Pauvreté en Algérie

Pauvreté en Algérie
* il suffit de quitter les grandes villes en général et Alger en particulier pour se trouver plongé dans le siècle passé avec le marasme et le mal de vivre des autochtones que nous étions
 
* 10% de la population est exposée au risque de retomber dans la pauvreté
 
*  le pouvoir d'achat des Algériens s'est effondré de 60% depuis la fin de l'année 2014, à cause de la dévaluation du dinar, la volatilité des cours pétroliers ( chute du prix du baril du pétrole) et l’envolée démesurée des prix des denrées alimentaires de première nécessité
 
* Des Algériens font face, soit à des difficultés pour maintenir un mode de vie modeste ou tout simplement pour survivre au jour le jour
 
* Le pouvoir algérien devra désormais penser à ces millions d’Algériens qui peinent à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires
 

L’Algérie n’est guère épargnée par la misère sociale et la précarité. La pauvreté en Algérie est une réalité que la richesse pétrolière n’a jamais éradiquée malheureusement. Il suffit de s’éloigner des grands centres urbains pour la voir s’étaler sous la forme d’habitat insalubre, de mendiants, d’enfants mal habillés. Ils sont gueux, ils sont sans-culottes, ils sont handicapés moteurs et mentaux, ils sont vieux et jeunes chômeurs poussés par les vicissitudes qui leur font la vie dure à s’immoler par le feu pour certains, à braver les vagues des hautes mers en harragas pour d’autres. Ils sont même des travailleurs payés avec de misérables salaires, à consistance d’aumônes. Le constat est le même depuis des lustres. Il est pareil, il suffit de quitter les grandes villes en général et Alger en particulier pour se trouver plongé dans le siècle passé avec le marasme et le mal de vivre des autochtones que nous étions. La pauvreté est encore plus manifeste à l’intérieur du pays. Qu’elle soit documentée par un certificat ouvrant droit à des aides sociales, n’a rien de choquant. Le dernier rapport de la Banque mondiale sur la situation économique en Algérie évalue à 5,5% le taux de pauvreté dans le pays, dont 0,5% d’extrême pauvreté. Sur une population de plus de quarante millions d’habitants cela donne au moins deux millions de personnes touchées par le phénomène. Et selon le même rapport « 10% de la population est exposée au risque de retomber dans la pauvreté ».Mais les taux variaient considérablement d’une partie à l’autre du pays : la région du Sahara et celle des steppes affichaient un taux de pauvreté respectivement deux fois et trois fois supérieur à la moyenne nationale. En outre, selon la Banque mondiale, à moyen terme, « la croissance négative du PIB par habitant pourrait avoir une incidence négative sur le bien-être des ménages et la réduction de la pauvreté ». La croissance du PIB réel devrait être, selon le rapport de la BM, en moyenne, de 1,4% par an au cours de la période 2017-2019. « Dans la mesure où la croissance démographique algérienne est d’environ 2% par an, la croissance du PIB par habitant sera négative, à environ 0,6% », affirme l’institution de Bretton Woods, estimant que « la pauvreté et la vulnérabilité pourraient légèrement progresser au cours de la période 2017-2019 ». Cependant, la Banque mondiale précise que « les projections concernant la pauvreté en Algérie ne sont pas disponibles en raison de l’absence de données ».


 Toutefois, les chiffres délivrés en 2016 par un rapport rendu public par la Ligue Algérienne de Défense des Droits de l'homme donnent  vraiment froid au dos. Dans ce contexte, la LADDH a tiré la sonnette d'alarme sur la pauvreté en Algérie qui s'est confortablement installée dans les foyers algériens. Le pays compte au moins entre 1.7 million à 2 millions de familles démunies pour l'année 2016, une réalité longtemps dissimulée par les pouvoirs publics. Selon les déclarations de l'ex-ministre de la Solidarité, Mounia Meslem : «  Nous ne savons pas  encore, ceux parmi les Algériens qui sont démunis et ceux qui ne le sont pas, le nombre des personnes en situation de précarité serait autrement plus important, si l'on en croit des associations de la Société civile, laquelle les chiffre à 10 millions ». Dans ce contexte, la LADDH est persuadée que le nombre de pauvres en Algérie serait «  d’un Algérien sur trois qui vit en dessous du seuil de pauvreté », d'après une étude réalisée par les bureaux des 48 wilayas du pays en 2015. Cette étude a concerné 4500 ménages choisis dans différentes régions ; cette enquête a utilisé l'indicateur du taux de pauvreté (proportion de la population disposant de moins de 1.25 dollar /jour + la parité de pouvoir d'achat (PPA) en Algérie par rapport à l'Europe et les USA. Le taux de change en PPA attribue le même pouvoir d'achat à une somme donnée dans différents pays. Cette étude a fait état que les pauvres représentaient plus de 35% de l'effectif global de 4500 ménages, qui sont sous le seuil de pauvreté et dans des conditions déplorables.

 Un pouvoir d'achat qui s'est effondré de 60% 
 La même étude de la LADDH a fait savoir que le pouvoir d'achat des Algériens s'est effondré de 60% depuis la fin de l'année 2014, à cause de la dévaluation du dinar, la volatilité des cours pétroliers ( chute du prix du baril du pétrole) et l’envolée démesurée des prix des denrées alimentaires de première nécessité. Des Algériens  font face, soit à des difficultés pour maintenir un mode de vie modeste ou tout simplement pour survivre au jour le jour. Pour sa part, le représentant de l’Algérie à la session de haut niveau du Conseil économique et social (ECOSOC) des Nations-Unis M. Rachid Beladhane, a indiqué qu’en 2018, plus de 320 000 Algériens vivaient dans l’extrême pauvreté, ce qui représente 0,8% de la population totale que compte la démographie algérienne estimée à 40 millions d’habitants en 2016. Face à cette situation peu reluisante, l’Algérie projette de rejoindre le club des pays émergents à l’horizon 2035. « L’Algérie entend se tourner résolument vers l’émergence en 2035.  Pour y parvenir, la gestion durable des ressources en eau est cruciale », a-t-il dit avant d’ajouter : « C’est pourquoi la Constitution du pays consacre le droit à l’eau comme un des droits humains fondamentaux pour les Algériens. L’État a également investi pour l’électrification quasi totale du territoire national, notamment grâce à des investissements dans le solaire et d’autres ressources renouvelables, sans oublier le gaz naturel dont le pays est pourvu ». Il convient de préciser que, sans ces données détaillées des ménages, aucune structure de l’état ne peut prétendre détenir des chiffres exacts sur le nombre de démunis en Algérie. Les chiffres donnés par le département de la Solidarité, ministère religieuse, le Croissant-Rouge ou les APC ne reflètent pas tout à fait la réalité du terrain. Par ailleurs, joint par nos soins au téléphone, le présent de la Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADDH), Nouredine Benissad, déplore l’absence d'enquête fiable sur l'évolution de la pauvreté en Algérie. « Les rapports du CNES et du PNUD parlent plutôt de la régression de la pauvreté mais pris sur une décennie. L'indice national sur la pauvreté ne peut être établi que sur des données fiables », insiste notre interlocuteur. Et d’ajouter que «l'enquête sur les ménages menée en 2010 par le centre national des statistiques n’a pas été rendue publique. Il y'a de quoi se poser des questions. Je pense que les résultats de cette enquête avaient de quoi contredire le discours officiel. Ce qui est une réalité, c'est une minorité d'algériens qui se sont accaparés la plus grosse part de la rente et la majorité du peuple vit avec le reste. L'écart entre les plus riches et les plus démunis est immense et ne cesse de se creuser. Ainsi, il faut plutôt se poser la bonne question. Combien consomment la majorité des algériens et qu'ils consomment après avoir défalque les factures d'eau, d'électricité, de loyer etc. Vous ferez le compte, il ne reste pas grand-chose à consommer » a tenu à préciser à la Majalla Me Nouredine Benissad. Abondant, dans le même ordre d’idée, Me  Amine Sidhoum, avocat au barreau d’Alger et membre du réseau des avocats de défense des droits de l'Homme (RADDH), a tenu à nous préciser que la pauvreté est due, beaucoup plus, aux problèmes économiques. « L’Algérie ne produit rien, et si nous ne produisons rien le taux du chômage sera élevé, ce qui explique ce taux élevé de pauvreté en Algérie. Si les gens ne travaillent pas automatiquement, ils deviennent pauvres,  tout est relatif. Il faut alors booster la production nationale, et réduire les importations » plaide notre interlocuteur. En outre, Me Sidhoum estime que le taux de pauvreté a beaucoup augmenté en Algérie, « mais au moment où nous n’avons pas des chiffres, on ne peut pas plonger dans des trucs, dont nous ne sommes pas sûrs » précise-t-il. Toutefois, notre interlocuteur affirme que, le taux de pauvreté au Sud Algérien est terrible par rapport au nord. « Déjà au nord nous avons un aux de pauvreté qui est important, alors vous imaginez au sud ? C’est le cas de la ville de Ouargla ou de Hassi Messaoud, c’est le grand phare » déplore Me Sidhoum. Par ailleurs,pour parvenir à éliminer la pauvreté, notre interlocuteur plaide pour un partage équitable des richesses et des revenus, et d’avoir une stabilité politique et économique. « Tout est relatif, l’économie est liée à la stabilité politique, le dispatching des richesses de manière équitable, et la stabilité politique et économique. Il faut pousser l’économie nationale à la production pour absorber le taux du chômage, mais également encourager les investissements notamment étrangers qui peuvent créer de la richesse, de l’emploi, ce qui permettra de diminuer  les taux de pauvreté » prône-t-il.  

Inculquer la notion du travail et de solidarité
Enfin, Me Sidhoum rappelle que la pauvreté est « une atteinte aux droits de l’Homme. Tout enfant, tout jeune, homme, femme détient un droit, en tant qu’humain, à un niveau de vie adéquat, pour sa santé et son bien-être. Son droit à l’alimentation, à l’habillement, au logement, aux soins médicaux et aux services sociaux. Ces droits fondamentaux sont définis dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et dans d’autres traités et déclarations internationaux relatifs aux droits de l’homme », le réseau des avocats de défense des droits de l'Homme dénonce « une réalité longtemps dissimulée par les pouvoirs publics ». « Le pouvoir algérien devra désormais penser à ces millions d’Algériens qui peinent à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires », prévient-il. Pour sa part, Saida Benhabiles présidente du Croissant-Rouge-Algérien, rejette l’idée que l’Etat soit l’unique responsable de la pauvreté en Algérie, c’est une affaire qui concerne, dira-t-elle, tout le monde. « Pour situer les choses dans leur contexte réel, nous ne pouvons pas dire que la situation est catastrophique en Algérie, et que rien n’a été fait. Le taux de scolarisation des filles au Sud du pays en 1967, était de 0,2%, maintenant il y a les lycées, les Universités…, donc, il y a une évolution » se félicite-t-elle. Par ailleurs, la stratégie du Croissant-Rouge-Algérien, selon sa présidente, est axée sur le développement et le désenclavement des régions isolées du pays. « Le développement ce n’est pas les grandes villes. Il fallait focaliser sur l’Algérie profonde, et il reste beaucoup à faire dans ce domaine. Nous avons accès depuis 2014 sur le développent de ces régions enclavées, et nous travaillons énormément avec les gens lointains, notamment les nomades » a tenu à nous rappeler Mme. Benhabiles. Et d’ajouter que, le chômage et la pauvreté ne sont pas dus uniquement à la crise économique, « nous avons perdu la notion du travail. La première des choses à faire pour lutter contre la pauvreté, il faudrait changer les mentalités et inculquer la notion du travail à tout le monde, chacun dans son domaine. Un autre problème, les gens font également dans l’assistanat » dénonce-t- elle. En outre, la pauvreté est due également, dira-t-elle, à la disparition de la culture de la solidarité. « Le problème est très profond. Il se pose actuellement en terme culturel, moral et religieux. Nous avons malheureusement perdus toutes ces valeurs ancestrales. Il faut ainsi, développer la culture de la solidarité, qui se complète avec la politique de la solidarité qui est à la charge de l’Etat, et l’une sans l’autre ne peut pas permettre d’atteindre notre objectif » rappelle Mme Benhabiles. Celle-ci, rejette par ailleurs le sentiment de la mauvaise répartition des richesses. « Il y a eu bonne répartition des richesses, mais avec une mauvaise gestion. Les responsables n’ont pas compris qu’il faut arrêter d’envoyer les gens au sud par mesure disciplinaire. Les meilleurs cadres doivent être au Sud, et sur les frontières, parce que c’est là où tout se joue. Alors je dirais, qu’il s’agit d’une mauvaise gestion des répartitions. Alors je pense que c’est une question de gouvernance, et de transformation des mentalités. Le problème ne se pose pas uniquement en terme politique, mais il se pose en terme moral et culturel. Le mal est extrêmement profond. Il faudrait une réflexion et crever l’abcès. En somme, il faut inculquer la notion du travail, celle de la solidarité, et du nationalisme, et là c’est le travail de tout le monde » conclut notre interlocutrice. Notons enfin que, les responsables algériens ont maintes fois, remis en cause les mécanismes de calcul de la pauvreté établis par  les institutions des Nations-unis. Ces dernières classent toutes les personnes qui gagnent moins de 1,9 dollars par jour, dans la catégorie d’extrême pauvreté. Un barème contesté par l’Algérie qui estime que ses concepteurs n’ont pas pris en compte la politique algérienne des transferts sociaux notamment le soutien aux prix des produits de première nécessité et l’énergie. En clair, le gouvernement réclame un brème spécifique à l’Algérie qui prend en compte les transferts sociaux.