Que mangent les Tunisie : abus et tromperies

* tout recul des services de l’Etat, entraine une multiplication du nombre des infractions, avec absence de tout respect des législations en vigueur
* Il n’existe pas de laboratoires spécialisés dans de nombreux domaines, y compris les produits alimentaires et les OGM

 

L’affaire du blé cancérogène, à savoir une cargaison de blé que certains disent originaire de l’Ukraine, contaminée par la pollution qui a fait suite à l’accident de Tchernobyl. Des accusations, des négations, mais surtout un flou total. Aucun organisme de contrôle jouissant d’un statut scientifique reconnu, n’ait intervenu pour trancher et distinguer la vérité de la calomnie. 
Aussi, une descente des services de contrôle sanitaire, dans des pâtisseries, a fait paraitre des infractions assez graves. La peur ne se situe plus au niveau de ces infractions, mais plutôt de la passivité et même l’absence des services du contrôle sanitaires, qui n’ont pas évolué, au niveau des infrastructures nécessaires, mais aussi, au niveau du personnel, dont le nombre n’a pas suivi cette multiplication logarithmique des infractions.
Sur le net, essentiellement sur Facebook, on propose des pilules d’amaigrissement, et même un baume pour blanchir les peaux foncées, et les purifier, sans oublier des médicaments, qui, selon le texte de l’offre, assurent une guérison totale des maladies chroniques, tel le diabète.
Sans oublier cette panoplie, de produits alimentaires, que la contrebande fait entrer illégalement, dans le pays, essentiellement du chocolat et du biscuit, mais aussi du bonbon, et autres.
L’absence et la démission de l’Etat, a fait qu’on vende des cigarettes de contrebande chez des buralistes, se situant face au ministère de l’Intérieur.
Une chose est certaine : tout recul des services de l’Etat, entraine une multiplication du nombre des infractions, avec absence de tout respect des législations en vigueur. Les Tunisiens ont reçu des sms, les incitant à fumer les cigarettes fabriquées localement, qui certes tuent, mais tuent moins que celles de la contrebande…
La société civile tunisienne, assez active, et surtout entreprenante, ne compte que quelques associations œuvrant dans le secteur des droits des consommateurs.
Aussi, ces associations ne disposent guère de moyens, ne sont nullement équipées, mais aussi, les pouvoirs publics ne les considèrent pas comme partenaires ou associés.
 
Dans un souci d’éclairer mieux ces questions, «Majalla» a interviewé Lotfi Riahi, Président de l'Organisation tunisienne pour informer le consommateur, qui va nous détailler les actions de son association : 

 

Lotfi Riahi, Président de l'Organisation tunisienne pour informer le consommateur.


 
* L’affaire du blé cancérogène, a soulevé la question du contrôle des aliments importés. Qu’en pense votre association ?
- L'Organisation tunisienne pour informer le consommateur (OTIC), a soulevé à plusieurs reprises la question du contrôle technique des produits alimentaires importés, en raison des nombreuses lacunes rencontrées, tout au long du processus de contrôle technique de l’opération de l’importation. Ces lacunes sont d’ordre technique, mais aussi au niveau des législations. Des législations qui ne sont nullement au diapason des transformations que connaissent les sciences, mais aussi, en décalage par rapport aux normes internationales. Certains additifs alimentaires sont interdits ailleurs, mais ne le sont pas en Tunisie.
 
* Comment évaluez-vous la qualité du contrôle des produits alimentaires en général ?
- Le contrôle n'est pas au niveau requis en termes de nombre d'agents affectés à cette tache. En termes de qualité aussi. Le contrôle est du genre très classique, et ne s’opère pas par le biais d’outils technologiques, aussi bien au niveau de l’approche que l’analyse.
 
* La Tunisie dispose-t-elle de moyens techniques, qui assure de découvrir tous les cas suspects ?
- Il n’existe pas de laboratoires spécialisés dans de nombreux domaines, y compris les produits alimentaires et les OGM. Mais aussi, sur le plan technique, dans des secteurs comme le cuir, les chaussures, les meubles et l'ameublement.
 
* Quel est le rôle des associations de protection des consommateurs en général, et votre en particulier, concernant le contrôle des produits alimentaires ?
- Le rôle des associations de protection des consommateurs en général, se limite exclusivement à la sensibilisation. Elles ne sont nullement autorisées à opérer des contrôles. L’OTIC qui n'est pas légalement autorisé à opérer des actions de contrôle, a préféré passer du stade de la force de la proposition au stade de la force de l’action, surtout, que nous disposions d’une base de 15 milles adhérents. Nous sommes en phase de finalisation du projet «Houma» [Quartier], qui permet à nos adhérents d’acquérir les produits alimentaires du producteur directement. Le produit tunisien de qualité va obéir à une traçabilité, permettant aux consommateurs d’être à la page, et être au courant de toutes les phases de production, tout en profitant d’une remise de 20 %, et un bénéfice de 30% pour le producteur. Ce pourcentage constitue d’habitude la part des grandes surfaces.
 
* Votre association coopère-t-elle avec des laboratoires scientifiques pour assurer la transparence requise ?
- L'un de nos projets, en 2020 consiste à effectuer de nombreux analyses et tests comparatifs, concernant plusieurs produits, dans le but de mettre à la disposition du consommateur toutes les informations nécessaires, et lui permettre de comparer et opérer son choix. Dans ce sens, nous comptons sur des laboratoires scientifiques pour le soutien et l'assistance.
 
On constate dans les réseaux sociaux, Facebook en particulier, la commercialisation du matériel médical, des médicaments, et même, des dentiers, sans constater une intervention des pouvoirs publics, pour stopper ce commerce et l’interdire. Quelle est votre position ?
- Nous observons de nombreux abus au niveau du commerce électronique, à savoir des opérations de fraude, dans un monde virtuel, qui offre tous les moyens à ceux qui veulent jouir de l’anonymat, tout en offrant des produits de la contrefaçon qui n’obéissent à aucun contrôle. Ceci se fait en absence de tout contrôle strict du ministère du Commerce. Nous avons demandé à plusieurs reprises de mettre en place des mécanismes de contrôle électronique qui interdissent les abus. Ceci dans le but de protéger le consommateur. Tout en sachant que plus de 2 milles sites opèrent dans ce secteur. Essentiellement de la contrefaçon, qui n’obéit à aucune législation ou contrôle.