En déphasage de cycle…

Violence et médias en Tunisie 

* Des voix ici et là, se sont levés pour exiger la peine capitale pour tous les braqueurs dont les actes ont entraîné parfois la mort
* «Ainsi, selon le dernier rapport de «Crime Index by Country 2020, la Tunisie est classée 18 ème dans la région Mena

A lire les médias, mais aussi à consulter les forums sociaux, on compte réellement un acte de violence (grave) au moins par jour, surtout des braquages, au point que ce terme a été arabisé et employé comme tel, surtout dans les articles.
La Tunisie connaît une recrudescence de violence surtout urbaine ?
Les avis divergent : Les uns pensent que médias et réseaux sociaux ne ratent plus rien, et braquent les lumières sur le moindre acte de violence. D’autres pensent que la violence est devenue, sans jeu de mots, le pain quotidien des Tunisiens, et surtout des Tunisois.
Une chose est plus que certaine : Deux actes de violence ont défié toute la chronique, ces derniers jours :

  • Un sous-officier de l’Armée de terre tunisienne, a été poignardé à mort, dans une rame de métro, par un bande de jeunes (entre 14 et 18 ans), qui cherchaient à mettre la main sur les biens que portaient les voyageurs, à savoir, bijoux, argent et téléphones portables.
  • Une avocate a été sauvagement agressée devant sa fille. Ses collègues ont osé même publier une photo d’elle après l’attaque, et une autre avant.

Il faut bien noter surtout que ces deux actes ont retenu l’attention des Tunisiens, par l’identité même de chaque victime. A savoir un jeune sous-officier qui profite d’une courte permission, après avoir passé quelques semaines dans des zones sensibles.
Le deuxième cas concerne une femme et en plus avocate, ayant subi l’attaque devant sa fille.
Des voix ici et là, se sont levés pour exiger la peine capitale pour tous les braqueurs dont les actes ont entraîné parfois la mort. Ces campagnes ont pris de l’ampleur, car selon certains : un militaire ne peut s’adonner à sa mission de sauvegarder de la patrie, sachant que son assassin va écoper de quelques années de prison.
 

Le soldat victime à l’agression dans le métro de Tunis.


 
Vérité et contre-vérité….
Le site électronique, «l’économiste maghrébin», tout en portant l’information, a bien voulu présenter un état des lieux de la violence en Tunisie : «Et, encore une fois, il s’agit de la énième victime qui tombe sous les mains de malfaiteurs. Ils  seraient certainement sous l’emprise de substance illicite. Aujourd’hui, c’est le sous-officier de l’armée qui rejoint cette longue liste de victimes innocentes de la violence humaine. Un braquage qui tourne mal et c’est le destin de toute une famille qui est remis en question».
Ce paragraphe en évoquant «la énième victime», mais aussi «(…) rejoint cette longue liste de victimes innocentes de la violence humaine», se positionne dans ce débat qui divise tant la société tunisienne.
Le paragraphe suivant sort du même jus : «Ces dernières années, on assiste à la multiplication des braquages. Ils laissent sur leur passage un grand nombre de victimes; sans compter les séquelles physiques et psychologiques qui persistent longtemps après les faits».
Et en conclusion : «Ainsi, selon le dernier rapport de «Crime Index by Country 2020, la Tunisie est classée 18 ème dans la région Mena. C’est ce qui ressort de la base de données participative Numbeo dans l’édition 2020 de son rapport. Il classe 117 pays dans le monde entier, du moins sûr au plus sûr. Quant à la Tunisie, elle est 167ème au monde avec un indice de criminalité de 44.29 et un indice de sécurité de 55.71».
Quant au site électronique «Tunisie numérique», tout en portant l’information, il a bien précisé des détails que d’autres sites et sources, n’ont pas voulu porter ou les trouvent sans importance : «Il a succombé à un coup de poignard, après s’être opposé à deux individus qui tentaient de le braquer, pour lui voler son téléphone portable. A noter que la victime portait des habits civils, au moment des faits».
Le fait que «la victime portait des habits civils» indiquent bien que les agresseurs n’ont pas commis leur crime envers «un militaire», mais plutôt à l’encontre d’un être humain qui a essayé de se défendre.
Nuance de taille, une partie de l’opinion publique est plus que certaine que l’attaque s’inscrit dans un plan visant les «militaires».
Le site électronique «Réalités» apporte une autre version en déphasage total avec celles portées par d’autres médias «Dans une déclaration accordée aux médias ce vendredi 17 janvier 2020, la chargée de la communication et de l’information de la société de transport de Tunis (TRANSTU) Hayat Chamtouri, a affirmé que le sous-officier décédé hier soir à 20h35 lors du braquage à bord du métro de la ligne 3 au niveau de la station Bab Khadhra était âgé de 27 ans. La responsable a ajouté que les délinquants lui ont soutiré son smartphone avant de prendre la fuite. La victime a voulu identifier les auteurs du braquage en sortant la tête de l’une des fenêtres du métro. Malheureusement, sa tête a été percutée par l’un des poteaux électriques situés au niveau de la station. L’enquête se poursuit».
Dans ce texte, la version est autre. Il ne s’agit nullement d’une mort par arme blanche. La mort serait (selon «Réalités») accidentelle, et les braqueurs ne peuvent être poursuivis pour «meurtre» ou même pour «violence ayant entraîné la mort».
Entre le site «Africain.Info», par exemple, qui précise que la victime «a succombé à un coup de poignard, après s’être opposé à deux individus qui tentaient de la braquer, pour lui voler son téléphone portable», et celui de «Réalités», le lecteur va croire qui et surtout quoi ?
 
Les braquages se distinguent par l’importance : Un marchand ambulant, originaire de Kasserine (Centre-est), a fait l’objet d’un braquage dans la région de Ben Guerdene (Sud-est) le dimanche 19 janvier 2020, par quatre individus. L’information n’a pas eu l’écho que d’autres braquages ont pu avoir.
Les avocats, ou plutôt certains, ont décidé de passer à «une vitesse supérieure» en refusant de plaider la cause des «braqueurs» devant la justice, et même un appel a été lancé sur les réseaux, pour rejoindre ce mouvement.


 

Maitre Ibrahim Bouderbala, bâtonnier de l’ordre des avocats


La réaction du bâtonnier de l’ordre des avocats, Ibrahim Bouderbala, ne s’est pas attendre. Il a estimé que la profession d’avocat ne pouvait pas ne pas respecter les droits de la défense, en commentant les informations qui ont circulé sur la consultation entre certains avocats pour prendre la décision de ne plus plaider pour les personnes impliquées dans le cambriolage et les braquages dans le cas de l’attaque de l’un de leurs confrères.
Bouderbala a souligné que toute personne renvoyée devant le tribunal, dispose du droit d’avoir un avocat pour la défendre. Il a ajouté qu’on doit condamner les violences dont le niveau a augmenté en Tunisie.
Un discours corporatiste certes, mais un positionnement face à la violence et surtout sa recrudescence.