans ont été éclaboussés par de lourdes affaires de corruption
 
* L'Algérie a été sacrée championne d'Afrique grâce à sa victoire en finale de la CAN-2019 contre le Sénégal (1-0), au Caire
 

Alger :L'année 2019 restera indubitablement  gravée à jamais dans la mémoire collective de tous les Algériens. C’est l’année de tous les changements, les bouleversements et les chamboulements. C’est l’année qui a permis à l’Algérie de connaître des évolutions majeures notamment sur le plan politique. Tantôt positives, tantôt négatives, les mutations qui ont secoué l’Algérie ont changé son destin. Ainsi l’heure est aux bilans de l’année 2019. Le premier événement qui a touché, bouleversé et ému tous les algériens en 2019 fut une personnalité morale que l’on appelle communément le Hirak. Incontestablement, ce mouvement populaire qui s’est déclenchée le 22 février contre un 5e mandat successif d’Abdelaziz Bouteflika a basculé l’Algérie dans une nouvelle dimension. Son pacifisme, la créativité de ses activistes, la joie de vivre de ses militants, l’élégance de ses foules et la beauté de ses slogans ont impressionné et épaté le monde entier. Depuis le 22 février, une vieille Algérie est morte. Celle du défaitisme, du radicalisme, du fanatisme, de la servitude volontaire. Et une nouvelle Algérie est née. Celle des libertés, de la tolérance, de l’ouverture sur le reste du monde, de la jeunesse assoiffée de changement. Le 5e mandat est tombé. Tout un clan du pouvoir algérien est tombé aussi. Des dizaines de dirigeants politiques, oligarques richissimes et officiers militaires sont tombés en disgrâce. L’élection présidentielle, alors prévue, initialement, le 18 avril 2019, n’a été en fait, que la goutte qui a fait déborder le vase. Les  Algériens, ces laissés pour compte par les pouvoirs successifs, en dépit d’une embellie financière, jamais égalée, ne pouvaient plus tenir le coup encore plus longtemps. S’ajoute l’humiliation infligée à tout un peuple à travers, les promoteurs d’un cinquième mandat, pour un candidat malade et carrément absent, qui, ne s’est pas adressé à ses « gouvernés », depuis plus de six ans. Le mépris envers le peuple, avait alors atteint, l’apogée  d’une humiliation, que peu de gens pouvaient alors supporter. Le tout a débordé, les sentiments enfouis, l’affront subi, le malaise social, et le mur de la peur a été ainsi brisé.  Le temps est à la révolte pacifique. Le coup d’envoi du soulèvement populaire et pacifique avait alors été donné, à partir de la ville de Kherrata, en Kabylie, un certain 16 février, avant que la protestation ne gagne la wilaya de Khenchela quelques jours plus tard. Et l’effet domino s’est chargé du reste, à partir du 22 du même mois.  Le mouvement populaire et citoyen a pris, donc, forme et suit son chemin de petit bonhomme, en quête de sa liberté confisquée, de ses droits bafoués, et de son honneur souillé à travers des manifestations régulières tenues chaque vendredi, à la recherche d’un avenir commun, radieux, et salutaire pour les générations futures. Seul mot d’ordre au début de la protesta, rejet du 5éme mandat de Abdelaziz Bouteflika, porté à bras le corps, par ceux qui ont ruiné le pays depuis 20 ans. Ce mot d’ordre s’avérait alors la goutte de trop pour un peuple qui demande le départ du système et le changement radical dans le pays. Le Hirak mérite bel et bien sa première place sur le podium de notre rétrospective.

Départ de Abdelaziz Bouteflika
Après 20 longues années de pouvoir et un incroyable record de longévité au pouvoir, Abdelaziz Bouteflika est contraint de démissionner le 2 avril à la suite d’un incroyable mouvement de contestation populaire. Bouteflika quitte enfin le pouvoir suite à une capitulation humiliante et les dernières images de sa démission tranchent paradoxalement avec toutes ces années de faste où il avait imposé son empreinte à l’histoire du pays. En 20 ans de règne, les Algériens ont vu défiler sous leurs yeux un Bouteflika puissant orateur, habile tacticien, un Chef d’Etat prestigieux et enfin un malade grabataire utilisé comme une marionnette par tout un clan qui se cachait derrière son « cadre » de Président de la République. Une vie digne d’un film d’hollywood. Par ailleurs, l’énorme élan populaire exprimé à travers des marches grandioses sur tout le territoire national, ou de véritables marées humaines battaient le pavé chaque vendredi et mardi pour les étudiants, pour le rejet du 5é mandat et le changement radical, n’a pas laissé indifférent le chef de l’état-major de l’ANP, le défunt Ahmed Gaïd Salah, décédé le 23 décembre dernier suite à un arrêt cardiaque. Ce dernier a instruit l’application de l’article 102 de la Constitution. Le président Abdelaziz Bouteflika, déclaré inapte à assurer ses fonctions, a démissionné de son poste, et remplacé comme le stipule la Première loi du pays par le président du Sénat. Abdelkader Bensalah, devient, à la lumière  de ces évènements, chef de l’État par intérim pour une période de trois mois, le temps de tenir une élection présidentielle, pour choisir par la voie des urnes un nouveau président de la République. Le scrutin présidentiel a été fixé au 4 juillet, et le corps électoral convoqué. Mais la course à la magistrature suprême a été tout simplement annulée. Officiellement, cette échéance électorale, cruciale pour le pays, a été renvoyée aux calendes grecques, en raison de l’absence de candidats, alors que les vraies raisons sont ailleurs. Et depuis le chef d’état-major, le défunt Gaïd Salah, est propulsé au devant  de la scène politique, en faisant de l’ombre au chef de l’État intérimaire Bensalah.


 
Guerre déclarée contre la corruption 
Jamais l’opinion algérienne n’a été autant attentive à l’actualité judiciaire qu’elle l’a été en 2019, en raison des grands dossiers de corruptions traités. L’année judiciaire 2019 a été fertile en événements, cette période a été marquée par un incroyable revirement de situation, puisque ceux qui ont régné sur le pays pendant 20 ans ont été éclaboussés par de lourdes affaires de corruption. Les Cours de justice avaient, donc, du pain sur la planche et le scénario n’est pas prêt de changer en 2020, au regard des grands dossiers sur lesquels les différentes juridictions se penchent, et ce, grâce à l’accompagnement et le soutien de l’Institution militaire, qui n’a cessé d’épauler ce qui a été baptisé par la presse « opération mains propres ». Une opération qui a débuté, après l’émission de la fameuse liste des hommes d’affaires interdits de sortie du territoire national (ISTN). D’ailleurs, le premier qui a été arrêté, était l’homme d’affaires, patron de l’Etrhb, Ali Haddad, deux jours après sa démission de la présidence du Forum des chefs d’entreprise. En effet, celui-ci était sur le point de quitter le territoire par la frontière du poste frontalier d’Oum T’boul (Tunisie), dans la nuit du 31 mars au 1er avril. Il a été placé en détention provisoire en raison des deux passeports qu’il avait sur lui. Par la suite, les évènements se sont accélérés et la liste de personnalités placées sous mandat de dépôt s’est allongée, avec l’incarcération des anciens hauts dirigeants. En tête de liste figuraient les anciens Premiers ministres Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia qui ont rejoint la célèbre prison d’El Harrach, les 12 et 13 juin derniers. Les deux personnalités sont poursuivies dans plusieurs affaires, dont celles de Mahieddine Tahkout (CIMA motors), Oulmi Mourad (Sovac), Hacène Arbaoui (Kia) et Mazouz Ahmed (Groupe Mazouz). Ils sont poursuivis pour « octroi d’indus avantages à autrui lors de passation d’un marché en violation des dispositions législatives et règlementaires, abus de fonction, conflit d’intérêts, corruption lors de passation de marchés publics ». Le tour est venu ensuite à l’ex-ministre du Commerce, Amara Benyounès, qui a été incarcéré le 13 juin. Les deux anciens ministres de la Solidarité nationale, Djamel Ould Abbès et Saïd Barkat, auditionnés dans le cadre d’affaires liées à la dilapidation de deniers publics, passation de marchés en violation des dispositions législatives et règlementaires et faux en écritures publiques, avaient été placés, eux aussi, en détention provisoire, les 7 et 8 juillet derniers. De surcroît, l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, Youcef Yousfi a été placé, lui aussi, en détention après son audition dans le cadre de l’affaire Tahkout, le 14 juillet dernier. Youcef Yousfi est poursuivi pour « octroi d’indus avantages à autrui lors de passation d’un marché en violation des dispositions législatives et règlementaires, abus de fonction, conflit d’intérêts, corruption lors de passation de marchés publics et dilapidation de deniers publics. L’ex-ministre de l’Industrie et des Mines, Mahdjoub Bedda a été, quant à lui, placé en détention le 17 juillet, pour les mêmes chefs d’accusation, tandis qu’Amar Ghoul a connu le même sort le 18 juillet. Durant le mois d’août, trois ministres ont été incarcérés. Il s’agit de l’ancien ministre des Transport, Abdelghani Zaâlane, l’ancien ministre du Travail Mohamed El Ghazi, et le très puissant ancien ministre de la Justice, Tayeb Louh, qui a rejoint la prison d’El Harrach le 22 août. Celui-ci est poursuivi « pour abus de fonction, entrave à la justice, incitation à la partialité et incitation à faux en écriture officielle ». 

Des procès historiques
Au mois de septembre, c’était au tour de Moussa Benhamadi, ex-ministre de la Poste et des TIC, d’être incarcéré le 18 septembre, suivi quelques jours après, de l’ex-ministre des Transports, Boudjemâa Talaï. Le mois de novembre a été marqué par le placement de l’ancienne ministre de la Culture, Khalida Toumi en détention provisoire. Celle-ci est, elle aussi, poursuivie pour dilapidation de deniers publics, abus de fonction et octroi d’indus privilèges, dans le cadre de l’enquête menée sur la surfacturation d’une tente géante et de sa disparition après l’ouverture de la manifestation «Tlemcen, capitale de la culture islamique». D’autres ministres sont également, mis sous contrôle judiciaire. Il s’agit de celui du Tourisme et de l’Artisanat, Abdelkader Benmessaoud, l’ex-ministre des Finances, Karim Djoudi, ainsi que l’ancien ministre de la Santé, Abdelmalek Boudiaf. L’année 2019 a été également marquée, entre autres, par deux procès historiques. Le premier a eu lieu au mois de septembre et concerne l’affaire sur « les réunions secrètes », dans lequel ont été condamnés Saïd Bouteflika, frère et conseiller de l’ex-Président Bouteflika, ainsi que deux anciens chefs du Renseignement sécuritaire, les généraux Mohamed Mediène (alias Toufik) et Athmane Tartag, et de Louisa Hanoune, SG du Parti des travailleurs, à une peine de 15 ans de réclusion criminelle. Le Tribunal avait également condamné à 20 ans de prison l’ancien ministre de la Défense et ex-chef d’état-major de l’ANP, Khaled Nezzar, son fils Lotfi, ainsi que Farid Benhamdine, gérant de la Société algérienne de pharmacie, tous les trois jugés par contumace dans la même affaire. Ces trois mis en cause sont en fuite à l’étranger et font l’objet d’un mandat d’arrêt international. Les mis en cause sont poursuivis pour « atteinte à l’autorité de l’Armée » et « complot contre l’autorité de l’État ». Ces actes sont punis par les articles 284 du code de justice militaire et 77 et 78 du code pénal. Le deuxième procès a eu lieu, au début du mois de décembre et a concerné l’industrie du montage automobile. Dans ce procès, qui a duré quatre jours, au tribunal de Sidi M’hamed (Alger), deux anciens PM, Ouyahia et Sellal, poursuivis pour « dilapidation de deniers publics », « octroi d’indus avantages » et « abus de fonction », ont été condamnés, respectivement à 15 et 12 ans de prison ferme. Ouyahia et Sellal ont également écopé d’une amende de 100 millions de centimes chacun pour les mêmes charges. La même juridiction a, de surcroît, prononcé la privation d’Ouyahia de ses droits civils et politiques et la saisie de tous les revenus et biens acquis illicitement. Le tribunal a également condamné, par contumace, à 20 ans de prison ferme, l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, Abdessalem Bouchouareb (en fuite) contre lequel un mandat d’arrêt international a été lancé. Les deux anciens ministres de l’Industrie, Youcef Yousfi et Mahdjoub Bedda ont écopé, quant à eux, de 10 ans de prison ferme. Quant à lui, l’ancien ministre des Travaux publics et des Transports, Abdelghani Zaâlane, poursuivi dans l’affaire du financement de la campagne de l’ancien Président, il a été acquitté. Le tribunal a également condamné l’ancienne wali de Boumerdès, Nouria Yamina Zerhouni, à 5 ans de prison ferme…


L’Algérie champion d’Afrique 
L'Algérie a été par ailleurs, sacrée championne d'Afrique grâce à sa victoire en finale de la CAN-2019 contre le Sénégal (1-0), au Caire. L'Algérie, qui remporte le 2e titre de son histoire après 1990, succède au palmarès de l'épreuve au Cameroun. A cet effet, l’entraîneur de l’équipe nationale de football, Djamel Belmadi, fait certainement partie des personnalités les plus importantes de cette année 2019. Après une traversée du désert qui a duré depuis la Coupe du Monde du Brésil, et une incapacité humiliante à gagner des titres majeurs depuis la Coupe d’Afrique des Nations en 1990, Djamel Belmadi prend en main la sélection nationale et rend à l’Algérie sa fierté d’antan. Le 19 juillet 2019, moins d’un an après sa prise de fonction, l’Algérie remporte la Coupe d’Afrique des Nations, succès relativement inattendu dont Djamel Belmadi est considéré comme l’artisan majeur. Une victoire qui fera sortir des millions d’Algériens dans les rues pour savourer enfin un peu de joie après avoir connu les pires désillusions politiques et économiques.


Election de Abdelmadjid Tebboune et décès du Chef de l’Etat Major Ahmed GaÏd Salah
 
Le chef de l’état-major a réussi à faire passer le scrutin présidentiel du 12 décembre dernier, et l’Algérie s’est dotée d’un nouveau président de la République en la personne d’Abdelmadjid Tebboune. Ce dernier a été élu avec 58.15% des suffrages exprimés avec un taux de participation national de 39.88%. L’actuel locataire d’El Mouradia a fait également des malheureux. Ali Benflis, Azeddine Mihoubi, Abdelkader Bengrina, et Abdelaziz Belaïd ont perdu la course d’El Mouradia face à l’heureux élu, Tebboune, qui a prêté serment une semaine après l’annonce des résultats. Le dialogue avec le Hirak, la formation d’un nouveau gouvernement, la refonte de la Constitution et la loi électorale, ainsi que la relance de l’économie agonisante sont entre autres les chantiers prioritaires du président Tebboune. Toutefois, Son élection à la tête de l’Etat restera l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire de l’Algérie contemporaine. Rejeté massivement par la majorité écrasante du peuple algérien, le scrutin présidentiel du 12 décembre dernier était un véritable flop. Mais il a permis à Tebboune de devenir le successeur d’Abdelaziz Bouteflika. Un rêve qu’il caressait depuis de nombreuses années. Aujourd’hui, une lourde responsabilité pèse sur ses épaules et des défis majeurs l’attendent en 2020. Enfin, l’événement phare qui a marqué l’Algérie en 2019, c’était le décès du général de Corps d’Armée Ahmed GaÏd Salah. À peine une semaine après la cérémonie d’investiture du nouveau président, et à laquelle il avait assisté et y fut décoré de l’ordre du mérite national par l’élu Tebboune, le chef de l’Armée,  Ahmed Gaïd Salah, tire sa révérence, à l’âge de 79 ans, suite à un arrêt cardiaque, survenu en son domicile sis à Aïn Nâadja. De grandes funérailles ont été organisées en son honneur. Il est inhumé au carré des martyrs, du cimetière d’El Alia à Alger.