La « Task force Takuba » est née

G5 Sahel-France

*Cette rencontre à Pau, a formé un moment important après ce que ces pays africains avaient subi ces dernières semaines avec des martyrs du G5 Sahel qui sont tombés dans le cadre de ce conflit.
* L’année 2019 a été une année difficile pour le Sahel, le lac Tchad également, dans la mesure où la croissance des attaques dans le Sahel, les destructions humaines et matérielles y ont été lourdes.

Tunis :La réunion du G5 Sahel et la France, tenue la semaine dernière à Pau, aura permis une clarification du cadre politique, une précision et un renforcement des objectifs militaires et politiques et surtout des nouveaux termes d'engagement qui ont été posés. L’objectif est d’avoir des résultats concrets sur le terrain où les différentes forces déployées ne cessent d’essuyer des pertes substantielles, ce qui inquiète davantage la France.
En effet, cette rencontre à Pau, a formé un moment important après ce que ces pays africains avaient subi ces dernières semaines avec des martyrs du G5 Sahel qui sont tombés dans le cadre de ce conflit qui dure depuis maintenant plusieurs années, sous le coup des attaques des groupes armés terroristes.
Cependant, à Pau, il ne s’agissait pas uniquement d’avoir une pensée pour les militaires qui sont tombés et de rendre hommage aux familles des victimes françaises et de leurs frères d'armes. Il s’agissait plutôt de faire en sorte que  cette situation ne perdure pas. C'est pourquoi la rencontre de Pau marque à un tournant très profond dans la méthode d'approche en reclarifiant le cadre politique, en redéfinissant très clairement les objectifs et les termes, l'organisation de  l’intervention commune.


Les raisons de l’engagement français
Pourquoi la France est-elle au Sahel ? Le président français Emmanuel Macron a évoqué  deux raisons. La première, « c’est la lutte contre le terrorisme. Nous sommes au Sahel en guerre contre des groupes armés terroristes qui évidemment frappent des populations amies, sévissent dans la région, s’inscrivent dans cette mouvance internationale et se raccrochent à Al-Qaeda, à l’Etat islamique que nous combattons par ailleurs au Moyen Orient parce que nous savons que c’est une menace qui ne reste jamais locale ». Et la deuxième selon lui serait de vouloir « permettre aux Etats sahéliens d’assumer leur pleine souveraineté sur leur territoire ». « C’est le choix, la décision, la demande des Etats souverains pour préserver leur souveraineté de faire appel à des amis, à des alliés pour combattre justement ces groupes armés terroristes qui sont aujourd'hui une menace avérée à la souveraineté de chacun des Etats où ils opèrent », a –t-il martelé devant les cinq Chefs d’Etats africains venus assister à la réunion du G5 Sahel à Pau en France. 

Une année difficile
Pour sa part, le président du Burkina-Faso, Roch Marc Christian KABORÉ qui a fait le bilan de 2019, constate que 2019 a été « une année difficile pour le Sahel, de façon générale, le lac Tchad également, dans la mesure où la croissance des attaques dans le Sahel, les destructions humaines et matérielles que nous y subissons, la crise humanitaire sans précédent que nous vivons dans cette zone nous ont interpellés et nous montrent que nous devons passer à une étape supérieure dans le cadre de la coordination de nos opérations ». Dans un communiqué publié par la présidence burkinabé, et dont La Majalla en a reçu une copie, il a ajouté « qu'aujourd'hui plus que jamais, le constat, c'est que les résultats que nous engageons pour l'instant, malgré les efforts que nous conjuguons, sont en-deçà des attentes des populations, qui éprouvent des difficultés majeures ». C'est pour cela que les chefs d’Etats, ont décidé de rediscuter du dispositif et de définir des piliers sur lesquels il faudra fonder les futures actions. 

 

La force Barkhane subit des pertes énormes.


Quatre piliers
Le premier point qui émerge de ces pourparlers, est la nécessité de pouvoir coordonner l'ensemble des opérations des différentes forces sur le terrain et de concentrer ces actions-là sur le fuseau centre Mali-Burkina-Niger. « C'est là qu'il y a les attaques les plus atroces qui ont été constatées », a souligné le président burkinabé qui a pointé du doigt l'EIGS comme l'un des éléments essentiels de ces attaques. C'est pour cela d’ailleurs que les chefs d’Etats ont décidé de prioriser « la nécessité de mener le combat contre l'EIGS au niveau des trois frontières de façon prioritaire, fondamentale ». 
Dans le même sillage, un second point a été également défini et sur lequel les chefs d’Etats se sont nous attardés, c'est la nécessité de « renforcer la capacité des armées nationales et de les doter des moyens qui leur permettent d'assurer le type de combat asymétrique à mener sur le terrain ». A cet effet, les renseignements et le partage également des renseignements restent la clé de voûte du succès des combats sur le terrain.
Il s’agit ensuite de restaurer l'autorité de l'Etat dans cette région, en vue de faire retourner la population retourne sur le terrain, et de freiner les flux de déplacés et ce en rouvrant  les écoles et les centres de santé.
Par ailleurs, un plan d'investissements prioritaires du G5 Sahel et un plan d'urgence ont déjà été définis et qui permettront la mobilisation des ressources et l’accélération des opérations de décaissements pour que les projets puissent se mettre en place rapidement.
Ce sont in fine les principaux piliers sur lesquels devra se fonder l’action prochaine.

De lourds soutiens financiers
Il est à rappeler que cette coalition internationale regroupe aussi bien la France, les pays du G5, que l'Union africaine et l'Europe. Au niveau de l'Union africaine, la dernière conférence des chefs d'Etat a réexaminé la contribution de l'Union africaine à la lutte contre le terrorisme, qui intègre également l'aspect militaire et l'aspect développement, et a décidé de contribuer pour un montant de 2 milliards de dollars et de 2,5 milliards de dollars à la lutte contre le terrorisme également au niveau de la région de la CEDEAO. C'est pour dire combien l’engagement de l'ensemble des partenaires pour accompagner l'ensemble de ce mouvement, est précieux et qu'il faut obtenir des résultats probants rapides, parce qu’il y va de la crédibilité de chaque pays et de la crédibilité de la coalition de façon générale.
C'est également une urgence à faire en sorte que les résultats, au moins sur le terrain militaire, soient rapides pour permettre que les autres aspects puissent se mettre en place rapidement.


 

Les chefs d’Etats rendant hommages aux militaires français tombés au Sahel.


L’objectif militaire redéfini
Il apparait de ces pourparlers que l'objectif politique c'est la consolidation de l'Etat, le retour de l'Etat partout et dans toutes les régions. Il s’agit du retour de l'Etat malien à Kidal, la consolidation de l'Etat burkinabé. Cet objectif politique est indispensable et complémentaire de l'objectif militaire. Parce que le but des terroristes c'est l'effondrement de la souveraineté nationale par les attaques répétées.
Une fois ce cadre politique réaffirmé sans ambiguïté, il y a aussi un objectif militaire. L'objectif militaire c'est la zone des Trois Frontières comme cela a été rappelé entre le Mali, le Burkina et le Niger. La priorité c'est l'Etat islamique du Grand Sahara, ce qui n’empêche pas non plus de combattre tous les groupes armés terroristes. Mais « c'est l'ennemi prioritaire car c'est le plus dangereux tel qu’avéré », a souligné le président Macron lors de cette rencontre. 
Il n’empêche, pour atteindre cet objectif « nous changeons la méthode en mettant en place une coalition militaire avec un commandement conjoint entre la force Barkhane et la force conjointe du G5 Sahel, en concentrant nos efforts sur cette zone et donc en intégrant nos forces de renseignement, nos forces militaires sur cette zone avec une latitude d'engagement beaucoup plus forte », souligne un communiqué de l’Elysée, dont La Majalla en a obtenu une copie. Au-delà de cela, Macron a décidé « d'engager des capacités de combat supplémentaires : 220 militaires pour amorcer cette dynamique viendront gonfler les troupes d'ores et déjà présentes sur le terrain de Barkhane. Tous les pays partenaires qui le souhaitent sont les bienvenus pour rejoindre cette dynamique : partenaires européens, partenaires africains et internationaux », souligne le même communiqué. 
Une nouvelle force
D’ailleurs, une nouvelle force baptisée « task force Takuba » rassemblera dans quelques mois des forces spéciales de plusieurs pays européens. Grâce à cette force, le concept d’opération sera révisé afin qu’elle puisse agir avec une marge de manœuvre renforcée au-delà de la zone des 50 km de part et d’autre des frontières.Il s’agit, selon une source sécuritaire à La Majalla, d’une grande coalition internationale pour le Sahel qui aura vocation à rassembler de manière cohérente les différents volets de l'action internationale : la lutte contre le terrorisme, le renforcement des capacités militaires, avec en plus l'engagement de la présence onusienne à travers la MINUSMA, le travail avec en particulier l'Union européenne (EUTM, EUCAP), le travail avec l'Union africaine et la CEDEAO.
Une source diplomatique a confiée à La Majalla que dans les prochains jours toutes les parties travailleront avec pour rendre cette coalition pour le Sahel pleinement opérationnelle et qu’une conférence sur le Sahel, sera organisée le 26 mars prochain à Bruxelles en marge du Conseil européen. 
Enfin, dans un Communiqué de presse rendu public et dont La Majalla s’est procurée une copie, le Comité National de Coordination des actions du G5 Sahel du Tchad salue les pertinentes décisions issues du Sommet de Pau et qualifie la rencontre d’un « pas important dans la coopération agissante et multidimensionnelle, seule solution durable à apporter pour sortir de l’impasse sécuritaire actuelle ». Le document signé par le Coordinateur National Point-focal pays du G5 Sahel au Tchad, M. DJONDANG Tchaknoné Enoch, salue le leadership, le courage et la persévérance du Président de la République IDRISS DEBY ITNO et ses homologues, dont les pays font face presque seuls à un fléau mondial et appelle à la solidarité internationale.