Gouvernement Tunisien : du Père Noël sans ses cadeaux…

Du invraisemblable, ou à la limite de la fiction, ou le des plus drôles des scénarii. Un chargé de former un gouvernement, annonce image vidéo à l’appui, que sa liste gouvernementale est (enfin) prête pour être présentée à l’Assemblée des Représentants du Peuple. Un soulagement populaire général, tant cette naissance est attendue depuis des semaines. Sauf la présidence de la République, qui, pour tout commentaire, sans opposer une négation directe, précisons bien, après l’annonce faite par le chargé de la formation, a annoncé via sa page Facebook, que les «pourparlers continuent encore», et surtout que la liste serait «annoncée ultérieurement»…
Les derniers des observateurs a Tunis, a bien, et même très bien compris le message : La Présidence ne voit pas cette liste d’un bon œil, et a voulu le faire savoir, mais surtout marquer le point, et faire comprendre à tous ceux qui veulent l’entendre et surtout l’apprendre, que ce projet de gouvernement, n’a pas l’aval du Président, qui (d’avance) ne peut en assumer ni les actes, ni les conséquences.
 
Un cocktail Molotov…
Pour bien comprendre et assimiler cette situation, entre fiction et burlesque, il faut bien précipiter, ou plutôt énumérer les ingrédients qui ont conduit à cette situation plus que rocambolesque :

  • Un Code électoral, qui est admet la proportionnelle avec les meilleurs restes. De quoi limiter «l’hégémonie des grands partis», selon ceux qui l’ont choisi. Mais aussi, de quoi faire «éclater» les résultats. Et permettre aux petites listes, de glaner quelques postes au Parlement, en comparaison avec le proportionnel tout court.
  • Une forte et même une participation d’un grand nombre de listes, dans toutes les circonscriptions. Surtout les listes indépendantes. Qui certes, peuvent glaner une place ici et une autre par là.
  • Une Constitution réellement anachronique, dans les vrais sens du mot : Elle accorde à la personne (encore) chargée de la formation du Gouvernement, un pouvoir énorme. Réellement supérieur, à celui du président de la République, élu au suffrage universel. Et même au parti qu’il l’ait choisi.

Une situation plus absurde encore, lorsqu’on sait que Mohamed Habib Jemli, est passé brusquement et même subitement, pour ne pas dire à la vitesse de la lumière, d’un «illustre inconnu», à savoir un ex-Secrétaire d’Etat, dans un gouvernement passé, comme et est le cas de  quelques dizaines de semblables, à un des premiers acteurs sur la scène politique tunisienne. Et surtout quelqu’un, qui peut annoncer, et même jurer, qu’il est un «indépendant» de toute appartenance ou allégeance politique. De quoi se demander, en se basant uniquement sur le bon sens, et toute la logique cartésienne du monde, quant aux raisons, qui pousseraient un certain Rached Ghannouchi a choisir et présenter un «indépendant» qui peut (théoriquement et selon ses dires) «s’en passer» du soutien du parti à qui il doit bien son existence, et même son «come back) de la liste des ex-secrétaires d’Etat, à celui par qui le gouvernement pourrait voir le jour ???
Une théorisation moralisante de la politique, qui rappelle réellement un certain «Candide» de Voltaire, qui est allé jusqu’à annoncer qu’il pourrait (selon ses dires toujours) former un gouvernement sans Ennahdha…. Une «histoire» assez «anodine» réellement, qui peut faire jouer de support pour une pièce entre surréalisme et absurdité !!!
 
Aussi, l’actuel chargé de former le gouvernement, après avoir été trahi et surtout poignardé dans le dos par certains partis, qui avaient renoncé à la dernière minute, à être de son gouvernement, à savoir surtout les deux partis (Ettayar Démocratique et le Mouvement du peuple), a décidé de couper court à une expérience basé sur une participation partisane, et prendre le chemin vers une vision assez «mystique» de la politique, à savoir «écarter» toute appartenance politique, pour ne prendre que ce qu’il considère comme «compétence», et surtout et essentiellement «apolitique».
Mohamed Habib Jemli, sans détailler ou discuter cette notion de «compétence» ni la définition qu’il a admet pour «apolitique», à savoir bannir toute appartenance, de toute nature, à une entité politique, ou même une quelconque sympathie, a bien former son gouvernement… 
Cette vision revancharde apparait bien dans le langage et les discours d’Habib Jemli. Il compte bien à la manière d’un «parrain» purifier la scène ou du moins SON gouvernement de toute connotation politico-partisane.
 
Rive droite…. Rive gauche…
La scène politique et surtout médiatique, tunisienne, est prise et même engloutie dans une réelle cacophonie :

  • Quelle est la définition (étymologique) de mots, tels que «compétence» et surtout «apolitique» ???
  • Quelles définitions, le chargé de la formation du prochain gouvernement, ait adopté pour faire sa sélection, et éliminer certains et certaines ???
  • Selon les critères communs et partagés, qui est «compétences» ou encore «apolitique» ???

Les plateaux de télévision, ont trouvé dans cette cascade de «définitions» une matière assez féconde, afin de créer cette éternelle polémique, qui fait vendre, à savoir attirer les téléspectateurs.
Tous les observateurs sont plus que certains : le passage de cette «formation» de la situation du «projet» au stade de «gouvernement» réel et actif, nécessite un passage devant l’Assemblée des Représentants du Peuple, à savoir disposer (au moins) d’une note de 109 voix sur un total de 217. Une caution à la fois au Gouvernement dans son ensemble, mais chaque ministre ou secrétaire d’Etat, à part.
 
Examen et jury…
Personne n’est certain à l’avance, ou du moins au point de certifier que le prochain gouvernement puisse arracher sa moyenne. A la fois dans sa totalité, que pour chaque membre à part. Des tractations de coulisses, se font et se défont, aussi bien pour assurer la réussite, ou du moins minimiser les dégâts, que faire caboter tout le projet.

 




Abdelattif Hannachi, Professeur d’Histoire contemporaine, et analyste politique 


 
Dans un souci d’éclairer certains aspects de ce prochain gouvernement, «Majalla» s’est adressé au Professeur d’Histoire contemporaine, et analyste politique Abdelattif Hannachi, qui a accepté de répondre à ces questions :
 
* Pour un gouvernement qui se prétend «d’urgence» et de «redressement», le nombre de ministres et secrétaires d’Etats, est assez élevé. Nous sommes devant une machine lourde ?
- vous avez absolument raison, avec exactement 28 ministres et 14 secrétaires, le nombre est assez élevé. Des pays à l’instar de la Chine et l’Inde, avec le nombre d’habitants dépassant le milliard pour chacun des deux, ne dispose pas chacun de ce nombre. La question n’est nullement quantitative à savoir le nombre en soi, ou le cout de fonctionnement, mais surtout de rendement, dans le sens des résultats que puisse dégager cette formation gouvernementale.
Pour plus de précision, j’ai constaté des secrétariats d’Etat, avec des spécialités assez proches, l’une de l’autre. Confondre les structures proches l’une de l’autre, aurait été meilleur à mon avis.
Sans oublier l’éternelle relation et surtout rapport, entre l’administration déjà établie, d’une part, et le ministre ou secrétaire d’Etat, qui est, il faut le rappeler, un poste politique.
Aussi, je ne peux oublier que la représentation de la femme, dans cette formation, reste encore au-deçà des espérances. Espérances qui émanent de la présence de la femme tunisienne dans tous les secteurs.
 
* Sur le plan de l’expérience de ces ministres et secrétaires d’Etats, qu’en dites-vous ?
- On constate bien quatre ministres uniquement qui ont eu déjà de l’expérience. Néanmoins, le manque d’expérience ministérielle en soi, ni une lacune ni un défaut. J’ai toujours dit que l’administration compte aussi bien, et même plus que la dimension politique, représentée par tel ministre ou tel secrétaire d’Etat.
Aussi, nous constatons des juges à des postes-clés. Ceci est plus qu’important. Malheureusement, on ne constate pas d’avocats par exemples.
 
* Sur le plan réel, ce projet de gouvernement, se cherche encore une légitimité, qui n’est en aucun cas garantie d’avance ?
- Vous avez entièrement raison. Sans vouloir polémiquer concernant les chiffres, ni les pourcentages, on est plus que certain que le prochain gouvernement, ne va prétendre à une large majorité, ni à la certitude de faire passer tous ses ministres et secrétaires d’Etat. Aussi, ce gouvernement ne va pas entamer sa mission dans une ambiance sereine ou positive. Car il faut le rappeler, se basant sur l’histoire, que des gouvernements ayant eu une assise parlementaire de loin plus large, n’ont pas entamé la mission avec plus de charges.