Convergence de vues et d’intérêts des deux pays

Visite du président Tunisien Kaïs Saïed à Alger

 

* La crise en Libye a figuré au menu de la rencontre des deux présidents, une semaine après une réunion des chefs d'État africains sur le sujet à Alger
 

*  la sécurité et la stabilité de la Tunisie font partie de la sécurité et de la stabilité de l'Algérie

 

Pour sa première visite officielle depuis son élection, le Président tunisien, Kaïs Saied, a choisi l’Algérie.Rappelons qu’àl’issue de son élection en octobre dernier, le président tunisien avait annoncé que sa première visite officielle à l’étranger sera effectuée en Algérie. A l’initiative du Président de la République Abdelmadjid Tebboune, Kais Saied a effectué ainsi, le dimanche 02 février, une visite officielle à Alger. Un choix qui n’est pas fortuit bien évidement. Par ailleurs, lors de cette visite, les deux chefs d'Etat ont eu des entretiens sur les voies et moyens de coopération entre les deux pays frères, tout en saisissant l'occasion pour évoquer les situations internationale et régionale, particulièrement en Libye et en Palestine occupée. La crise en Libye a figuré au menu de la rencontre des deux présidents, une semaine après une réunion des chefs d'État africains sur le sujet à Alger. Les ministres des Affaires étrangères de la région y avaient rejeté toute ingérence étrangère dans le conflit, qui a de profondes répercussions en Tunisie comme en Algérie. Les autorités des deux pays sont d'ailleurs liées par une coopération dans la lutte antiterroriste, essentielle pour venir à bout des groupes armés opérant dans les régions montagneuses frontalières, où les attaques et opérations sont récurrentes. Également au programme des discussions, les échanges commerciaux entre les deux pays. Sachant que, cette rencontre avait pour objectif de développer la coopération entre la Tunisie et l'Algérie dans plusieurs domaines vitaux. Il s'agit notamment de l'énergie, du commerce, de l'investissement, du transport et du tourisme. Des exportations indispensables à l'économie tunisienne, qui a beaucoup souffert de la perte du marché libyen. Au cours du premier semestre 2019, l'Algérie a exporté près de 290 millions USD vers son voisin tunisien. De son côté, la Tunisie a exporté 184 millions USD vers Alger, hissant l'Algérie à la cinquième place des pays importateurs de produits tunisiens. Il est important de souligner, au passage, que cette visite s'inscrit également dans le cadre des relations historiques entre les deux pays, une occasion de renforcer l'entraide entre les deux Etats, notamment en matière d'énergie, de commerce, d'investissement, de transport et de tourisme. Par ailleurs, cette première visite du président tunisien en Algérie intervient au moment où on remarque des nouveaux développements entre les deux pays et au niveau régional. En Algérie et en Tunisie, le point commun est qu'il y a un nouveau président de la République avec bien sûr une nouvelle ère qui s'ouvre. D'autre part et sur le plan régional et international, il y a lieu de noter que cette visite intervient au moment où le dossier du règlement de la crise libyenne est bien ouvert pour un possible règlement politique dont les deux pays espèrent réussir et surtout mettre en pratique pour que nos voisins libyens reconstruisent leur pays avec la sérénité voulue pour l'instauration de la paix entre frères libyens. De plus, cette visite intervient également au lendemain du nouveau plan de paix proposé par les Etats-Unis sous l'impulsion d'Israël que les Palestiniens refusent catégoriquement.


Rejet du deal du siècle
Et justement à propos, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a annoncé dans une déclaration à l'issue de l'entretien qu'il a eu avec le président tunisien, Kaïs Saïed qu'il existe une convergence de vues à tous les niveaux, avec la Tunisie, sur les questions internationales. « Nous avons convenu que la solution en Libye devrait être interne, et qu'il faut un retrait complet de présence étrangère en Libye et qu'il y ait empêchement de flux d'armes ». En d'autres termes, la solution préconisée par la Tunisie et l'Algérie est qu'il y ait une solution entre Libyens exclusivement. « La Tunisie et l'Algérie seront le début de la solution, pour une rencontre inclusive avec tous les Libyens, en Tunisie ou en Algérie, jusqu'à ce que la Libye entame une nouvelle phase de construction de nouvelles institutions, par le biais d'élections, à condition que notre proposition soit acceptée par les Nations unies », prône le président Tebboune. Abondant dans le même ordre d’idée le président algérien, a également souligné que la réunion était également l'occasion d'aborder les derniers développements dans la question palestinienne, soulignant la convergence totale de la position des deux pays, fondée sur « le rejet de l'accord du siècle et l'adhésion à l'État palestinien indépendant à l'intérieur des frontières de 1967 et à sa capitale Al-Qods Al-Sharif. » Les deux présidents ont donc exprimé leur rejet du " deal du siècle ", soulignant que les deux pays exigent et confirment ce qui avait été précédemment décidé pour un État palestinien indépendant, avec Al Qods comme capitale. Dans un autre contexte, M. Tebboune a déclaré que « la lutte contre le terrorisme se poursuivra avec l'activation de tous les mécanismes de lutte contre le terrorisme à la frontière », notant que « la sécurité et la stabilité de la Tunisie font partie de la sécurité et de la stabilité de l'Algérie ».
Dépôt de 150 millions de dollars à la Banque centrale de Tunisie
D'autre part, le Président Tebboune a ajouté que les deux parties ont convenu lors de leurs entretiens de développer les zones frontalières et l'intégration économique entre les deux pays. Dans le même contexte, le président Tebboune a annoncé, qu’il effectuera une visite en Tunisie après la désignation d’un nouveau gouvernement tunisien, précisant qu’il sera accompagné «d’une importante délégation gouvernementale afin d’examiner tous les dossiers qui attendent des décisions des deux présidents ». Le président de la République a affirmé que l'Algérie était prête « à fournir une assistance complète à la sœur tunisienne, qui traverse une phase financière et économique difficile, » révélant «  la décision de placer 150 millions de dollars à la Banque centrale tunisienne en garantie, tout en continuant à faciliter le paiement des fournitures de gaz et de carburant en raison de difficultés de paiement, en attendant le dépassement de la Tunisie de ses difficultés ».Il est utile de rappeler qu’en 2014, trois accords financiers ont été signés entre les deux pays. Il s’agit d’un dépôt de 100 millions de dollars à la BCT, un prêt de 100 millions de dollars à la Tunisie et un don algérien de 50 millions de dollars. Un total de 250 millions de dollars d’assistance financière.De son côté, le président Kaïs Saïed a appelé à explorer de nouveaux mécanismes pour un travail conjoint, entre l'Algérie et la Tunisie, exprimant sa conviction que les deux pays peuvent réaliser une nouvelle dynamique pour répondre aux espoirs de notre peuple. Après avoir renouvelé ses félicitations au Président Tebboune pour son élection en décembre dernier, le Président Kaïs Saïed a passé en revue les perspectives de coopération bilatérale entre l'Algérie et la Tunisie, en précisant à cet égard : « Nous sommes un seul peuple, notre histoire est commune et notre avenir est commun, je ne doute pas un seul instant que nous réaliserons les espoirs et les rêves de notre jeunesse ». Saïed a ajouté: « Il y a des expériences qui ont été faites, mais elles n'ont pas réussi ou ont été relativement réussies, et nous devons nous arrêter sur les raisons qui ont conduit à cela ». Le président tunisien a rappelé également les liens historiques liant les deux peuples, citant les évènements de Sakiet Sidi Youssef, commémorés par les deux pays le 8 février de chaque année. «Dans quelques jours, nous commémorons l’anniversaire de Sakiet Sidi Youssef, une occasion pour nous remémorer cet évènement où s’est mêlé le sang des Algériens et des Tunisiens pour la liberté et la dignité», a-t-il affirmé, soulignant l’engagement des deux parties à œuvrer à l’ouverture de «plus larges perspectives» à l’avenir. D'autre part, le président tunisien a souligné le consensus des deux pays sur les différents dossiers internationaux en cours, où il a déclaré : « Je suis sûr, après avoir clarifié toutes les questions qui ont été discutées, et dans lesquelles il y a eu une compréhension totale, qu'il ne peut être qu'une convergence de vues et d'approches sur toutes les questions traitées ». a conclu le président de la Tunisie, Kaïs Saïed.


La Tunisie pionnière dans la démocratisation des pays arabes
Rappelons que le Président Saied a été accueilli, à son arrivée à l'aéroport international Houari-Boumediene, par le Président Tebboune. Le président tunisien, Kaïs Saïed a entamé sa visite d'Etat en se recueillant au sanctuaire des Martyrs à Alger, à la mémoire des Chouhada de la Guerre de libération nationale. Accompagné du ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, le Président tunisien a déposé une gerbe de fleurs devant la stèle commémorative, observé une minute de silence et récité la Fatiha du Saint-Coran à la mémoire des martyrs de la Révolution. Dans la foulée, le président tunisien a effectué une visite au Musée national du Moudjahid où il a reçu d'amples explications sur les différentes étapes de l'histoire de l'Algérie entre 1830 et 1962. Après avoir signé le Livre d'or, le président Kaïs Saïed a reçu le Bouclier du musée. Par la suite, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune s'est entretenu, en tête-à-tête, avec son homologue tunisien, Kaïs Saïed. Le Président tunisien est arrivé dimanche matin. Ces entretiens ont été élargis aux membres des deux délégations. Ont pris part à ces entretiens, côté algérien, le directeur de cabinet à la Présidence de la République, Noureddine Ayadi et le ministre conseiller à la communication, porte-parole officiel de la Présidence, Belaïd Mohand Oussaïd. Côté tunisien, les membres de la délégation accompagnant M. Saïed ont assisté à ces entretiens. Enfin, il faut le dire et avouer que la Tunisie est devenue aujourd’hui, un pays pionnier dans la démocratisation des pays arabes. La Tunisie a, en effet, réussi un «spectaculaire» virage politique en changeant la nature de son régime, dans le débat citoyen. Ce fut long, parfois périlleux, mais couronné de succès. La Tunisie d’aujourd’hui est un pays qui peut se targuer d’être un modèle de réussite politique. Malgré toutes les contradictions et les faiblesses qui traversent encore leur classe politique, les Tunisiens ont tout de même appris à se conformer à la décision de l’urne. Ils ont élu leur président et attendent de le voir sur le terrain pour juger de l’efficacité ou pas de son action. Ils donnent par là une leçon à d’autres sociétés arabes qui n’ont pas su transformer leur «révolution» en un projet de société. Ce tableau que l’on peut faire de la Tunisie de Kaïs Saïed peut paraître idyllique, mais demeure assez proche d’une réalité socio-politique tunisienne, qui fait à la sagesse et la concertation une place particulière. Même si présentement, le pays ne parvient pas à se doter d’un gouvernement, en raison d’une Assemblée-mosaïque, ils mettent cette difficulté sur le compte de l’apprentissage de la démocratie. Ils ont raison de procéder de la sorte, parce que convaincu que la démocratie est une culture qui s’acquiert par la pratique. Mais ce «temps d’avance» sur l’ensemble du Monde arabe ne fait pas «pousser des cornes» aux Tunisiens qui n’ont jamais regardé l’Algérie de haut.