Impact de la crise mondiale sur l’Algérie

 Effondrement des  cours  du pétrole

 
les impacts pour l’économie algérienne, dont 98% des entrées en devises avec les dérivées proviennent des hydrocarbures, sont considérables sur le plan économique et social
le chef de l’Etat, M. Tebboune, a avoué l’échec des pouvoirs publics à donner réellement corps au projet de la relance économique

L’épidémie du coronavirus a entraîné une crise économique irréversible pour 2020, dont les répercussions risquent de durer avec des ondes de choc pour 2021, si la maladie est circonscrite avant septembre/octobre 2020, la majorité des experts prévoyant une seconde vague, en cas  ou le confinement ne serait pas respecté. C’est que la crise actuelle de 2020 a montré toute la vulnérabilité des économies mondiales face à des chocs externes imprévisibles, surtout des pays reposant sur une ressource éphémère, tel que l’Algérie, dont le prix dépend de facteurs exogènes échappant aux décisions internes. Comparable à une guerre avec un ennemi sans visage, l’épidémie du coronavirus a un impact sur l’économie mondiale qui connaitra en 2020, trois chocs, un choc de l’offre avec la récession de l’économie mondiale, un choc de la demande du fait de la psychose des ménages, et un choc de liquidité.  Cette crise, aura à l’avenir un impact sur la transition énergétique et  sur les relations  internationales. Mais quels seront les retombées de l’effondrement des  cours  du pétrole sur l’économie algérienne ? Ainsi, les impacts  pour l’économie algérienne, dont 98% des entrées en devises avec les dérivées proviennent des hydrocarbures, sont considérables sur le plan économique et social d’autant plus que, le cours dépendant fondamentalement de retour à la croissance de l’économie mondiale  fonction, de  la maitrise de l’épidémie. Le rapport du FMI du 14 avril 2020 montre que, l’année 2020 sera une année de récession avec une légère reprise en 2021, si l’épidémie est circonscrite en septembre 2020.  Ainsi,   en précisant que le  taux de croissance se calcule toujours par rapport à la période antérieure T1 – To. Ainsi dans le cadre d’un scénario favorable, en précisant qu’une croissance faible en 2020, To, donne globalement une croissance relativement faible en 2021 –T1, l’économie mondiale aura moins 3,0% de taux de croissance  en 2020  et 5,0% en 2021 et en moyenne, les   pays avancés  moins 6,1% en 2020 et 4,5% en 2021. Pour le FMI et les organises internationaux, si la pandémie ne se  résorbe au cours du second semestre de l’année 2020 par un prolongement des mesures d'endiguement, nous assisterions à  une détérioration des conditions financières et de nouvelles ruptures des chaînes d'approvisionnement mondiales et dans   ce cas, le PIB mondial chuterait encore davantage : de 3 % supplémentaires en 2020 par rapport au  scénario de référence si la pandémie se prolonge en 2020, et de 8 % supplémentaires en 2021  si la pandémie se prolonge jusqu'en 2021. Pour l’Algérie , le FMI dans son rapport du 14 avril 2020, le produit intérieur brut réel (PIB) de l'Algérie devrait se contracter de 5,2% durant l'année 2020 et suite à cette baisse, le  PIB réel  devrait se redresser en 2021 de 6,2%, taux calculé en référence à l'années 2020 ( taux de croissance négatif)  donnant globalement, à taux constant,  un taux de croissance  entre 1 et 2%  en termes réel, le FMI estimant la  croissance économique  à 0,7% en 2019, ce taux étant inférieur  au taux de pression démographique. Cela renvoie toujours à la rente des  hydrocarbures  qui détermine à la fois  le taux d’emploi et les réserves de change estimées fin  mars 2020 à environ 58/60 milliards de dollars donnant un répit de 18 mois.  En plus de la baisse de son quota  entre 145.000 /240.000 barils jour avec un manque à gagner  en moyenne annuelle entre 3/ 4 milliards de dollars  pour 2020, dans ce cas  de récession économique,  les  prévisions de recettes de Sonatrach de  35 milliards de dollars  pour 2020 ainsi que d’un montant des réserves de change  de 51,6 milliards de dollars fin 2020 et qui a vu le cours de pétrole et du gaz s’effondrer de plus de 50%, ne seront pas atteint.  Les recettes devant être au moins divisées par deux par rapport à 2019 dont les recettes ont été de 34 milliards de dollars, montant auquel il faudra soustraire les couts d’exploitation et la réduction du quota décidée en avril 2020 pour l’Algérie, représentant moins  de  1 millions barils/j, en n’oubliant pas que 33% des recettes de Sonatrach proviennent du gaz dont le cours sur le marché libre le 21/04/2020  fluctue depuis trois mois entre 1,5-1,9 dollars le MBU, une baisse de plus de 50% par rapport à 2008.



Les retombées seront énormes
En sommes, les retombées de l’effondrement des prix du pétrole seront énormes sur l’économie algérienne qui tire l’essentiel de ses revenus (98%) de l’exportation des hydrocarbures. Le 20 avril 2020  le  baril américain West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en mai, dont c'est le dernier jour de cotation, dégringolait d'environ 38 % à 11,04 dollars vers 11 h 55 GMT et à 20h30   fin  sous  zéro dollars, ( moins 37,63 dollars)  et le  21 avril 2020 11h52 GMT 20,27 dollars le Brent  et moins 7 dollars le Wit,   son plus bas niveau depuis 1998  avec un écart historique avec le Wit, rendant non rentables  les gisements moyens et marginaux qui sont les plus nombreux de pétrole/gaz schistes américains. Comme il faut  s’attendre  cet écart, si le Wit  est en dessous de 10 dollars, les acheteurs se détournent du Brent qui risque à son tour une baisse. Ainsi, la combinaison d’une augmentation massive de l’offre des membres de l’OPEP et d’un effondrement complet de la demande crée sur le marché les conditions qui sont les plus baissières que l’on puisse imaginer aujourd’hui, avec un baril qui a passé sous  0 dollar. Ainsi, les prévisions annoncent un avenir fait de difficultés pour l’économie nationale, dévastée par deux décades de gestion catastrophique. Alors que la loi de finances 2020 table sur un prix de référence de baril à 50 dollars, on se retrouve avec un baril à 14 dollars, soit moins de 60% des prévisions du gouvernement. Le déficit budgétaire, qui était prévu à près de 13 milliards de dollars, risque de se creuser un peu plus si on part du principe que le volume des importations restait le même. Le prix du baril a diminué de plus de 70% ces derniers temps et n’augure rien de bon avec le confinement imposé au monde par le nouveau coronavirus. Pourtant la réunion OPEP/non OPEP, qui a été couronnée par la décision de réduire 10 millions de barils/j, néanmoins,  le marché n’a pas réagi pour l’instant favorablement. L’Algérie verra une réduction de 240.000 barils/jour pour la première tranche,  de 193.000 barils/jour  pour la seconde tranche et une réduction de 145.000 barils/jour pour la dernière tranche  repose sur l’hypothèse que la demande mondiale a baissé seulement de 10/11%, alors que l'épidémie de coronavirus a provoqué une chute drastique de la demande mondiale, de 33%, environ 30 millions de barils par jour (bpj), certains experts l’estimant à plus de 40 millions de barils/j, les gros consommateurs d’hydrocarbures dont le transport étant en hibernation. Il convient de rappeler par ailleurs, qu’à 25 dollars le chiffre d’affaires, de Sonatrach serait de près de 12,9 milliards de dollars, restant après la  réduction 8,9 milliards et 80% des puits n’étant plus rentables. A 20 dollars le chiffre d’affaires, le scénario le plus pessimiste, serait de 10 milliards de dollars de recettes, restant après les réductions de 6 milliards de dollars et en retirant 25% de charges le profit net serait de 4,5 milliards de dollars devant pratiquement fermer la majorité des puits, surtout les nouveaux puits non encore amortis et idem pour 1,5-2 dollars le MBTU, concernant les canalisation de gaz naturel et à ¾ dollars pour le GNL. Interrogé par La Majalla, le Professeur des Universités, expert international Dr Abderrahmane Mebtoul, a estimé que le cours du pétrole dépendra donc du temps à maitriser l’épidémie et de l’évolution de l’économie mondiale, en précisant qu’à court terme, il est également influencé par  les importants stocks  qui ont été mis en place du fait du bas cours. Dans cette conjoncture difficile. « On doit cesser les déclarations euphoriques qui provoquent une névrose collective au niveau des citoyens, qui sont conscients de la gravité de la situation, d’où l’urgence d’un langage de la vérité, rien que la vérité sur la situation économique du pays.  Car pour la situation sanitaire, l’on doit  rendre hommage au corps médical, malgré la faiblesse des moyens  qui  fait de son mieux », prône notre interlocuteur.




Accélérer la mise en place d’un nouveau modèle économique
Par ailleurs, il est à rappeler que lors du dernier Conseil des ministres, le chef de l’Etat, M. Tebboune, a avoué l’échec des pouvoirs publics à donner réellement corps au projet de la relance économique. « Jusqu’à quand devrons-nous rester tributaires des fluctuations du marché mondial du pétrole ?», s’est demandé le chef de l’Etat. Une interrogation qui met en exergue le péril qui guette l’économie nationale sévèrement impactée par la dégringolade des prix du pétrole. Une conjoncture qui ne lui laissera qu’une étroite marge de manœuvre pour éviter la récession. Chevillée à ses exportations de pétrole, elle ne peut trouver son salut que dans l’émergence d’un nouveau modèle de croissance. A cet effet, Abdelmadjid Tebboune, a appelé, lors de son dernier Conseil des ministres qui s’est tenu le 19 avril, à la prise de mesures pratiques pour accélérer la mise en place d’un nouveau modèle économique basé sur la diversification du développement et l’économie du savoir, en sus d’une nouvelle politique d’industrialisation orientée vers les petites, moyennes industries et émergentes, soulignant l’importance d’accorder la priorité aux produits garantissant un taux d’intégration élevé. « Cette politique industrielle permettra de réduire la facture d’importation et de créer des postes d’emploi », a ajouté le premier magistrat du pays qui a chargé le ministre de l’Industrie et des Mines, Ferhat Aït Ali Braham de recenser toutes les ressources naturelles nationales non exploitées afin de « renforcer nos capacités d’exportation, de compenser la baisse des recettes d’hydrocarbures et de préserver cette richesse aux générations montantes ». Une projection vers l’avenir qui s’est imposée en urgence, eu égard à la conjoncture désastreuse du marché pétrolier. Malmené par la pandémie du coronavirus qui a provoqué une baisse historique de la consommation d’or noir, exacerbée par une guerre féroce des prix entre l’Arabie saoudite et la Russie, qui a contribué à les laminer. Une chose qui a conduit le président de la République, à mettre l’accent sur « la nécessité de se tourner résolument et avec détermination vers l’industrie pétrochimique, le développement des secteurs de l’industrie et de l’agriculture et l’exploitation des ressources humaines sortant chaque année de nos universités afin de permettre aux jeunes de mettre en avant leur génie habituel ». Il est donc impératif de « s’orienter immédiatement vers l’investissement dans le secteur des énergies renouvelables pour l’exportation, afin d’immuniser notre indépendance économique contre toute éventualité pouvant se produire sur le marché pétrolier » a conseillé Abdelmadjid Tebboune qui a exhorté la compagnie nationale des hydrocarbures Sonatrach à « élargir ses plans d’investissement dans les projets pétroliers à l’étranger, afin d’améliorer les recettes de l’Etat ». En outre, il convient de rappeler que, lors du précédent Conseil des ministres, il a été annoncé la révision à la baisse de 30% du budget de fonctionnement de l'État - sans pour autant toucher aux salaires des fonctionnaires - ainsi que la réduction de la facture des importations de 41 à 31 milliards de dollars (38 à 28 milliards d'euros). En outre, l'Algérie n'aura plus recours aux cabinets d'expertise étrangers afin d'économiser 7 milliards de dollars (6,5 milliards d'euros) par an. Le géant pétrolier Sonatrach, première entreprise publique du pays, devra également « réduire de 14 à 7 milliards de dollars (soit de 13 à 6,5 milliards d'euros), les charges d'exploitation et les dépenses d'investissements afin de préserver les réserves de change. De son côté, le ministre conseiller de la communication, porte-parole officiel de la présidence de la République, Mohand Oussaid Belaid,  a assuré que, la crise financière engendrée par la chute des prix du pétrole, suite à la propagation de la pandémie de coronavirus à travers le monde, demeure « maitrisée » par l'Algérie ! Les mesures nécessaires pour faire face à la chute des prix du pétrole ont été prises lors du Conseil des ministres tenu il y a deux mois environ sous la présidence du président de la République. Nous avons prévu cette crise et nous avons pris nos précautions », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse tenue au siège de la présidence. « Dieu merci, nous maitrisons toujours la crise. Nous espérons Inchallah que le marché mondial (de pétrole) reprendra son souffle et que les prix remontent aux niveaux qui soulagent et les producteurs et les consommateurs », a-t-il soutenu. Le Porte-parole de la présidence a notamment cité, parmi les mesures engagées pour faire face à la crise pétrolière et financière, la réduction escomptée de 30% des importations et la baisse des montants alloués aux études et services fournis par des bureaux étrangers. Rappelons enfin, que l’Opep a estimé, dans un rapport publié le 16 avril, que même la mise en œuvre intégrale des réductions n’empêcherait pas un excédent au deuxième trimestre de l’année en cours, lorsque la demande tombera au plus bas en trois décennies.