Panique à Ras Jedir

Des centaines de Tunisiens bloqués en Libye forcent le passage frontalier
Les forces de sécurité ont fini par contenir le flux des tunisiens qui ont forcé le poste frontalier.

*Après ce coup de force, c’est, au tour des routiers libyens bloqués du côté du poste frontalier de Ras Jedir depuis plus d’un mois, de tenter le même type de forcing, au volant de leurs 280 camions chargés de marchandises.
*Mustapha Abdelkébir, président de l’Observatoire Tunisien des droits de l’Homme à la mauvaise gestion de cette crise sanitaire. Dans une déclaration à Majalla, il a fustigé l’attitude des autorités tunisiennes qu’il a qualifiée de molle dans le traitement de cette question.

Tunis : Des centaines de tunisiens bloqués à la frontière tuniso-libyenne, depuis plusieurs semaines, ont forcé le passage grâce à la complicité des autorités libyennes qui ont laissé faire et aunez des forces de sécurité tunisiennes visiblement prise de court face à cette déferlante humaine. Pourtant, la situation en Libye où l’intensité des combats et le risque de contamination par l’épidémie ont acculé des milliers tunisiens à prendre le chemin du retour en Tunisie, était sur la table des responsables depuis des semaines. 
Après ce coup de force, c’est, au tour des routiers libyens bloqués du côté du poste frontalier de Ras Jedir depuis plus d’un mois, de tenter le même type de forcing, au volant de leurs 280 camions chargés de marchandises. Ils ont tenté de rallier sans autorisation préalable, le premier point du poste frontalier  du côté libyen, « El Guitoun ».
Et pour cause, les autorités libyennes ont autorisé, les camions libyens transportant des marchandises et bloqués depuis plus d'un mois, au passage frontalier Ras Jedir en Tunisie, à se rendre en Libye et à traverser le passage frontalier, qui était fermé en raison de la pandémie. Les conducteurs de ces camions libyens ont lancé, à maintes reprises, des appels aux responsables de leur pays, pour obtenir des autorisations de passage des frontières et retrouver leurs familles tout en s'engageant à se conformer au confinement obligatoire. 
 Ce chaos qui a régné pendant deux jours au poste frontalier, découle selon Mustapha Abdelkébir, président de l’Observatoire Tunisien des droits de l’Homme à la mauvaise gestion de cette crise sanitaire. Dans une déclaration à Majalla, il a fustigé l’attitude des autorités tunisiennes qu’il a qualifiée de molle dans le traitement de cette question. « Nous avons proposé, en vain, aux autorités tunisienne notre aide pour gérer ce flux sur le plan sécuritaire et sanitaire », a-t-il souligné à Majalla. 
Suite à ce mouvement de panique parmi les tunisiens bloqués du côté libyen,  les autorités tunisienne ont nié « l’usage de la force » de la part des tunisiens pour entrer sur le territoire national via le poste de Ras Jedir, affirmant que « 652 tunisiens ont été accueillis au niveau de ce poste frontalier et qu'ils ont effectué toutes les procédures douanières après avoir subi un contrôle sanitaire ». Dans un communiqué dont Majalla en a reçu une copie, le ministère de l’Intérieur tunisien affirme que toutes ces personnes « seront orientés vers les aires d'isolement sanitaires aménagées à cet effet ». Il est évident que ce communiqué est une manière de lisser la crise et d’éviter l’affront que les forces en poste à Ras Jedir ont du essuyer par la force des choses. 
 

Les autorités libyennes ont laissé faire.



200 personnes par semaine
D’ailleurs, abordant, dans une interview donnée dimanche 19 avril à deux chaines télé locaux,  la question du rapatriement des Tunisiens bloqués à l'étranger, le Chef du gouvernement Elyes Fakhfakh a annoncé que la Tunisie a rapatrié, depuis le début de la crise, 18 mille Tunisiens, dont notamment huit mille qui étaient bloqués dans plusieurs pays. "En Libye, la situation est plus compliquée vu la situation sécuritaire, mais chaque semaine, nous allons rapatrier 200 Tunisiens à partir de ce pays", a-t-il ajouté, rappelant que tous les Tunisiens rapatriés seront placés en quarantaine obligatoire.
Mais la situation étaient déjà intenable  pour ces tunisiens bloqués sur un terrain où la guerre se joue à géométrie variable, évoluant au gré des jours au profit de telle ou telle partie. Sans compter que le poste frontalier tuniso-libyen  est objet de convoitise entre les belligérants. C’était aussi sans compter l’approche imminente du mois de Ramadan et l’envie de ces tunisiens de rejoindre leurs familles en ce mois saint. Il est évident qu’ils ont fait le compte et qu’avec un rapatriement à raison de 200 personnes par semaine, il faudrait plus de dix semaines avant d’évacuer tout le monde ou presque. 
Tous ces facteurs combinés auraient dû focaliser l’attention des autorités sur l’urgence à traiter ce dossier. Mais là où a buté le gouvernement, c’est la question de la gestion sanitaire d’un flux aussi important dans une région démunis des structures d’accueils pour le confinement. C’était l’écueil sur le quel les autorités locales se sont brisés les dents. Puisque la seule solution à portée des mains était cet intervalle temporel d’une semaine pour chaque groupe.
C’était, bien sûr sans compter avec la désobéissance de ces centaines de tunisiens dont les rangs se gonflaient chaque jour à vue d’œil. Faille sécuritaire ou mauvaise stratégie de gestion sanitaire ? La question n’est plus à ce niveau, puisqu’ils sont déjà là. Et cela est un fait. Certes, les unités sécuritaires ont repris les choses en main et ces personnes ont été réparties en groupes selon leurs gouvernorats d'origine après avoir été soumises aux contrôles policiers et douaniers, en attendant leur acheminement vers leurs régions respectives.


 

 
L’ARP s’en mèle
Le ministre de l'Intérieur, Hichem Mechichi, a indiqué, au cours d'une séance de dialogue, au parlement, que la situation administrative de l'ensemble des Tunisiens de retour de Libye a été vérifiée.
"Leur passage, lundi, par le poste-frontalier de Ras Jedir a été marqué par des bousculades", a-t-il dit, précisant que leur nombre a dépassé les 600 personnes.
"Ils ont été tous orientés vers les centres de confinement obligatoire, a-t-il ajouté. 
Répondant aux interventions des députés, Mechichi a indiqué que 18 800 Tunisiens ont été rapatriés depuis le 16 mars dernier de différents pays, dont 3600 de Libye.
"Le rapatriement des ressortissants tunisiens est géré par plusieurs parties, dont le ministère de l'Intérieur. Il s'agit de garantir leur retour dans les meilleures conditions malgré la complexité de l'opération", a-t-il dit.
Quant aux dépassements qui auraient été commis par le corps sécuritaire, le ministre a souligné que ces actes n'engagent que leurs auteurs, précisant, toutefois, que des dizaines de sécuritaires ont, à leur tour, subi des agressions pendant l'accomplissement de leur mission.
Au cours de cette séance, les députés ont  attiré l'attention sur le comportement "violent non justifié" des policiers à l'égard de certains contrevenants aux mesures de confinement sanitaire.


 

Des centaines de camions libyens ont tenté à leur tour de forcer le passage du côté tunisien.


C’est ainsi que Nabil Hajji (Bloc démocratique) a indiqué à cet égard que certains policiers ont fait usage de la force "non justifiée" contre un citoyen en le frappant violemment. Intervenant à son tour, le député du même groupe parlementaire Hichem Ajbouni a estimé que les policiers n'ont pas besoin d'une loi pour réprimer les agressions dont ils sont victimes. Pour lui, il faut préserver la dignité de tout tunisien et appliquer la loi en cas de contraventions.
Hichem Ajbouni a appelé dans ce sens à la nécessité de faire la lumière sur certains dépassements commis lors des interpellations de citoyens notamment dans les postes de police, estimant toutefois qu'"il ne s'agit pas d'une politique systématique mais de cas isolés".
Le député Jemmali Bedhiafi (groupe Al Mostaqbal) a exhorté les policiers à faire preuve de souplesse à l'égard des citoyens, insistant, en même temps, sur la nécessité de garantir aux policiers tous les moyens nécessaires à leur protection.
Le député Foued Thameur (groupe Qalb Tounes) a estimé, quant à lui, qu'il fallait prendre des mesures drastiques pour éviter "la mascarade" de Ras Jedir et garantir aux tunisiens des conditions dignes pour regagner le pays. Mais aussi, regardons les choses en face. La galère est maintenant double. Surtout que l’on sait que plusieurs prisons libyennes avaient été vidées de leurs occupants Des renforts ont été dépêchés pour maîtriser la situation et éviter que d'éventuels éléments et qu’il est fort probable que des éléments dangereux aient pu s'infiltrer dans la foule.Sur le plan sanitaire, il y a un fort risque de voir des personnes porteuses du virus parmi les revenants.