Enseignement à distance en Tunis : Trop de distance encore!

*  L’alternative d’une année blanche ou l’annulation des examens nationaux ne se posent pas ajoutant que le souci principal est la santé de l’élève et en second lieu veiller à préserver la valeur des examens et leur crédibilité
 
* Il y a un double intérêt socio-psychologique, qui concerne, à la fois les parents et leurs enfants, à savoir une certaine assurance que les élèves ne perdent pas complètement leur temps pendant la période du confinement

 

Le Coronavirus, avec le confinement qu’il impose, mais aussi, la distanciation sociale, n’a pas inventé l’enseignement à distance, uniquement, il l’a convertie, d’un choix à admettre et d’une option à entreprendre, à une obligation à observer.
 
Un passage obligé :
Tout en reconnaissant aussi bien les répercussions négatives de la pandémie qui a touché presque le monde entier, que l’obligation du passage vers l’enseignement à distance, pour des écoliers, et étudiants, qui a trop duré, la question se pose, et même s’impose, pour plus d’un pédagogue, concernant les avantages et les limites de l’enseignement à distance, mais aussi, quant au genre à admettre, tant la palette de l’offre est très large.
Ces questions et autres, ont constitué les sujets de la séance de dialogue avec les ministres de l’Éducation Mohamed El Hamdi, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique Slim Choura et de la formation professionnelle et de l’emploi Fethi Belhadj, tenue par la cellule de crise à l’assemblée des représentants du Peuple (ARP), tenue mercredi dernier.
La séance de dialogue est consacrée aux conséquences de la crise du coronavirus sur les secteurs de l’éducation, de l’enseignement et de la formation professionnelle. L’accent a été mis quant à l’importance de garantir l’égalité des chances entre tous les Tunisiens concernant l’accès à la matière éducative indépendamment de la région ou de la classe sociale. A savoir que ces circonstances exceptionnelles marquées par une lutte contre la propagation du coronavirus dans le pays et aussi dans le monde entier, incitent au développement de nouvelles solutions innovatrices. Sans oublier la nécessité de garantir la sécurité et les règles de la distanciation sociale auprès de cette catégorie active que représente les élèves et les étudiants.
Il faut noter que cette séance se tient dans le cadre des dispositions exceptionnelles approuvées lors de la plénière tenue le 26 mars 2020 portant délégation du contrôle du gouvernement à une cellule de crise.
Le ministre de l’Education nationale, Mohamed Hamdi a déclaré lors de cette séance que l’alternative d’une année blanche ou l’annulation des examens nationaux ne se posent pas ajoutant que le souci principal est la santé de l’élève et en second lieu veiller à préserver la valeur des examens et leur crédibilité. Avant d’ajouter que le ministère tient à la réussite des examens nationaux, baccalauréat, neuvième et sixième primaire.
Dans cette ambiance d’attente, et ses répercussions sur la santé psychique de l’élève, qui vit mal le confinement, même s’il peut disposer de tous les avantages.
L’enseignement à distance devient non une solution, mais plutôt un refuge, ou même une obligation. Aucune étude n’a encore mesuré les répercussions d’un si long arrêt.

 

interface du site du Centre National des Technologies en Education


 
A distance, mais dans l’égalité…
Le Centre National des Technologies en Education (CNTE), vient d’annoncer aux enseignants, parents et élèves le lancement de la plateforme «l’école virtuelle tunisienne». Reste que plusieurs études, ont démontré qu’un grand nombre d’élèves, essentiellement dans les zones rurales, ne disposent ni d’internet, et encore moins d’ordinateurs. 
Afin de combler ce vide, le ministère de l’Education, vient de conclure un accord de partenariat avec la télévision publique, le 14 avril 2020, annoncé lors d’une conférence de presse.
L’accord signé par le Ministre de l’Education Mohamed Hamdi, et Mohamed Lassaad Dahech, Président Directeur-Général de le la télévision publique tunisienne, préconise le lancement d’une chaine éducative, et le démarrage de l’exécution d’un partenariat actif entre les deux partenaires, dans le but de diffuser des spots et leçons, adoptant le programme officielle du ministère de l’Education.
 
Le ministère de l’Education, ne cherche en premier lieu qu’à combler un vide, pas uniquement au niveau du savoir dispensé aux élèves, mais surtout garder et encore mieux entretenir le cordon ombilical entre l’élève et son école, collège ou lycée. 

 

Moussadak Jlidi, Docteur en sciences de l'éducation


 
Afin de braquer les lumières sur ces phénomènes, «Majalla» a rencontré Moussadak Jlidi, Docteur en sciences de l'éducation :
 
Quels sont les objectifs pédagogiques des leçons diffusées par télévision ?
J'étais presque le premier à avoir réclamé l'usage de moyens de communication, ou parmi les premiers à l'avoir préconisé, dans le but d’assurer un certain nombre de leçons et de conférences, au bénéfice des élèves et étudiants, qui ne peuvent rejoindre les établissements scolaires ou universitaires, pour cause du confinement général, que vit le pays.
Ces leçons visent à perpétuer le lien de l'élève avec les connaissances scolaires, afin que son intérêt ne fléchie pas d'une part, et que la mémoire du travail d'apprentissage reste active et en alerte, d’autres part, car les informations (données scientifiques, connaissances, savoir-faire, et compétences méthodologiques) ne peuvent pas être intégrées dans la mémoire à long terme, sauf avec une certaine fréquence de stimuli éducatifs extérieurs, dont certains au moins se transforment en stimuli internes et incitatifs à la réflexion, à l'apprentissage, à la résolution des problèmes soulevés, et auto-reconstruits. Comprendre, transférer une partie des processus intersubjectifs (entre l'apprenant et l'enseignant) vers des processus intra-soi, à savoir à l'intérieur de la boîte noire du système psychologique cognitif de l'apprenant. Une partie, car l'attention et la mémoire sont sélectives, et ne travaillent que sur ce qui est considéré comme significatif et d’une importance, et peuvent être objectives, mais aussi personnalisées, au sein du phénomène de ce qu'on appelle le rapport au savoir
Le but pédagogique premier, des cours télévisés, et peu importe que les décideurs politiques et pédagogiques officiels n'aient pas prêté attention à cet aspect dans ce processus éducatif, est inévitablement acquis indépendamment des intentions des politiciens et des experts du ministère de l'Éducation, à condition que l’opération s’accomplisse dans des conditions raisonnables, de sécurité d’attraction. Car une grande partie des processus mentaux internes, s’opère au dépens de l’attention des acteurs éducatifs, représentant le pôle éducatif dans les pôles du triangle déductif: La connaissance, l'enseignant et l'apprenant.
Un deuxième objectif pédagogique, suit implicitement ce que l'on appelle la pédagogie de maîtrise, à savoir l’atteinte des objectifs éducatifs complexes ou relativement difficiles, en s'appuyant sur la variabilité scolaire du temps scolaire disciplinaire, comprendre propre au calendrier des supports pédagogiques. Un temps plus conséquent serait consacré à l’apprentissage de sujets qui semblent plus difficiles pour les apprenants ou pour certains d'entre eux. Et puisque les contraintes de temps sont fortement présentes actuellement, même en cas de retour aux leçons à l’école (nous y reviendrons), le temps scolaire consenti ne peut répondre aux besoins. En conséquence, les émissions télévisées représenteront une compensation nécessaire, même partielle, par anticipation, au temps de présence à l’école, perdu.
Un troisième avantage pédagogique des cours diffusés sur une chaîne éducative nationale, consiste en la participation des parents intéressés par les cours que suivent leurs enfants. Acte qui leur permet de visualiser le contenu, et porter une aide à leurs enfants.
Un quatrième avantage pédagogique que nous ne devons pas perdre de vue, mais qui n'est pas atteint, en raison de notre incapacité à préjuger la qualité des enseignements dispensés, en termes d'aspects scientifiques, techniques, communicatifs et pédagogiques. Mais il n'y a rien de mal à le mentionner et à le prévoir, concerne l'application d'une des techniques pédagogiques différentielles, même d’une manière implicite. Il est connu que les différentielles dans l'éducation peuvent être appliquées dans diverses parties, telles que la diversification de l'accent mis sur les styles cognitifs, de sorte que les différents types de ces méthodes qui différentient les élèves en individus ou groupes. Certains d'entre eux, disposent d’un style cognitif visuel, alors ils se concentrent sur l'écriture sur le tableau ordinaire ou électronique, et sur les images. D’autres, disposent d’un style cognitif auditif, et se concentrent sur la communication orale... Il y a aussi d'autres méthodes cognitives qui ne peuvent pas être détaillées. Il s'agit du premier type d’applications pédagogiques différentielles, de sorte que quiconque disposant d’un style cognitif, puisse trouver la communication qui lui est bénéfique. Il existe de nombreux autres genres de pédagogies différentielles. J'arrive rapidement à la manière qui nous intéresse le plus dans le contexte de notre sujet actuel, qui est la diversification ou le changement de source de connaissances et d'éducation, où il est conseillé aux enseignants d'échanger de temps en temps de classes, et de groupes d'élèves jusqu'à ce que ces derniers aient une sorte de curiosité positive, d'enthousiasme et de la motivation d'apprendre avec le nouveau enseignant, différent du premier. Dans ce cas, cet enseignant sera celui de la télévision éducative nationale (nombreux sont les enseignants).
Enfin, il y a un double intérêt socio-psychologique, qui concerne, à la fois les parents et leurs enfants, à savoir une certaine assurance que les élèves ne perdent pas complètement leur temps pendant la période du confinement. De quoi atténuer leur anxiété et de leurs tensions. Sans omettre la disponibilité d’activité éducationnelle, capable d’occuper les deux parties pendant cette période.


 

Signature du contrat de partenariat entre le ministère de l’Education et la télévision publique.


Quelles conséquences sur l’élève ?
Ces effets sont contenus dans ma première réponse, et on peut les résumer comme suit :
- Maintenir la vigilance cognitive de l'élève.
- Le libérer de l'ennui et de la frustration.
- Renforcer sa motivation à apprendre.
- Disposer d’un laps de temps minimum pour assimiler les cours et les concepts scientifiques entre le temps télévisuel et le temps de présence à l’école.
Est-ce une compensation pour les leçons en cas de retour à l'enseignement, ou les leçons seront dispensées de nouveau ?
Les cours télévisés ne peuvent se substituer aux cours normaux, pour deux raisons : L'une est pédagogique et l'autre légale. La prudence pédagogique consiste à ce que ces leçons ne peuvent accomplir le rôle des leçons normaux, car elles ne peuvent les remplacer pour accomplir la tâche de finir le programme, ou faire parvenir l’information d’une manière claire, ou la disponibilité d’une couverture de l’ensemble du pays.
Quant à l'aspect juridique, il est tributaire de ce facteur pédagogique, car il est impossible d'imposer au tuteur, et à l'élève, de reconnaître que ce dernier ait effectivement reçu des cours à distance, et par conséquence de pouvoir passer l’examen. Je ne suis pas de l’avis de ceux qui préconisent de se contenter des résultats des deux premiers trimestres. En premier, l’action touche au droit de l’élève au troisième trimestre, surtout que les résultats des deux premiers, n’étaient pas excellents, selon le témoignage des enseignants, même sont catastrophiques. Un retour aux écoles est plus qu’indispensable, et précisément, après les examens du baccalauréat, au mois de juillet. Avec l’adoption de la séance unique, et le report des examens du troisième trimestre au mois de septembre prochain.