Le football en Tunisie, du temps du Coronavirus : Tout est hors-jeu…

* Le football en Tunisie, bien que « professionnel », depuis près de deux décennies, reste un secteur totalement fragile sur le plan économique
*Les problèmes des clubs en Tunisie sont bien plus profonds que la mauvaise gestion. Le football a un besoin incessant d’une restructuration, et aussi, de penser à instaurer des structures légales et réglementaires

Le football n’est plus ce jeu, où des enfants, des jeunes, et des moins jeunes, tapent dans un ballon, dans le but de le placer dans les filets de l’équipe adverse. Il est devenu une vraie industrie, même une industrie lourde. Une des plus lourde au mondes, à constater les chiffres brassés. Mais surtout l’augmentation vertigineuse des contrats des meilleurs joueurs. Même dans des pays, tel l’Espagne, dont l’économie est chancelante. En conclusion, un secteur qui ne connait pas le mot «crise».
Sur un autre plan, le football, ou plutôt, regarder un match de football, est l’un des loisirs les plus courants. Qu’il soit sur le gradin d’un stade, ou bien adossé à son divan, ce spectateur ou téléspectateur, constitue un client, qu’il faut bichonner, dans le but de voir encore plus de match.
Le football est aussi un des moyens les plus sûrs, pour fédérer la population d’un pays autour d’un «idéal» commun. Les périodes des Coupes du monde, constituent des moments de paix, ou plutôt une parenthèse, car personne ne peut et ne doit placer, aucun sujet au-dessus de la victoire de «l’équipe nationale».
La Croatie arrivée à la finale de la Coupe du monde, qui s’est tenue en Russie, a surfé sur ce résultat, pour attirer les investissements. L’auréole du football peut toute illuminer !!!
 
Souvent, tout ce monde, avec ses matchs, ses spectateurs et téléspectateurs, ses idoles, et les sommes à milliards de dollars, passe au silence, le Coronavirus a fait atteindre les lumières de tous les stades du monde.
Un vide atroce, dangereux, mais surtout et essentiellement coûteux, tant la machine qui brassait des millions de dollars par jour, est devenue inerte. Des conséquences plus que graves.
Pour évoquer les conséquences de cet arrêt, sur un pays comme la Tunisie, «Majalla» a cherché les réponses chez Tarek Ghdiri, Journaliste sportif, et ex-Secrétaire général pour l'Association tunisienne des journalistes sportifs. Mais surtout, analyste et fin connaisseur des rouages internes de la scène footballistique tunisienne :

 




Tarek Ghdiri, Journaliste sportif, et ex-Secrétaire général pour l'Association tunisienne des journalistes sportifs


 
Quels sont les effets directs de la suspension totale du championnat de football et des entrainements, que ce soit sur la performance des joueurs, que la situation financière des clubs ?
Les effets sont catastrophiques au sens direct du terme. Le football en Tunisie, bien que «professionnel», depuis près de deux décennies, reste un secteur totalement fragile sur le plan économique, tant la majorité écrasante des clubs dépensent plusieurs fois leurs revenus réels.
Par conséquent, la suspension du Championnat pour cause de Coronavirus, n’a fait qu’aggraver une crise déjà chronique. Les sources de financement (contrat de sponsoring, primes des présidents des clubs, dotations officielles, soutien de l'État) ont cessé d’injecter de l’argent dans les caisses des clubs, à cause de la récession générale, qu’impose la pandémie.
 
Tous les joueurs, et toutes les équipes souffrent d’une manière identique ?
Hormis l’Esperance Sportive de Tunis (EST), et dans une moindre mesure, le Club Sfaxien (CS) et l’Etoile Sportif de Tunis (CSS), tous les autres clubs de toutes les ligues, professionnels et amateurs, souffrent d'une grave crise financière, qui remonte à une période antérieure. La pandémie n’a fait qu’aggraver la situation.
Certaines pensent que les joueurs tunisiens ne sont nullement concernés par les répercussions négatives de l'arrêt des activités sportives, en raison des salaires élevés qu'ils perçoivent. Le réel est autre : La majorité écrasante, a subi de plein fouet cette crise, et n’est guère capable de subvenir aux besoins les plus élémentaires.
Certains, vivent même une grave crise financière, surtout avec le retard constaté au niveau du transfert des salaires.
Les joueurs qui perçoivent des salaires de quelques dizaines milliers de dinars, appartiennent à 3 clubs, et constituent une infime minorité. A l’inverse de la grande majorité, qui vie une véritable tragédie sociale.
 
Peut-on dire que les clubs «professionnels» ont agi entant que tels ?
Les clubs «professionnels» en Tunisie n'agissent pas de manière «professionnelle», et ce, depuis des années, à l'exception d'un ou deux. La mauvaise gestion s’est accrue depuis la suspension des activités.
Un grand nombre de joueurs ne reçoivent leurs salaires que tardivement et par tranches. Le principal revenu, provient de la prime de victoire, et non du salaire en soi. Actuellement, les matchs sont à l’arrêt, ce principal revenu n’y plus. Chez les amateurs, la crise est de loin plus grave.
 
Cette crise, a-t-elle révélé la mauvaise gestion, aussi bien d’avant la crise, ou qui en résulte ?
Les problèmes des clubs en Tunisie sont bien plus profonds que la mauvaise gestion. Le football a un besoin incessant d’une restructuration, et aussi, de penser à instaurer des structures légales et réglementaires, à travers lesquelles les clubs deviennent réellement professionnels. Actuellement, les clubs obéissent à la législation régissant les associations. En contradiction totale, avec le genre de rapports entre les différentes parties, à savoir des contrats avec des professionnels, aussi bien les joueurs que les entraineurs.
 
Les plus grands clubs, des championnats d'Europe ont cherché des solutions avec leurs joueurs. Quelles sont les solutions adoptées par les clubs tunisiens, quel est la réaction des joueurs, et quelle est votre évaluation?
Les clubs tunisiens ne sont pas encore au niveau de «l’adoption de solutions», car la situation administrative et financière, générale, est tellement critique, bien avant. Le Coronavirus a tout réduit au néant.
Les clubs tunisiens n'ont pas suggéré à leurs joueurs une baisse de salaire, comme a été le cas, en Europe, car les caisses sont vides. Et par conséquence, rien ne peut être négocié, ou échelonné.
Les joueurs se rendent compte que la seule solution à la crise consiste en la reprise des activités. Afin que les clubs puissent s’acquitter de salaires dus aux joueurs, qui ont exprimé leur colère, suite au report, du championnat du 1ermai au 1eraoût. Même, ont menacé d’organiser des protestations pour pousser les autorités sportives et de la Fédération de football, à revoir la décision.

 




Championnat de Tunisie.


 
Wadie Jary, président de la Fédération tunisienne de football, a évoqué le retour du championnat le 01 août. Considérez-vous la date raisonnable, d'autant le pays sera en plein vacances d'été, avec la haute température, qu’on connait ?
La date proposée semble injuste compte tenu de la chaleur étouffante du mois d'août, mais dans la pratique, il n'y a pas d'autres solutions pour reprendre la saison en cours et échapper à l’annulation du championnat 2020-2021. Report rejeté par la plupart des parties concernées.
Le vrai problème en Tunisie consiste, en l’expiration des contrats des joueurs et des entraîneurs en juin, et le début de la période des transferts. Sans oublier les contrats d'assurance pour les joueurs, qui prennent fin, également fin juin.
 
Dans l’ensemble et au niveau mondial, quels seront les effets de cette crise, notamment sur les salaires des joueurs, les contrats de la télédiffusion des matchs, etc. ?
Pour le football, comme le reste des secteurs où des milliards de dollars sont investis, il y aura avant, et après le Coronavirus... La FIFA a ouvert (forcée) le dossier des salaires faramineux des footballeurs et a demandé à réfléchir à leur révision.
La crise obligera les clubs de football et les télévisions qui transmettent les matchs, à revoir les contrats, suite à la perte des revenus de 3 mois, des sommes faramineuses, il faut le noter, dont l’absence, laissera des traces, qui prennent déjà la forme d’une boule de neige, menaçant l'avenir du football.