RDC…Les massacres reprennent

Après quelques semaines d'accalmie, les massacres reprennent en République Démocratique du Congo : Au moins 36 civils ont été tués à la machette dans la nuit de mardi à mercredi près de Beni, dans l'est du pays.
 
Massacres tout azimut…
D'après les autorités et les survivants, le mode opératoire porte la signature du redoutable groupe armé des ADF : Paysans achevés à l'arme blanche, le soir en brousse de retour des champs ou au village à la nuit tombée.
Selon Kambale Kapisi, 32 ans, un témoin qui a assisté au massacre. Blessé à la tête, son frère est l'un des deux survivants opérés à l'hôpital d'Oicha : La tuerie a commencé mardi soir à Manzingi, au nord-ouest de la cité d'Oicha. «Les ennemis sont entrés à 19H 00. Ils ont trouvé les gens en train de manger et ils les ont bloqués. Certains ont pu s'échapper et les autres ont été décapités».
«Le malade a plusieurs plaies par machette. Il y a des plaies qui atteignent même l'os», témoigne le Dr Andre Makasani. «Ce sont des types de blessures que nous avons déjà eues plusieurs fois ici, à chaque fois qu'il y a carnage aux alentours de la cité d'Oicha», ajoute le médecin. D’après l'ONG des droits de l'homme Cepadho : Les massacres ont duré toute la nuit.
«Parmi ces victimes, certaines femmes auraient été violées par les bourreaux avant d'être tuées», dénonce dans un communiqué le député provincial Jean-Paul Paluku. «Du jamais vu», conclut l'élu local pour qui «cette nouvelle méthode d'opérer» marque une volonté «d'humiliation de la communauté».
Le bilan de 36 morts est établi par la société civile, qui ramasse et enterre les corps, et l'administrateur du territoire, qui supervise la police.
«Il y a au moins 30 morts dans le village de Manzingi Mabundu. Attaque attribuée aux ADF», indique également une source de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco).
Au total, les Forces démocratiques alliées (ADF) sont accusées d'avoir tué près de 300 personnes depuis début novembre, et plus d'un millier depuis octobre 2014 dans la région de Beni. D'après les experts, les ADF se vengent depuis novembre sur les civils de l'offensive lancée par l'armée congolaise contre leurs bases dans la forêt et la jungle autour de Beni. L'armée s'est félicitée d'avoir repris le QG des ADF et d'avoir tué cinq de leurs six chefs.
Rassurante, l'armée avait invité la population à reprendre des travaux dans les champs repris aux ADF. Le génie militaire s'est engagé à réhabiliter une route qui conduit vers la frontière ougandaise. Une seule attaque attribuée aux ADF avait été enregistrée en janvier. Elle avait fait six morts.
 
Eternel combat…
Adèle Kavira Kighoma, 21 ans, une survivante de cette attaque, a témoigné la semaine dernière à l'hôpital d'Oicha : «Je suis tombée par terre et j'ai senti un coup de machette dans le cou. Ils m'ont abandonnée en croyant que j'étais morte». L'attaque de mardi soir a eu lieu à l'ouest de la Route nationale 4 Beni-Oicha-Eringeti. Or les ADF opèrent généralement à l'est de cet axe, vers la frontière ougandaise.
«La présence de l'ennemi est bien documentée mais, curieusement, il n'y a pas d'opérations militaires qui soient organisées dans cette zone-là», analyse un responsable de la société civile, Janvier Kasereka, avant d’ajouter : «L'ennemi en errance (...) se reconstitue à l'ouest». Un pasteur a été tué dans la nuit de mardi à mercredi à Eringeti dans une autre attaque, selon des sources locales.