Algérie : le secteur privé risque la faillite

 Selon le Cercle d'action et de réflexion autour de l'entreprise (Care), 700 000 employés du secteur privé seraient menacés de licenciement par la faillite des entreprises
5Millions d’employés qui demanderaient à être assistées au cours d’une période que l’on pourrait, à ce stade, estimer à trois mois
* La Banque d'Algérie (BA) a annoncé, la mise en place de nouvelles mesures de soutien en faveur des entreprises impactées par les effets de la crise sanitaire



 

Les effets de la crise sanitaire du Covid-19 font craindre le pire aux entreprises privées algériennes, face au manque, pour le moment, de dispositif étatique. Ainsi, les métiers libéraux et artisanaux doivent bénéficier d’une assistance particulière de la part de l’Etat afin de les aider à faire face à l’impact de la pandémie Covid-19 sur leurs revenus. Le gouvernement est appelé également à soutenir les entreprises du secteur privé, en particulier celle de la communication et des services. Sur ce point, Mohamed Sami Agli, président du Forum des chefs d’entreprise (FCE) a indiqué que la crise du Covid-19 a mis en péril les entreprises de plusieurs secteurs d’activité, et beaucoup d’entre elles risquent la faillite. « Nous sommes frappés en plein fouet par cette crise.  La situation se complique davantage pour les entreprises. Si cette pandémie perdure, même celles, qui sont en activité, vont baisser rideaux, faute de la matière première», a-t-il constaté lors de la 6e édition des débats du Forum, retransmise via la vidéoconférence.Devant cette conjoncture difficile, indique-t-il, «Nous devons tous s’impliquer afin de sauver l’outil du travail et notamment les emplois pour plus du temps possible ». En effet, l’implication de l’Etat, à travers l’octroi de facilitations et même assurer les salaires d’une partie des travailleurs des secteurs touchés est plus que primordiale.  Pour l’expert en économique, Mohamed Cherif Belmihoub, l’Etat est appelé à intervenir en deux actions, à savoir maintenir l’activité (un plan de sauvetage pour les entreprises) et garantir les salaires des travailleurs mis en congé forcé. « Sans l’intervention de l’Etat avec un financement budgétaire, nous risquons l’inflation et le chômage. On doit trouver des solutions pour maintenir le pouvoir d’achat des citoyens », a-t-il affirmé lors de son intervention à cette rencontre consacrée aux retombées de la pandémie du coronavirus et la baisse des prix du pétrole sur l’économie nationale et également sur les entreprises privées.L’intervenant a préconisé deux solutions à prôner par l’Etat, soit allouer un budget à cet effet, à travers la prise en charge des salaires des travailleurs des secteurs public et privé, ou par des mesures fiscales (donner une compensation fiscale pour l’entreprise). L’expert a plaidé par ailleurs pourl’endettement interne. « Devant le déficit budgétaire que connaît déjà le Trésor public, l’Etat doit recourir à un endettement interne qui ne dépasse pas actuellement 50% du PIB.  Il y a une marge de manœuvre pour la planche à billets. J’étais parmi les premiers qui avaient critiqué le recours à ce mode du financement en 2017, mais maintenant il se justifie. Toutefois, on doit le limiter», a-t-il plaidé.Le redéploiement des ressources financières existantes est une autre solution préconisée par le professeur en économie.Dans le BTP, la situation est beaucoup plus critique. Avant même que la pandémie ne précipite l'économie mondiale dans l'inconnu, Mouloud Kheloufi, président de l'Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA), s'alarmait de la fermeture de 20 000 à 25 000 entreprises, et du licenciement de 150 000 à 200 000 salariés du secteur, et réclamait une amnistie fiscale pour 2019 et 2020. En outre, selon le Cercle d'action et de réflexion autour de l'entreprise (Care), 700 000 employés du secteur privé seraient menacés de licenciement par la faillite des entreprises. Et malgré les promesses du président Abdelmadjid Tebboune, qui a déclaré que l'État « mettrait en place tous les moyens économiques » pour « permettre le retour des PME sans aucune perte », les patrons qui, pour certains, ont complètement arrêté leur activité, n'ont pas le moral. Nos gouvernants ne se rendent pas compte de l'état dans lequel se trouve le privé. Les dégâts après plus d'un an de hirak (le mouvement populaire qui a entraîné la démission d'Abdelaziz Bouteflika) n'ont pas encore été chiffrés, mais plus d'une entreprise est sortie exsangue de la paralysie institutionnelle et économique qui a accompagné la protestation. 



7 millions d’algériens employés par le secteur privé
 
Rappelons par ailleurs que, le Cercle d'action et de réflexion autour de l'entreprise (CARE) a fait part, récemment, d'une proposition pour la mise en place d'un revenu, intitulé COVID-2020, en solidarité avec les travailleurs privés affectés par la crise sanitaire engendrée par le Coronavirus (COVID-19). Rappelant que le Gouvernement a pris la décision de libérer la moitié des employés de la fonction publique tout en maintenant le versement de leurs salaires, le CARE a évoqué dans sa réflexion les employés du secteur privé, particulièrement ceux relevant du secteur informel et qui, dans l’incapacité de travailler, perdent ainsi la seule source de revenu à laquelle ils pouvaient accéder, en raison de la crise sanitaire et le confinement imposé en conséquence. Soulignant que ce problème n’était pas spécifiquement algérien, la proposition publiée sur le site web du Cercle, estime que la résilience de la population va être mise à rude épreuve au-delà d’un mois de confinement, d’inactivité et d’assèchement progressif de ses revenus, ajoutant qu'il parait nécessaire que l'engagement verbal des pouvoirs publics de ne laisser personne de côté puisse être suivi d’une traduction concrète sur le terrain. Il est ainsi recommandé, selon la même source, qu'à l’image de ce qui est fait dans de nombreux pays développés ou en développement, une aide budgétaire spécifique soit apportée à cette catégorie des citoyens qui ont pu perdre leurs revenus du fait de cette crise sanitaire qui est venue frapper l’économie nationale. Pour sa mise en œuvre, le CARE s'est référé à la dernière enquête de l'Office national des statistiques (ONS), datée de mai 2019, qui estime que la totalité des personnes occupées se chiffrait à 11,3 millions, parmi lesquelles 7 millions sont employées par le secteur privé. Supposant que 70% des personnes employées par le secteur privé qui sont touchées, on aboutit à une population de quelques 5 millions d’employés qui demanderaient à être assistées au cours d’une période que l’on pourrait, à ce stade, estimer à trois mois, note le CARE, ajoutant qu'une aide forfaitaire mensuelle de 10.000 DA, qui serait consentie durant trois mois à cette catégorie de la population, aurait un impact budgétaire de 150 milliards de dinars. Si le principe d’une telle aide venait à être retenu in fine, il reste un double écueil à surmonter, avance la réflexion, à savoir, d’une part celui de son financement et d’autre part, celui de sa mise en œuvre en l'absence de statistiques précises. Par ailleurs, supposant que la contrainte strictement financière soit résolue, l'autre problème encore plus redoutable qui se posera inévitablement, selon CARE, est celui de la mise en œuvre d'une mesure consistant à payer une population d'employés à faible revenu (pour l'essentiel informelle), déplore le CARE. Il propose ainsi la création d'une page web afin que les travailleurs informels puissent postuler à des aides, permettant de cibler fondamentalement tous les employés du secteur informel, ainsi que les artisans et entrepreneurs individuels ayant perdu leur emploi ou leur revenu. Pour les employés du secteur privé formel connaissant le même problème de perte de revenu, le transfert du revenu COVID-2020 pourrait être opéré via leur entreprise, selon CARE, qui précise que la procédure d'éligibilité devrait être aussi simple que possible, à base de déclaration sur l'honneur avec mention explicite de sanctions auxquelles s'expose tout contrevenant. De son côté, le Secrétaire général de l'Union générale des travailleurs algériens (UGTA), Salim Labatcha, a avoué qu’ils ont tendance à parler uniquement des entreprises et des salaires de leurs employés, « mais il faut parler aussi des petits métiers. Eux aussi ils doivent bénéficier d’une assistance et d’un suivi pour pouvoir trouver des mécanismes d’aide », a déclaré M. Labatcha sur les ondes de la Radio nationale. « C’est des petits métiers qui ont leur importance dans notre vie quotidienne et qui méritent d’être accompagnés et d’être pris en compte au même titre que les entreprises », a-t-il ajouté. Il a rappelé à cet égard l’engagement du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors de la dernière entrevue avec des représentant de médias nationaux, à soutenir et prendre en charge les PME, micro entreprises ainsi que les activités artisanales, touchées par la pandémie. Dans une déclaration commune, l’UGTA et des organisations patronales, ont exprimé les préoccupations des travailleurs et des employeurs algériens quant aux conséquences de cette crise sanitaire sur l’outil de production nationale et sur l’emploi, tout en réitérant leur engagement sans réserve pour une contribution à l'action des pouvoirs publics ainsi que leur engagement de solidarité avec le peuple à travers des actions de solidarité en direction des populations et de soutien aux structures de santé et personnels soignants. Les signataires ont, par ailleurs, salué les mesures de confinement total ou partiel et de solidarité décidées par les plus hautes autorités du pays pour endiguer l'épidémie de coronavirus, ainsi que celles relatives à l'approvisionnement des populations en produits alimentaires.


 
Nouvelles mesures de soutien en faveur des entreprises impactées
 
Enfin, face à cette situation peu reluisante, la  Banque d'Algérie (BA) a  annoncé, la  mise  en place de  nouvelles mesures de soutien en faveur des entreprises impactées par les effets de la crise sanitaire. Selon  un communiqué  de  la BA, ces mesures portent notamment sur le report du paiement des tranches de crédit arrivant à échéance, ou le rééchelonnement des créances de la clientèle impactée  par  la conjoncture  induite  par la  pandémie de Covid-19. Dans  le cadre des dispositions prises  pour faire face  aux  répercussions de la  propagation du  coronavirus, la  Banque d'Algérie, est-il  souligné  dans le même  communiqué, a pris  une série de  mesures  exceptionnelles  et conjoncturelles s'inscrivant dans des démarches visant à alléger les impacts économiques de cette  pandémie  mondiale. En ce sens, la  BA  fait état  d’une  nouvelle instruction, datant  du  6 avril 2020,  prévoyant  des mesures  exceptionnelles  d’allègement de  certaines dispositions  prudentielles applicables  aux  banques et  aux  établissements financiers pour leur permettre d'augmenter leurs capacités de financement au profit des entreprises économiques. Outre la poursuite des financements en faveur des bénéficiaires des mesures de report ou de rééchelonnement des créances, la BA évoque également la réduction  du  seuil minimum  du coefficient  de liquidité afin d'augmenter le niveau des financements disponibles. Dans le  même ordre  d’idées,  les banques et  les établissements  financiers sont dispensés de l’obligation de constitution du coussin de sécurité, précise par ailleurs  la même  institution, tout en assurant qu’elle  suit l'évolution  de la  situation  pour prendre  d'autres  démarches, le cas  échéant,  en vue  de garantir  des conditions  adéquates au  bon  fonctionnement  de l'économie nationale. Pour sa part, le ministre de l’industrie et des mines, Ferhat Aït Ali Braham a annoncé à Alger, l'élaboration en cours d’un plan de relance de la production nationale dans les secteurs public et privé en vue de soutenir les groupes et entreprises productifs à plus d'un niveau. Le ministre a affirmé que l’opération de relance des groupes économiques nationaux, publics ou privés, à travers un plan en cours d'élaboration, s’inscrit dans le cadre de la stratégie du secteur visant à soutenir la production locale, afin de répondre aux besoins nationaux sans recourir à l’importation. L’objectif principal de ce plan, est d'asseoir une industrie nationale à même de réaliser l’autosuffisance et d’assurer tous les besoins du pays notamment en temps de crises et de catastrophes, a indiqué le ministre. La redynamisation de ces groupes nationaux et leur accompagnement dans les démarches de structuration et de soutien financier, est tributaire d’une plus haute intégration des producteurs, a souligné le ministre. Durant les années 90, les groupes publics assuraient 80 % des besoins du marché national dans les différents domaines, médical, textiles, électroménager et autres, mais après l’ouverture du marché national, la production nationale reculé, d'où la nécessité de sa relance. Dans le même contexte M. Aït Ali Braham a ajouté que la crise de la pandémie de COVID-19, a prouvé que les entreprises algériennes étaient capables de s'adapter et d'étendre leurs activités à d’autres segments pour s’adapter aux besoins conjoncturels du marché national à l’instar des masques médicaux et produits de désinfection. Les groupes industriels ont été instruits, sous tutelle du ministère, de reconvertir leurs activités de production conformément aux besoins de la conjoncture, a ajouté le ministre.