Attentisme coupable

La crise du coronavirus a produit un véritable désordre, un séisme mondial. Son impact économique est déjà grave et risque de plonger tous les pays dans une récession dont nul aujourd’hui ne peut évaluer la durée, ni la profondeur.

 

Les prix du pétrole n’ont jamais été aussi bas depuis la guerre du golfe. C’est un vrai choc de la demande qui se profile, les pays exportateurs étant importateurs de biens. Mais le choc de l’offre est, lui, déjà en place. Trente pour cent des biens manufacturés sont produits en Chine. Cela signifie que des secteurs comme l’automobile, la téléphonie, les textiles, l’industrie du luxe seront obligés d’arrêter leur production faute de composants chinois.

 

Le transport aérien a déjà perdu des milliards de dollars et les compagnies les plus fragiles déposent le bilan. Le tourisme est en détresse absolue. Les économistes les plus sérieux redoutent un effet domino, qui plongerait l’économie dans une récession dont il faudra des années pour se relever.

 

A moins de croire à la baraka, le Maroc, malgré sa faible intégration à l’économie mondiale, ne peut en sortir indemne. Le tourisme est déjà en crise. Les annulations se succèdent en cascade et les projections sur la période estivale sont très pessimistes. Même la demande interne est en baisse. Les transports, l’hôtellerie, la restauration sont en souffrance. L’impact sur l’artisanat sera lui aussi certain. Mais que dire des agences de voyages, des entreprises de l’évènementiel, qui voient tous les événements annulés, des traiteurs, etc… Nous parlons d’une vraie menace sur la viabilité de milliers de PME et de dizaines de milliers d’emplois. L’agriculture, déjà impactée par la sécheresse, ne tiendra pas son salon annuel, ni les différentes foires régionales qui permettaient la commercialisation. Nos principaux partenaires, la France, l’Espagne et l’Italie sont lourdement touchés, ce qui handicapera nos exportations déjà très faibles.

 

Que fait le gouvernement pour sauvegarder ce qui peut l’être ? Rien, absolument rien, et ce n’est pas une tournure polémique. Le chef du gouvernement est allé faire campagne à Laâyoune pour le PJD alors qu’il n’y a aucune urgence électorale. Il n’y a pas eu une seule réunion dédiée à la situation économique, pas le début de ce qui pourrait s’apparenter à une réflexion. Et pourtant des mesures de soutien s’imposent. Un moratoire sur la fiscalité et les charges sociales, par exemple, n’a besoin que d’un décret, le ministre des finances doit vite bouger!

 

Le rôle de la CGEM ce n’est pas de vulgariser les gestes-bannières uniquement, pour contribuer à freiner la propagation, on attend toujours ses propositions, ses revendications pour protéger l’économie nationale.

 

L’aspect sanitaire de la pandémie est important parce qu’il met en jeu des vies humaines, mais son impact économique est encore plus marquant. Face à cette évidence, l’attentisme du gouvernement est coupable et sape la confiance déjà entaché . Le réveil tardif risque d’être amer.