Réductions décidées par l’Opep+ ...Quel impact sur l’Algérie ?

* Le ministre a souligné que l’Algérie a les moyens de préserver ses quantités destinées à l’exportation, affirmant que cette réduction ne va pas impacter les recettes pétrolières du pays
 
* l'Algérie avait un rôle à jouer pour rapprocher les vue car elle croit en l'importance de préserver le cadre de coopération de l'OPEP+ signé en Algérie en 2016
 
* le chef de l'Etat, Abdelmadjid Tebboune, a rassuré que  l'Algérie ne s'effondrera pas !
 

L’accord qui a été trouvé sur une baisse mondiale de la production de pétrole de près de 10 millions de barils par jour (bpj) entrera en vigueur au 1er mai prochain. L’accord de réduction de la production pétrolière se fera en trois tranches. Durant la première tranche, qui débutera du 1er mai, jusqu’au 30 juin, une réduction de 9,7 millions de barils/jour a été prévue. La second tranche de 8 millions de barils/jour s’étalera du mois de juillet jusqu’à fin décembre, et une troisième, d’un volume de 6 millions de baril/jour courant du 1er janvier 2021 au 1er avril de 2022. Ainsi, les pays producteurs de pétrole du groupe « Opep+ », emmenés par l’Arabie saoudite et la Russie, tentaient depuis plusieurs jours de convaincre le Mexique de se joindre à l’effort collectif visant à réduire l’offre pétrolière mondiale de 10 millions de barils par jour (bpj). Le Mexico avait fait savoir qu’il diminuerait sa production de seulement un quart du volume demandé par l’Opep+, soit 100 000 bpj. Les initiatives de l’Opep+ visent à enrayer la chute des cours du pétrole qui dépasse 50% depuis le début de l’année, un mouvement lié à l’effondrement exceptionnel de la demande de brut après les multiples mesures de confinement prises pour tenter de freiner l’épidémie de coronavirus. Cette chute a été amplifiée par la rupture du précédent pacte liant la Russie et l’Opep, qui a amené l’Arabie saoudite à déclencher une guerre des prix en gonflant sa production. Mais la question qui taraude l’esprit de tous les algériens est la suivante : Quel est l’impact des réductions décidées par l’Opep+ sur l’Algérie ? Concernant l’impact de cette réduction sur les revenus en devises de l’Algérie, le ministre de l'Energie s’est voulu rassurant en indiquant qu’ « ils ne seront pas affectés et qu’ils connaîtront un équilibre dans un avenir proche ».  Ainsi, si nous croyons les déclarations du ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, les revenus de l’Algérie ne seront pas affectés. Il a précisé en effet que sa part de réduction pour une première étape est de 240 000 baril/jour, suivie de 193 000 bj avant d’atteindre, dans la dernière étape de l’accord de l’OPEP+, 145 000 bj. Précisant que chaque pays s’était engagé à réduire sa production de 23%. Selon le ministre, les revenus de l’Algérie connaîtront « un équilibre à l’avenir à travers la rationalisation de la consommation interne d’énergie et le maintien des quantités exportées, appelant à l’utilisation de nouvelles technologies pour accompagner et rationaliser les réductions ». Le ministre a fait savoir que la demande locale en pétrole s’élevait, jusqu’au mois de mars dernier, à 400.000 barils/jour. A ce propos, M. Arkab a indiqué qu’un plan d’action a été tracé pour pouvoir agir sur la demande locale.


Un plan d’investissement de sept milliards de dollars
 Face à une importante demande locale et aux exigences de réduction suite à l’accord Opep et non-Opep, le ministre a souligné que l’Algérie a les moyens de préserver ses quantités destinées à l’exportation, affirmant que cette réduction ne va pas impacter les recettes pétrolières du pays. Pour cela, le ministre compte sur une amélioration des prix, en raison de l’accord de réduction qu’il juge historique. Car il est parvenu pour la première fois à réduire la production en trois phases, soulignant que le défi majeur est de restaurer le marché, avec la poursuite de la coopération entre tous les pays. Il a souligné que l'Algérie, avec ses experts au sein de l'Organisation de l'OPEP, œuvrera pour défendre ses intérêts et exploitera ses très bonnes relations même à l'échelle présidentielle pour rapprocher les points de vue en recherchant de nouvelles propositions. A cet effet, le ministre de l’Energie a indiqué qu’un plan d’investissement de ‘’sept milliards de dollars’’ a été mis en place. Ce plan permettra, selon lui, à Sonatrach de fonctionner normalement  pendant cette période, soulignant au passage que la loi sur les hydrocarbures était désormais effective. Pour ce qui est du rôle de l'Algérie, qui préside l'organisation de l'OPEP, Arkab a indiqué que l'Algérie a travaillé pour réactiver les propositions et rapprocher les points de vue des uns et des autres afin de parvenir à un accord qui soit accepté par tout le monde. Par ailleurs, Mohamed Arkab, qui a souligné l’importance de concrétiser le programme de transition énergétique à travers l’utilisation des énergies renouvelables, notamment photovoltaïque, dans la production d’énergie et la généralisation de l’utilisation du gaz et du pétrole liquéfié (GPL), est revenu sur l’importance du projet éco-énergétique Desertec, qui prévoit l’exploitation du potentiel énergétique du désert, dont la convention devait être signée début Avril, entre un consortium international et le groupe Sonelgaz. Le ministre de l’Energie a annoncé que les répercussions de la pandémie de coronavirus sont à l’origine du report de la signature du mémorandum d’entente. Mais les consultations, a-t-il dit, se poursuivent à distance entre le président et le directeur général de Sonelgaz et les représentants de l’Initiative Desertec pour signer la convention dans les prochains jours. Le mémorandum d’entente comprend un accord technique et un autre portant sur l’aspect formation pour préparer des études précises dans le domaine sur le potentiel de l’Algérie en matière d’énergie solaire. Ce projet s’ajoute à d’autres visant à concrétiser la stratégie des énergies alternatives et à rechercher un modèle efficient de consommation des énergies. Concernant la production d’électricité, le ministre a rassuré que l’Algérie ne souffre pas de crise de production, relevant que, selon les prévisions, la consommation d’électricité devrait atteindre un pic de 17 000 mégawatts durant l’été prochain.



Ce que pensent les experts 
Selon l’expert en pétrole et ancien Président-directeur général de la Sonatrach, Nazim Zouioueche, l'accord annoncé par les membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole et autres producteurs hors OPEP, soit l'alliance OPEP+ aura un impact de courte durée sur les prix de l'or noir qui baisseront à nouveau suite à la crise sanitaire de la pandémie du coronavirus qui continuera d'influer sur l'activité économique mondiale, d'où le maintien de la baisse sur la demande pétrolière. Ainsi la baisse continue des prix de l’or noir aura des retombées négative sur l’économie Algérienne, dont ses revenues sont tributaires à 97% de la rente pétrolière. Par ailleurs, concernant le rôle de l'Algérie dans l’aboutissement à l’accord de réduction de la production, il a précisé que cet accord a été précédé de consultations intenses entre les pays concernés jusqu’au niveau des chefs d'Etat, dont le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, soulignant que l'Algérie avait un rôle à jouer pour rapprocher les vue car elle croit en l'importance de préserver le cadre de coopération de l'OPEP+ signé en Algérie en 2016. Ainsi, les cours de pétrole reposent essentiellement sur la règle de l'offre et la demande qui fixe la fluctuation des cours en bourse. Par conséquent, il n'y aura pas d'équilibre des prix internationaux de l'or noir sur le marché, sauf en cas de réduction du stock mondial et de reprise de l'activité et de la croissance économique à travers le monde à une cadence normale. La réduction de la demande mondiale sur les produits énergétiques fait suite au ralentissement de la cadence de l'activité économique, dans le cadre des mesures prises par les pays à travers le monde pour endiguer la propagation du Covid-19, notamment l'arrêt des transports aérien, maritime et autres moyens de transport collectif et individuel, a rappelé l'expert, ajoutant que le secteur des transports est le plus grand consommateur de pétrole à travers le monde avec un taux de 52%. Sur cette base, l'expert a prédit un rebondissement momentané des prix du pétrole vu la persistance des mêmes facteurs et causes ayant conduit à la chute libre du prix du baril, notamment avec la propagation de la pandémie de Covid-19 dans de nombreux pays du monde et ses répercussions sur les activités économiques. Dans ce cadre, l'ancien P-dg de Sonatrach a mis l'accent sur l'importance de l'adhésion des Etats-Unis à l'accord de réduction de la production dans le cadre de ce qu'il a appelé OPEP++. S'agissant de la désapprobation par le Mexique de l'accord de réduction de la production, il a expliqué que l'approbation de ce pays qui n'est pas membre de l'Organisation n'est pas une priorité, soulignant que l'accord de réduction de la production peut entrer en vigueur à partir de la date qui a été décidée lors de la réunion de l'OPEP+.





L'Algérie ne s'effondrera pas!
 
Enfin, de son côté, le chef de l'Etat, Abdelmadjid Tebboune, a rassuré que  l'Algérie ne s'effondrera pas ! Le président de la République a tenu à rassurer ses concitoyens  face à la dégringolade des prix du pétrole. Certes la situation financière est loin d'être confortable. Disposer cependant de réserves de change qui s'élèvent à 60 milliards de dollars pour traverser une crise économique et sanitaire inédite, dévastatrice sur le plan humain avec un impact tout aussi ravageur sur le plan économique, demeure un atout non négligeable. Bien des pays, parmi les plus industrialisés, durement frappés par cette crise économique et énergétique, qui devront subir les effets destructeurs d'une récession économique mondiale, sont moins outillés. Cette situation financière, qui peut être considérée comme miraculeuse en pareil cas, permettra incontestablement à l'Algérie, qui s'est fixée comme objectif prioritaire de s'affranchir de son pétrole, de repartir du bon pied. Le train était en marche avant que l'épidémie de coronavirus, apparue en Chine, ne vienne contrarier ce projet. Son impact sur le marché pétrolier a provoqué une débâcle des prix qui assurent l'essentiel des revenus du pays. Une situation qui n'est pas nouvelle pour l'Algérie qui a eu par le passé à affronter des conjonctures semblables. Sauf que cette fois-ci les choses sont davantage compliquées avec la crise sanitaire imposée par le Covid-19. Un défi d'un autre type que l'Algérie va relever. « L'Algérie s'apprêtait, avant la chute des cours du pétrole, à la refonte de son économie » a indiqué récemment, Abdelmadjid Tebboune. Ainsi, la chute des cours de l'or noir sur les recettes du pays entraînerait, selon M. Tebboune, une baisse des recettes de 30 à 40% et que ces dernières pourraient ne plus couvrir que 20% de nos besoins économiques.