Crise de l’eau en Tunisie 

Dans le creux de la vague…
* l’été dernier certaines régions ont subis des coupures d’eau, de quoi inquiéter en ces temps
 
* L'eau est un bien précieux, une richesse inestimable dont les générations futures auront besoin tout autant que nous
 
* Le volume annuel total de l'eau exploitable en Tunisie est d'environ 4,670 milliards de mètres cubes, dont environ 57 % (2,7 milliards) sont des eaux de surface et le reste des eaux souterraines

 

La Société nationale d'exploitation et de distribution des eaux (Sonede) vient de lancer un très fort cri d’alarme, concernant les réserves des eaux, à travers une lettre adressée aux 24 gouverneurs du pays, dans laquelle, cette entreprise exprime des craintes fondées sur le constat des réserves, de ne pouvoir honorer ses services d’une manière continue, à savoir, «l’eau pour tous».
Déjà, l’été dernier certaines régions ont subis des coupures d’eau, de quoi inquiéter en ces temps. Sauf, que cette année, la crainte est réelle, la pluviométrie enregistrée jusqu’à ces jours, n’a permis de remplir les barrages, première source d’eau, aussi bien pour l’irrigation que pour l’usage domestique. 
La lettre de la Sonede, selon certains médias, n’a pas été dans les détails et les chiffres, mais plutôt dans la mise en garde, et surtout la demande d’accorder les efforts pour traverser «cette crise avec les moins de dégâts possibles», en mettant l’accent sur la nécessité d’assurer la fourniture en eaux des hôpitaux….
Personne en Tunisie ne peut imaginer une crise d’eau, surtout avec un été qui se fait de plus en plus chaud, avec un baromètre qui a bat chaque été, le record de l’année dernière. Autre source de frustration, consiste en l’absence de solution permettant de surmonter totalement ce manque, sauf si le ciel entendais les prières, et offrirait un mois de mars et mois d’avril, pluvieux.
L’ogre qui peut tout basculer, et qui a déjà obligé le ministère de l’Agriculture, l’année dernière, à rationnaliser l’eau pour l’irrigation agricole, est réellement le secteur du tourisme. Un secteur vorace en eau, aussi bien pour ‘l’usage quotidien des touristes, que pour assurer un remplissage continu et renouvelé, des centaines de piscines, selon un cahier de charges, précis.
 
«L'eau est un bien précieux, une richesse inestimable dont les générations futures auront besoin tout autant que nous»… Cette phrase et bien d’autres, figurent, bien en vue, sur le site internet de la SONEDE, qui consacre, une grande partie de son site trilingue, à sensibiliser, à la fois les grands et le petits, quant à l’importance de très bien gérer la moindre goûte d’eau. 
 
Sous le titre de «Sécurisation des approvisionnements en eau », une page explique que «les projets de sécurisation de l'approvisionnement [concerne] la région du Grand Tunis, des centres urbains du Nord et du Centre, à savoir le «Grand Tunis », ou «le projet consiste en la réalisation d'une station de traitement des eaux d'une capacité de 3 m³/s à Ghédir El Golla (complexe de production d'eau), l'amélioration de la capacité de stockage d'eau et l'exécution des travaux de forage», mais aussi le «Sahel et Sfax», où «le projet consiste en la réalisation d'une retenue d'eaux brutes de capacité 26 millions de m³ et d'une station de traitement d'une capacité de 3 m³/s dans la région de Kalâa El Kébira», avant d’ajouter que «le but du projet est d'assurer l'approvisionnement du Sahel et de Sfax en cas d'interruption de l'alimentation à partir des adductions du Nord», pour conclure par la «rive Sud de Bizerte», où «le but du projet est de renforcer les adductions de la rive Sud de Bizerte et sécuriser son approvisionnement en eau».
La page de l’unique entreprise étatique, chargé de l’exploitation et la distribution des eaux, limite son plan d’urgence à la Tunisie (dite) «utile», où se concentrent les grands centres urbains, mais aussi toutes les grandes zones touristiques.
A la Tunisie dite «utile» s’oppose une autre (dite) secondaire ou «zone d’ombre», selon la formule consacrée en Tunisie, ou le taux raccordement aux réseaux de la SONEDE, est de loin inférieur au même taux concernant la Tunisie «utile».
Seule information sur le site est que «la SONEDE et les services de la Direction Générale du génie rural relevant du ministère de l'Agriculture contiennent la réalisation du programme d'approvisionnement en eau potable en milieu rural ayant pour objectif d'atteindre un taux de desserte de 95%»…. Le taux de desserte est de 100% en milieu urbain et 93.8 % en milieu rural», toujours selon le site de la SONEDE.


 
De la pluie en dents de scie…
La nature climatique du pays, classée entre aride et semi-aride, fait que la quantité moyenne de pluie par an ne dépasse pas les 100 mm à l'extrême sud, contre 1500 mm à l'extrême nord-ouest. Surtout que la précipitation annuelle moyenne en Tunisie est de 230 mm. Le régime pluviométrique se caractérise par des changements selon les saisons et les régions.
Le volume annuel total de l'eau exploitable en Tunisie est d'environ 4,670 milliards de mètres cubes, dont environ 57 % (2,7 milliards) sont des eaux de surface et le reste des eaux souterraines.
En 1996, 86 % des prélèvements d'eau ont été alloués au secteur agricole. Le secteur de l'eau est également tenu de répondre à l'accroissement de la demande en eau dans toutes les zones urbaines et rurales, dans le secteur de l'agriculture ainsi que pour les besoins industriels et touristiques. À travers la gestion et le développement des ressources en eau, la décennie 1990-2000 a été le témoin d'une augmentation des ressources en eau disponibles, passant de 2,76 milliards de mètres cubes en 1991 à 3,525 milliards en 2000. Il était prévu que l'approvisionnement atteigne 4,6 milliards de mètres cubes en 2010, principalement grâce à des améliorations en matière d'économie d'eau, de rationalisation de son utilisation et de développement des ressources non conventionnelles, y compris l'utilisation d'eaux usées traitées.
Selon les estimations des ministères de l'Agriculture et de l'Environnement pour l'année 2030, la demande en eau devrait être stabilisée à 2,7 milliards de mètres cubes par an, même si la population supposée de la Tunisie atteindrait environ 13 millions d'habitants ce qui, compte tenu de la demande actuelle, se traduirait par une demande de 3,1 milliards de mètres cubes par an.
La politique tunisienne de l'eau, des années 1950 aux années 1970 repose sur le peu de ressources mobilisables, ce qui a conduit à la construction de barrages et de réservoirs. Depuis le début des années 1980, la politique en matière de barrages a été mise en place et le Plan directeur des eaux fut appliqué.
 
Nature capricieuse :
En 1990, la stratégie décennale (1990-2000) pour la mobilisation des ressources en eau et la mobilisation maximale des ressources disponibles a été mise sur pied. Cette stratégie a été élaborée et mise en œuvre afin de fournir un contrôle intégré des sources d'eau potentielles. Le coût de cette stratégie a approché les deux milliards de dollars.
Les perspectives concernant les ressources en eau en Tunisie peuvent se présenter de la façon suivante :
 

Type de ressources Ressources potentielles (millions de m³) Ressources mobilisables (millions de m³) Ressources mobilisées (millions de m³)
1990 1995 2000 2005 2010
Eaux de surface 2 700 2 500 1 179 1 876 2 200 2 400 2 500
Eaux souterraines 2 140 2 140 1 576 1 818 1 860 1 900 1 940
Total 4 840 4 640 2 755 3 694 4 060 4 300 4 440
Taux de mobilisation (%) - - 59 80 88 93 96

 
 
Politiques, projets et points clés :
 
La vulnérabilité relativement élevée des ressources en eau de la Tunisie a conduit à de nombreux programmes et projets visant à améliorer l'efficacité de l'utilisation de l'eau. Le statut actuel, les principaux déficits et les stratégies de base sont bien décrites dans le rapport national sur le secteur de l'eau. À partir de tous les programmes, les politiques nationales suivantes peuvent être déduites :
Le développement et la mobilisation des ressources en eau disponibles afin d'atteindre un taux de mobilisation de 95 %. La gestion intégrée des ressources en eau, en particulier l'amélioration du transfert des volumes excédentaires des périodes pluvieuses pour les périodes de sécheresse. Les économies d'eau et la maîtrise de la demande dans tous les secteurs. La poursuite du développement des ressources en eau non conventionnelles, par le biais de l'expansion de l'usage des eaux usées traitées dans l'agriculture et des eaux saumâtres issues du dessalement dans tous les secteurs. La protection des ressources en eau contre la pollution et la surexploitation.
Afin de répondre à ces politiques, trois grandes stratégies ont été mises en place :
La stratégie décennale de mobilisation des ressources en eau (1990-2000) : La priorité majeure est l'augmentation de l'offre. La construction de plus de 200 petits et grands barrages et le forage de plus de 1 000 puits profonds ont conduit à des améliorations de l'usage des ressources d'eau à disposition de 60 % en 1990 à 87,5 % en 2004. Le budget total pour la stratégie était de deux milliards de dinars. 
La stratégie complémentaire (2001-2011)  
Elle tente de réaliser les objectifs à long terme, en particulier l'équilibre durable de la demande et des ressources en eau disponibles. Elle se compose en partie de mesures similaires à celles de la stratégie de mobilisation, en vue de parvenir à un taux de mobilisation de 95 %. En outre, la stratégie met l'accent sur les mesures de régulation entre les années sèches et humides, les mesures de conservation des sols et des eaux et la recharge des aquifères. La stratégie décennale est divisée en deux plans de cinq ans, le Xe plan de développement (2002-2006) et le XIe plan de développement (2007-2011).
La stratégie à long terme (jusqu'en 2030), repose principalement sur les plans directeurs des eaux pour le nord, le centre et le sud du pays. La stratégie se compose d'un nombre élevé d'études et de programmes de recherche avec pour objectif de planifier et de gérer les ressources en eau de manière plus efficace sur le long terme.