Escalade militaire en vue

Le Parlement turc autorise l’envoi de soldats en Libye
*Le projet de loi soumis au parlement lundi 30 décembre a été appuyé par les membres du Parti de la justice et du développement (AKP) de Recep Tayyip Erdogan, ainsi que par le Parti d’action nationaliste (MHP).
*Le Conseil national de sécurité égyptien aurait définit des mesures pour lutter contre l'intervention militaire étrangère en Libye.
*Le Conseil de la Ligue Arabe  exprime sa profonde « préoccupation face à l'escalade militaire, qui exacerbe la crise en Libye, menace la sécurité et la stabilité des pays voisins et de la région dans son ensemble, y compris la Méditerranée ».

Tunis :La motion présidentiellepermettant au président Recep Tayyip Erdogan d’envoyer des militaires en Libye pour soutenir le Gouvernement d’union nationale (GNA), de Fayez el-Sarraj, allié d’Ankara en difficulté face à son puissant rival le Maréchal Haftar, a été adoptée par le parlement turcSelon le président de l’Assemblée nationale turque Mustafa Sentop.
Le projet de loi soumis au parlement lundi 30 décembre a été appuyé par les membres du Parti de la justice et du développement (AKP) de Recep Tayyip Erdogan, ainsi que par le Parti d’action nationaliste (MHP). Parmi les députés opposés à l’envoi de troupes en Libye figurent ceux du Parti républicain du peuple (CHP), du Bon Parti (IYI), du Parti de la félicité (SP) et du Parti démocratique des peuples (HDP).Suite à l’adoption de cette motion, un entretien téléphonique a eu lieu entre le président Trump et Erdogan au cours duquel ils ont discuté de la situation en Libye et en Syrie. Aucune information n’a filtré sur les positions convenues pour le moment entre Trump et Erdogan.

Vigilance en Egypte et en Tunisie
Cependant, réuni en urgence, le Conseil national de sécurité égyptien aurait définit des mesures pour lutter contre l'intervention militaire étrangère en Libye.
Selon le portail « Al-Ahram », le conseil a discuté des développements actuels liés à la crise libyenne et des menaces découlant de l'intervention militaire étrangère en Libye, où un ensemble de mesures a été identifié à différents niveaux pour faire face à toute menace pour la sécurité nationale égyptienne.
Cette réunion intervient quelques jours après un entretien téléphonique entre le Président Français  Emmanuel Macron et  le Président de la République arabe d’Egypte, M. Abdel FATTAH AL-SISSI.

Les deux chefs d’Etat ont évoqué la situation en Libye. Ils ont estimé que les risques d’une escalade militaire nécessitaient que l’ensemble des acteurs internationaux et libyens fassent preuve de la plus grande retenue. Selon un communiqué de l’Elysée, dont La Majalla en a eu une copie, ils ont convenus d’agir « en étroite coordination dans la perspective de la conférence de Berlin et pour faciliter une relance décisive des négociations inter-libyennes ». Et de préciser qu’ils ont « exprimé leur volonté qu’un accord politique soit trouvé dans le cadre des Nations unies, dans le respect des principes agréés à Paris, Palerme et Abou Dabi, afin de restaurer l’unité et la pleine souveraineté de la Libye ».
Le Président Macron et son homologue égyptien ont également évoqué la situation en Méditerranée orientale et estimé que le protocole d’accord conclu entre la Turquie et la Libye sur la délimitation de leurs juridictions maritimes était « contraire au droit de la mer ». 
En Tunisie, le chef de l'Etat Kaïs Saïed" a décidé de prolonger l'état d'urgence, d'un mois à compter du 1er janvier jusqu'au 30 du même mois. Cette prolongation intervient sur fond de la crise Libyenne. A ce propos, Kais Saied a souligné l'importance de passer de la légalité internationale à une « légalité libyo-libyenne », exprimant la volonté de tous les Libyens. « La Tunisie restera sur sa position en privilégiant le droit aux actions militaires », a-t-il poursuivi.
Il a insisté, dans la foulée, sur la souveraineté de la Tunisie sur son territoire, son espace aérien et maritime. « Notre dignité et notre souveraineté sont indiscutables (...) Nous exigeons le respect plutôt que la sympathie. ».
Dans le même sillage,  « les différentes forces armées stationnées le long des frontières entre la Tunisie et la Libye, sont fin prêtes et font preuve de vigilance, pour prévenir toute intrusion possible, en raison des combats en cours en Libye les forces armées, prêtes à faire face à toute intrusion, à partir des frontières tuniso-libyennes », a indiqué une source sécuritaire à La Majalla.
Sur le plan, politique, le Parti socialiste tunisien (PS) a dénoncé l'ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Libye, appelant la Tunisie à se mettre à l’écart de toute politiques des axes.
« Le parti socialiste se tient aux côtés du peuple libyen en ces mêmement difficiles », a indiqué cette formation politique à La Majalla, mettant en garde contre toute utilisation du sol tunisien pour porter atteinte à la souveraineté nationale libyenne.
Le parti socialiste a averti que la situation régionale laisse présager une guerre par procuration en Libye, attisée par les grandes puissances mondiales en vue d’exploiter les richesses de ce pays.

 




Le Parlement turc a donné le feu vert pour l’envoi des soldats en Libye

L’Algérie rouspète
Sur le même plan, le ministre des Affaires étrangères algérien, Sabri Boukadoum a indiqué, que l'Algérie prendra dans les prochains jours « plusieurs initiatives en faveur d'une solution pacifique à la crise Libyenne », réitérant le rejet de l’Algérie de la présence de toute force étrangère, quelle qu'elle soit, dans ce pays voisin.« L'Algérie prendra dans les prochaines jours plusieurs initiatives en faveur d'une solution pacifique à la crise libyenne, une solution exclusivement inter-libyenne, a déclaré M. Boukadoum.
Pour sa part,  le Secrétaire général du ministère de l'Intérieur, des Collectivités locales et de l'Aménagement du territoire algérien, Mohamed Amine Deramchi a réaffirmé, à Alger, la détermination de l'Algérie à « poursuivre ses efforts pour aider la Libye à surmonter la crise qu'elle traverse », à travers le dialogue et les solutions pacifiques ainsi que le soutien à ses dispositifs de sécurité pour restaurer la paix et la stabilité dans le pays.
"L'Algérie est déterminée à poursuivre ses efforts pour aider la Libye à surmonter cette pénible épreuve, par sa diplomatie prônant le dialogue et les solutions pacifiques dans le cadre du respect des affaires internes, mais aussi à travers le soutien aux capacités de ses dispositifs de sécurité pour relever tous les défis auxquels elle fait face jusqu'au rétablissement de la sécurité et de la stabilité le plus tôt possible", a déclaré M. Deramchi qui présidait une réunion avec son homologue du Gouvernement libyen d'union nationale, Khaled El Mazen, consacrée à l'examen des moyens de mise en oeuvre des accords de coopération sécuritaire bilatérale et la lutte contre la criminalité et la drogue.
Il a rappelé, à cette occasion, que les deux pays avaient conclu un accord de sécurité en aout 2001, ajoutant qu'il a été convenu de le mettre à jour lors de la deuxième session de la commission conjointe de sécurité en février 2012 et ce « en fonction des nouvelles données et mutations » qu'a connues la Libye, outre l'existence d'un projet de convention bilatérale relative à la lutte contre la drogue et les psychotropes, lequel a fait l'objet d'un examen par l'Algérie en suggérant « des modifications qui ont été communiquées à la partie libyenne en juillet 2014 ».

La Ligue Arabe se manifeste
Il est à noter dans le même cadre que le Conseil de la Ligue des Etats arabes a publié, mardi dernier, une déclaration commune au terme d'une réunion extraordinaire sur la Libye.
Cette réunion réclamée par l'Egypte, a « réaffirmé son attachement à l'unité, à la souveraineté, à l'intégrité territoriale et à l'intégrité nationale de la Libye » et a rejeté, ce qu'elle a qualifié d'ingérence étrangère « quelle que soit sa nature ».
Les pays arabes ont réaffirmé soutenir le processus politique qui passe selon eux « par la pleine mise en œuvre de l'accord de Skhirat de décembre 2015 » et a souhaité une implication plus importante des pays voisins dans les efforts internationaux visant à aider les Libyens à régler cette crise.
Le document, dont La Majalla en a eu une copie,  exprime « la profonde préoccupation face à l'escalade militaire, qui exacerbe la crise en Libye, menace la sécurité et la stabilité des pays voisins et de la région dans son ensemble, y compris la Méditerranée ».
Il souligne « la nécessité de mettre fin au conflit militaire », et insiste sur le fait qu'un règlement politique est la seule solution pour rétablir la sécurité et la stabilité en Libye et d'y éliminer le terrorisme. Un appel à maintenir des contacts internationaux pour "empêcher toute intervention militaire étrangère en Libye" a également été lancé.

 




Le Président Kaies Saied recevant Fayez El Sarraj.

Des objectifs occultes
Le journal émirati, « Al Bayan », citant des sources libyennes décrites comme étant dignes de foi, affirme que le gouvernement de réconciliation (Al Wifak) avait demandé au gouvernement turc une intervention militaire directe dans plusieurs endroits du pays, dont le croissant pétrolier, et pas seulement la capitale, Tripoli. Les sources ont indiqué que le premier objectif de l'intervention militaire est d'empêcher l'armée nationale (Pro Haftar) de contrôler Tripoli et d'approcher les villes côtières de l'ouest du pays, au sommet desquelles se trouve Misurata, qui accueillera une garnison turque et une force de défense aérienne pour empêcher le survol aérien de l'armée nationale de s'approcher d'eux.

3000 soldats et mercenaires
Elles ont expliqué que le gouvernement Al-Sarraj, et derrière lui les dirigeants des Frères musulmans, ont appelé la Turquie à envoyer des forces de combat pour effectuer des missions offensives sur le terrain comprenant au moins 3000 soldats et mercenaires, soutenus par des avions de guerre et des hélicoptères de combat, et avec une puissance navale, et que la question était liée à une intervention réelle sur divers fronts, dont le premier objectif est d'essayer de repousser l'Armée nationale dans la région orientale.
Les sources ont ajouté que la question ne s'arrête pas là. Il existe plutôt un plan conjoint entre la Turquie et le gouvernement Al-Sarraj pour mettre en œuvre des opérations de débarquement à l'intérieur des champs pétroliers pour les contrôler, que ce soit dans le croissant pétrolier ou dans les champs Charara et Al Fil au sud-ouest du pays, et que l'objectif est de réduire l'influence des forces armées, de le priver de ses ressources les plus importantes et de le délester de ses avancées sur le terrain réalisées au cours des deux dernières années.
Les sources ont suggéré que les forces turques entameraient des batailles acharnées contre l'Armée nationale soutenues par les milices armées, ainsi que les mercenaires qu’ils ont commencé à délocaliser du nord de la Syrie vers l'intérieur de la Libye, ainsi que les mercenaires qui s'efforceraient de les attirer des groupes terroristes. Les sources ont souligné que ce qui compte actuellement pour le gouvernement d’Al Sarraj, pourles chefs de guerre et les Frères musulmans, est d'imposer une politique du fait accompli par une invasion armée turque, tout en ouvrant la voie à Ankara pour établir plus tard trois bases militaires, l'une à Tripoli, la seconde à Misrata et la troisième dans la province du Fezzan. Les sources ont ajouté que la Turquie bénéficiera de la priorité par la suite dans les contrats de reconstruction et de contrôle du secteur gazier en premier lieu, et de supervision à travers ses clients et entreprises spécialisées dans la gestion du secteur économique et la mise en œuvre de grands projets.

 




Un entretien téléphonique a eu lieu entre Macron et Al Sissi, sur l’intervention turque en Libye.


 

Des mercenaires Syriens 

Il n’empêche, les informations faisant état de la présence de mercenaires syriens envoyés par la Turquie se multiplient. Des vidéos sont apparues, ce week-end, témoignant de leur présence à Tripoli où les forces fidèles à Fayez el-Sarraj sont en difficulté devant l'offensive du maréchal Khalifa Haftar.
A cet effet, RFI affirme  un important mouvement de combattants venus de Turquie à bord de vols non enregistrés, à l'aéroport de Mitiga, à Tripoli, 
Selon différentes sources jointes par RFI, c'est la compagnie aérienne libyenne Afriqiyah Airways et la compagnie al-Ajniha, propriété de Abdelkarim Belhaj, un jihadiste résidant en Turquie, qui ont transporté ces combattants de la Turquie à Tripoli. Leur objectif serait de prêter main-forte aux milices islamistes, fidèles au GNA.
Elle signale qu’entre vendredi et dimanche dernier, quatre appareils ont atterri à l'aéroport de Matiga, débarquant des combattants syriens des brigades fidèles à Ankara.
Joint par RFI, Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) affirme qu'au moins 500 combattants syriens sont déjà en Libye. Selon lui, mille autres ont été transportés en Turquie et devraient être envoyés, à leur tour, vers Tripoli.
La semaine dernière, le commandement militaire de Khalifa Haftar avait affirmé que 11 Syriens avaient trouvé la mort près de Syrte. L'aviation visait alors une position des milices de Misrata. Même tonalité chez plusieurs sources turques haut placées interrogées par l'agence Reuters. Selon ces sources, Ankara « songe à envoyer des miliciens syriens en Libye, le sujet est en discussion ».  « Une réflexion est menée et des réunions sont organisées sur cette question », rajoutent ces sources avant de conclure : « la tendance est d'aller dans cette direction ». Les contacts de Reuters ne donnent cependant pas des précisions sur le nombre d'hommes qui y seront envoyés.