La gastronomie à l’égyptienne

Les végétariens en difficulté, malgré la richesse de la cuisine locale
* Dans un pays où la pauvreté est extrême et les prix des produits alimentaires sont élevés, la viande devient de plus en plus, un luxe et un signe de richesse. De ce fait, de nombreux égyptiens qui observent par obligation un régime végétarien, raffolent de consommer de la viande dans pareilles circonstances.
* Les Coptes Orthodoxes égyptiens, qui représentent entre 10% et 15% de la population, ont contribué à l’élaboration de la cuisine égyptienne traditionnelle. Car ils jeûnent de 180 à 200 jours par an, s'abstiennent de manger tous les produits d'origine animale et s'engagent à ne prendre que des repas végétariens les jours de jeûne.
* Le pionnier, et le plus éminent à ce niveau, n’est autre que le pharaon égyptien Akhenaton, qui a été un adepte convaincu du régime végétarien, et a interdit l’abattage des animaux.
* Les végétariens ne considèrent pas cette occasion comme une fête, car ils se sentent angoissés par l’image de l’abattage des animaux dans la rue, ainsi que la consommation de la viande.

Les régimes végétariens sont très rependus en Occident, les restaurants offrant de la nourriture sans viandes, ont vu leur nombre exploser. Selon Google, l’intérêt pour le mot «végane», à savoir un régime alimentaire excluant tout produit animalier, à savoir viandes, laits et œufs, a enregistré, une augmentation de 700%, pour les cinq dernières années, à savoir de 2014 à 2019. Ce phénomène s’explique par un ensemble de préoccupations concernant la santé, la vie des animaux, sans omettre la situation environnementale.
Certains pensent que ce régime alimentaire est une émanation du système de vie occidental, et amplifié par le net. En Egypte, par exemple, un très grand nombre d’habitants, ne consomme que des plats végétariens, non par choix, mais plutôt par nécessité. Encore plus, observer un régime végétarien, par choix, constitue un comportant très étrange pour ces habitants. Sans savoir, que le régime végétarien, est à la base de la cuisine de leur pays.
Les Égyptiens raffolent des plats à base de viande. A la question de savoir son plat préféré, toute personne répondra «kebab et kofta», à savoir un plat composé presque essentiellement de viandes. Reste que dans un pays où la pauvreté est extrême et les prix des produits alimentaires sont élevés, la viande devient de plus en plus, un luxe et un signe de richesse. De ce fait, tout plat contenant de la viande, reste un souhait très appréciable, pour de nombreux Égyptiens, observant par obligation un régime végétarien.
De la sorte, un grand nombre de plats égyptiens, ne dépendent plus de la viande.
La cuisine quotidienne se compose essentiellement de légumes. Les Egyptiens qui raffolent des plats vendus sur les trottoirs, consomment avec un grand appétit leur préféré, le «Kouchari». Une recette traditionnelle, qui remonte au XIXème siècle, et se compose de riz, macaronis, et de lentilles, surmonté par une sauce de tomate. Le tout mariné dans du vinaigre à l'ail, et garni de pois chiches et d'oignons rouges croustillant.


Les spécialités égyptiennes comprennent également la «molokhia», à savoir une sauce à base des feuilles de cette plante [Corète potagère], avec de  l'ail. Ce plat remonte au temps des pharaons. 
Il y a aussi les légumes farcis, essentiellement de riz; aussi les fèves «medammis», le plat essentiel du petit-déjeuner en Egypte. Sans oublier les «falafels» frits croquants, composés uniquement de fèves et de légumes, et non de pois chiches comme dans certains pays du Moyen-Orient.
Les Coptes Orthodoxes Egyptiens, qui représentent entre 10% et 15% de la population, ont contribué à l’élaboration de la cuisine égyptienne traditionnelle. Car ils jeûnent de 180 à 200 jours par an, s'abstiennent de manger tous les produits d'origine animale et s'engagent à ne prendre que des repas végétariens les jours de jeûne. Aucun autre groupe chrétien n’observe ces périodes de jeûne prolongées, à l'exception de celles de l'Église orthodoxe du monothéisme. Alors que le principe vise à réduire l'opulence des aliments sous le nom de piété religieuse, le jeûne a conduit à une relance de l'offre de nourriture végétarienne à la population en général tout au long de l'année.
Même plus, des recherches indiquent que les origines du système végétarien, en Égypte remontent à l'époque des anciens Égyptiens. Des nombreuses découvertes, dont une basée sur la mesure du Carbone 14, sur des momies de personnes, ayant vécu en Égypte entre 3500 avant JC. Et 600 av JC, a prouvé que les Égyptiens comptaient beaucoup sur la culture du blé et de l'orge, au lieu de la viande et du poisson. Cela peut être surprenant étant donné la proximité de la civilisation égyptienne avec le Nil, mais les chercheurs voient des raisons religieuses derrière cette tendance. Les vaches, les moutons, les cochons et les chèvres étaient tous sacrés dans l'Égypte ancienne. Non seulement les Égyptiens de l'époque mangeaient de la viande, uniquement à l’occasion des cérémonies et de fêtes, mais aussi, détestaient porter des peaux d'animaux. Le pionnier, et le plus éminent à ce niveau, n’est autre que le pharaon égyptien Akhenaton, qui a interdit l'abattage d'animaux parce qu'il croyait inconvenant d’abattre toute vie créé par le dieu Aton.
Cependant, le mouvement végétarien moderne, connaît une expansion notoire, même si le nombre est encore relativement réduit, et ne concerne qu’une certaine élite. Mais le nombre ne cesse d’augmenter. «Au moment de lancer mon projet en 2013, j'étais l'une des 20 végétariens en Égypte!», a déclaré à «Majalla», Yasmine Nadhmy, une jeune entrepreneuse égyptienne qui a fondé le premier restaurant végétarien et biologique. Qui ajoute : «Maintenant, je peux confirmer que le nombre a atteint des milliers et continue d'augmenter. C'est formidable de voir ce changement dans notre société, même à petite échelle, et ce fut un changement relativement massif au cours des cinq dernières années».
L'un des mythes les plus répandus concernant le régime végétarien, est que l'on dépense plus en produits végétaux qu'en produits animaux, et donc ce système n'est qu'un choix pour la classe moyenne et supérieure, mais Nadhmy croit qu’il est plus qu’aisé de concevoir des plats, abordables pour toutes les bourses.
Nadhmy ajoute : «L’alimentation végétale ne dépend-elle pas des cultures?», qui sont relativement abordables, et le resteront, à moins que l'on importe des produits de continents lointains. Les produits seraient alors plus chers, car les prix comprennent l'emballage, la commercialisation, les salaires, les factures, le transport et d'autres dépenses. Et tant que vous vous engagez à acheter des aliments frais, locaux, cela ne vous coûtera pas cher du tout. Vous pourriez même être végétarien avec un budget limité».
Il serait mieux de poser une autre question dans ce sens : comment consommer de la viande avec un budget limité? C'est plutôt une question que nous posons par hasard aux végétariens en Egypte.
Bien que la cuisine égyptienne comprenne de nombreuses options végétariennes, un grand nombre regarde encore cette pratique avec suspicion. Yasmine Nadhmy, qui est aussi, propriétaire de la marque de distribution des légumes, disponible dans les supermarchés en Égypte, explique: «Quand j'ai arrêté de manger de la viande et des produits laitiers en 2013, les gens ont commencé à considérer que je suis sévère envers moi-même, et je me suis senti isolée. Alors, je ne prenais mes repas qu’avec des amis végétariens, et même j’imposais de la nourriture végétarienne à mes invités. Et je suis devenue célèbre pour être la «fille végétarienne» ou «Yasmine la végétarienne»».
«Mais lorsque mon régime est devenu moins strict, j'ai remarqué que ma famille est devenue plus ouverte», et précise «J'étais strictement végane durant environ deux ans, jusqu'à ce que je commence lentement à goûter des produits laitiers et du poisson, mais je ne suis jamais revenue aux viandes. Quand je me suis permis cette flexibilité, j'ai ressenti un changement énorme dans le traitement de ma famille et de mes amis, et m’ont semblé plus ouverts, et moins répulsifs».
Néanmoins, il ne faut guère occulter l’importance que la culture arabo-musulmane accorde à la consommation de la viande, essentiellement à l’occasion de la fête d'Aïd al-Idha, qui est connue aussi comme «la fête du sacrifice», où des millions de musulmans abattent principalement des moutons, des brebis ou parfois des vaches. C'est, un jour, férié essentiel de l'année égyptienne pour la plupart des gens, qui économisent pour consommer de la viande à cette occasion, ou la recevoir de voisins plus riches. Reste que les végétariens ne considèrent pas cette occasion comme une fête, car ils se sentent angoissés par l’image de l’abattage des animaux dans la rue, ainsi que la consommation de la viande. «Je quitte toujours le pays pendant l'Aïd al-Idha. Je ne peux supporter de voir tout ce sang», constate Nadhmy, avant de conclure : «Durant les fêtes des cinq dernières, je n’étais pas présente en Égypte».