Algérie ..Quand le Ramadhan rime avec le Coronavirus

* Avec la réduction des déplacements et la fermeture des commerces, il ne sera pas possible de se procurer tous les ingrédients, les aliments de décoration et les objets rituels nécessaires
* Les familles nécessiteuses et celles affectées par les mesures de prévention et de lutte contre l'épidémie du Coronavirus bénéficieront d'une allocation de solidarité d'un montant de dix mille (10.000) dinars par famille, qui leur sera octroyée à l'occasion du mois de Ramadhan

C'est de l'inédit pour l’Algérie, mais également pour toute la communauté musulmane à travers le monde !En fait, de nombreuses pratiques traditionnelles et habituelles devront disparaître en raison de l’apparition et la propagation du Covid-19. A commencer par les prières collectives très prisées par les fidèles durant le mois de carême. Et pas uniquement la prière des Tarawih qui rassemble beaucoup de monde dans les mosquées, mais aussi celle du Maghreb, ou du coucher du soleil que beaucoup de fidèles aiment accomplir dans les mosquées, comme un signe d’endurance et de dévouement. Les Algériens apprécient également les rencontres dans les cafés autour de parties de domino ou de jeu de cartes. En effet, les hommes prennent à peine une quinzaine de minutes pour rompre le jeûne, avant de se précipiter vers les cafés maures. Certains y restent jusqu’à la fermeture, tard dans la nuit. Mais cette année, les cafés, comme les restaurants qui se transforment en cafés, sont fermés pour cause de coronavirus. De ce fait, les soirées du mois de ramadan vont devenir fades pour tous les Algériens qui ont l’habitude de les passer dans les mosquées ou dans les cafés. Pire encore, si les pouvoirs publics reconduisent la mesure préventive de confinement nocturne au delà du 19 avril prochain, une chose à ne pas exclure, même les sorties seront interdites. Ce qui est synonyme d’interdiction même de circuler dans les rues des villes d’Algérie. Cela va constituer un grand chamboulement dans les habitudes des Algériens, particulièrement les jeunes qui seront donc contraints de passer leurs soirées à la maison. Il faut dire que les hommes ne sont pas les seuls à être sanctionnés par le Covid-19 durant le mois de ramadan. Les femmes aussi ne feront pas leurs balades quotidiennes après le lavage de la vaisselle. Elles n’auront pas non plus le droit de rendre visite à leurs proches dans des rencontres familiales autour de toute sorte de gâteaux et de thé. Surtout que les personnes âgées ne doivent plus recevoir des visites, en raison du coronavirus. C’est dire que le ramadan de cette année n’aura aucune saveur. Il n’aura même pas l’odeur d’un mois de carême tant tout ce qui fait la différence avec le reste de l’année, sera totalement absent. A l’exception du jeûne qui risque, lui aussi, d’être annulé ou déconseillé par les spécialistes de la santé. Notamment ceux qui défendent l’idée que le jeûne affaiblit l’individu devant le Covid-19.



Un mois de Ramadan sans aucune saveur !
 
Cependant, il convient de rappeler que, chaque année, et à l’approche du mois de Ramadhan, les Algériens entament une série de préparatifs pour l’accueillir comme il se doit. En plein crise sanitaire actuelle, le Ramadhan de cette année, s’annonce très particulier pour les Algériens et tous les musulmans à travers le monde. Plusieurs difficultés s’annoncent liées à la fermeture des mosquées, l’interdiction des sorties le soir après la rupture du jeûne, la préparation des plats…surtout avec la réduction des déplacements et la fermeture des commerces, il ne sera pas possible de se procurer tous les ingrédients, les aliments de décoration et les objets rituels nécessaires. Les familles estiment que le confinement causera un changement radical cette année, avec l’incertitude entourant la fin de la période du confinement. Vu la progression du coronavirus ces derniers temps dans le pays, les Algériens se rendent à l’évidence que la période de confinement pourrait être étendue. Ainsi, et malgré cette situation difficile, les familles s’attèlent déjà aux préparatifs pour assurer la continuité des traditions et essayer de créer une atmosphère conviviale comme à l’accoutumée, mais aussi pour vivre cette période de jeûne dans les meilleures conditions. Ainsi, les Algériens sont beaucoup plus dominés par la peur du Coronavirus, que par le souci de préparer le Ramadhan. Le plus important pour eux c’est de  se préserver de ce virus mortel qu’ils les guettent. Par ailleurs, la religion est une expérience de communauté. Les rituels religieux ont une dimension collective et la prière dans les mosquées, qui suppose un contact physique (manque d’espace entre les personnes, salutations, poignées de main, contact avec les tapis qui peuvent contenir le virus…) entre participants, doit être modifiée ou supprimée dans le but d’assurer le bien-être et la sécurité sanitaire de tous. Il faut donc éviter les éléments qui comportent un contact physique comme la prière de Tarawih qui draine des milliers de personnes dans les mosquées, ce qui peut contribuer à la propagation du covid 19, et de ce fait, aggraver la situation. Les Algériens devront donc se préparer à vivre autrement le mois béni. Ainsi, les fidèles devront accomplir leurs prières quotidiennes chez eux. La pratique du jeûne n’est pas directement affectée par la pandémie et les prières quotidiennes du Tarawih, recommandées et très méritoires mais non obligatoires, pourront être accomplies chez soi. Devant cette situation, et conscient de l’importance de ce rituel pour les musulmans en général et les Algériens en particuliers le ministère des affaires religieuses avait instruit les imams des mosquées.





Un changement est imposé
Le mois sacré, cette année, comporte également des remises en question sur les réunions conviviales familiales traditionnelles et la préparation des repas. Un changement est imposé pour la sécurité sanitaire de tous et doit être respecté. Ainsi, et parmi les conséquences de cette crise sanitaire qui impose le confinement, les familles ne pourront pas se réunir pour se jouir de l’ambiance conviviale de partage entre les membres de la famille, les voisins, les amis et les proches. Cela conduit à dire que la célébration sera restreinte aux membres de la famille avec lesquels l’on cohabite. Pour les personnes en colocation qui ont l’habitude de renter dans leurs familles durant les événements religieux (ramadan, Aïd El Adha, Aïd El Fitr, Achoura, Mawlid Ennabaoui charif), il s’agira, cette fois, de passer ce Ramadhan différemment. Des personnes se trouveront seules pour passer cette période. Mais le plus important dans cette situation et que nous arrivions à vaincre cette pandémie et que nous mettions fin à sa propagation. Ainsi, force est de constater, à la lumière de cette situation économiquement et socialement exceptionnelle, et selon les mêmes propos, que l’ambiance ramadanesque à laquelle les algériens; à l’instar de beaucoup d’autres peuples musulmans, se sont accoutumés depuis toujours, risque effectivement de se voir dénaturalisée. Par contre, la modernité peut servir dans ce genre de situation. A cette occasion Facebook, Messenger, Twiter, Instagram, Skype, Whatsapp… peuvent permettre d’ajouter une place virtuelle à la table pour renforcer le lien familial.Toutefois, de nombreux internautes Algériens font part de leurs inquiétudes quant à la poursuite du Coronavirus pendant le Ramadan 2020 en Algérie, via les réseaux sociaux; à l’image de Facebook. Hautement préoccupés, les internautes commentent la question, critiquent, se plaignent, blaguent ou encore se désolent, redoutent; et anticipent un mois sacré, inédit ou même méconnaissable.




Une allocation de secours de 10 000 DA pour 700 000 familles
Par ailleurs, le mois de Ramadhan qui rime souvent avec la solidarisé, ne dérogera pas cette année aussi à la règle. A cet effet, les familles nécessiteuses et celles affectées par les mesures de prévention et de lutte contre l'épidémie du Coronavirus bénéficieront d'une allocation de solidarité d'un montant de dix mille (10.000) dinars par famille, qui leur sera octroyée à l'occasion du mois de Ramadhan. Pour cela, le président de la République a donné les instructions nécessaires pour un recensement rapide des bénéficiaires. Elles sont près de 700 000 familles qui sont concernées par cette mesure d'aide. Bien que les chiffres précis sur le nombre de nécessiteux en Algérie soient très difficiles à cerner. « Une allocation de solidarité d'un montant de dix mille dinars par famille sera octroyée aux familles nécessiteuses et à celles affectées par les mesures de prévention et de lutte contre l'épidémie du coronavirus, à l'occasion du mois de Ramadhan », a annoncé le Premier ministère en exécution des directives du président dont on mesure la proximité avec les citoyens. Pour plus de précision la même source explique que l'allocation de solidarité sera versée aux familles nécessiteuses impactées socialement et économiquement par les mesures de prévention et de lutte contre l'épidémie du coronavirus Covid-19, ainsi que celles qui percevaient auparavant l'enveloppe des 6 000 DA, au titre des opérations de solidarité pour le mois de Ramadhan. « Le président de la République a donné les instructions nécessaires pour un recensement rapide des bénéficiaires en vue du versement de cette allocation de solidarité avant le mois de Ramadhan», ajoute le même département.Par ailleurs, à Alger, comme ailleurs en Algérie, le mouvement associatif œuvrant dans le caritatif arrive à pallier au désengagement des services de l’Etat. Il intervient pour apporter un soutien aux plus nécessiteux: familles sans revenus, veuves avec enfants, SDF et surtout de nombreux Subsahariens livrés à eux-mêmes et vivant dans des conditions infrahumaines. Les bénévoles préparent des couffins qui seront distribués à des familles dans le besoin et dont la liste s’allonge chaque jour. Les denrées sont récoltées dans la matinée chez des particuliers, des commerçants, les grossistes surtout. Les jeunes refusent naturellement l’argent en espèce. Reste que « la maladie la plus constante et la plus mortelle, mais aussi la plus méconnue de toute société, est l’indifférence » disait l’Abbé Pierre. Une maladie dont ne souffrent guère nos protagonistes, à l’instar de millions d’Algériens réunis par la dynamique et surtout l’éthique apportées par le Hirak national. Enfin, pour rappel, le mois de ramadan débutera le 24 ou le 25 avril 2020, selon l’annonce faite le 25 mars dernier par le ministère des affaires religieuses. Ce dernier a fixé le jeudi 23 avril comme “la nuit du doute” du mois de carême qui verra la réunion de la commission de l’observation du croissant lunaire, en vue d’observer le croissant annonçant le début du ramadan.