Un revers diplomatique cinglant sur la pandémie Covid-19

Trump donne un coup d'arrêt à une résolution tuniso-française  
: Le projet de résolution a essuyé un échec à l’ONU.

*L’initiative avait pour objectif « de convoquer une réunion d'urgence du Conseil de sécurité, afin de lui soumettre un projet de résolution visant la recherche de stratégies concertées à l’échelle internationale pour résister à la propagation du virus ».
*Le projet tuniso-français, de trois pages, appelle les 15 membres du Conseil de sécurité à « une coordination renforcée » face au coronavirus et une « cessation des hostilités » dans les pays à son agenda.
*Selon les observateurs, le rejet de cette résolution serait du à une partie du texte qui souligne « la nécessité urgente de soutenir tous les pays comme les entités pertinentes du système des Nations unies, y compris les agences de santé spécialisées », faisant allusion à l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
 

Tunis :Tunis et Paris viennent d’essuyer un échec avec le coup d’arrêt de Trump opposé à un projet de résolution sur la pandémie Covid-19 qui appelle à «cesser les hostilités dans les zones de conflits»  pour laisser la voie libre à l’OMS de bien gérer l’évolution de la pandémie dans ces zones. Le désaveu est cinglant pour une diplomatie tunisienne qui espérait,en tant que membre non permanent au Conseil de Sécurité de l'Onu,retrouver un certain éclat après un long effacement.
Dans son discours à l’occasion de la fête de l’Indépendance, le 20 mars dernier, le Président de la République tunisienne, Kaïs Saïed, avait appelé les Etats ainsi que les organismes internationaux à mettre en place une stratégie globale pour lutter contre la pandémie qui a frappé l’humanité. Le Chef de l’Etat avait estimé que les pays ne devaient pas se contenter de stratégies individuelles de lutte, mais qu’il fallait également une réaction collective.
A ce titre, une initiative qui avait pour objectif « de convoquer une réunion d'urgence du Conseil de sécurité, afin de lui soumettre un projet de résolution visant la recherche de stratégies concertées à l’échelle internationale pour résister à la propagation du virus », avait été lancée. L'intention étant d'alerter les décideurs de ce monde quant au risque imminent que représente cette pandémie sur la paix et la sécurité internationales, en particulier dans les zones de conflit. Saïed avait exhorté les pays et les intervenants concernés à coordonner les secours humanitaires. La résolution, co-écrite avec la partie française, lance un appel à l'OMS afin qu'elle poursuive son soutien opérationnel aux gouvernements et partenaires pour répondre à leurs besoins urgents et œuvrer à développer un traitement pour combattre ce virus. 
 

Le Président tunisien avait évoqué cette initiative lors de son discours à l’occasion de la Fête de l’Indépendance.
 
 



Une mouture rejetée
De ce fait, la Tunisie et la France ont présenté en mars dernier la mouture d’une résolution sur la « cessation générale et immédiate des hostilités dans tous les pays inscrits à son ordre du jour ». Le projet tuniso-français, de trois pages, appelle les 15 membres du Conseil de sécurité à « une coordination renforcée » face au coronavirus et une « cessation des hostilités » dans les pays à son agenda.
La résolution en question réclame « le besoin urgent d’une coordination renforcée parmi tous les pays pour combattre la pandémie et demande une cessation générale et immédiate des hostilités dans tous les pays à l’agenda du Conseil de sécurité, en soutien des efforts en ce sens du secrétaire général de l’ONU ».Cette résolution, devait conduire à un vote lors du Conseil de sécurité de l'ONU. La veille du vote, Washington avait pourtant accepté une mention de compromis sur l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), objet d'un vif différend depuis des semaines avec la Chine.
A cause de l’OMS ?
Mais à la surprise générale des pays membres, les Etats-Unis ont mis un coup d'arrêt, le 8 mai dernier, à la mise au vote de ce projet de résolution de la Tunisie et de la France sur la pandémie de COVID-19. Sans fournir plus de détails, Washington a déclaré « ne pas pouvoir soutenir le projet de résolution actuel ». Selon les observateurs, le rejet de cette résolution serait du à une partie du texte qui souligne « la nécessité urgente de soutenir tous les pays comme les entités pertinentes du système des Nations unies, y compris les agences de santé spécialisées », faisant allusion à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Or, l’OMS qui est accusée par Trump de « mauvaise gestion » de la crise du Covid, s’est vue privée de la contribution au financement des Etats-Unis. Selon certains diplomates, cette formule, qui évoque implicitement l'OMS sans la citer, représentait pour les auteurs de la résolution un compromis visant à arracher un accord final des États-Unis et de la Chine sur la résolution. Mais c'est à nouveau le langage sur l’OMS   qui est à l'origine de ce blocage. Selon d'autres sources, les États-Unis veulent revenir à une proposition initiale de texte qu'ils avaient abandonné sur la nécessité d'une "transparence" dans la coopération.
La Tunisie ne baisse pas les bras
Pour la Présidence Tunisienne, ce blocage n’est pas synonyme d’un échec. « Il s'agit plutôt d'une rallonge des délais de concertations sollicitée par l'administration Trump qui s'oppose toujours à une telle résolution ». En effet, les discussions et efforts diplomatiques se poursuivront en espérant trouver un compromis puisque  « la Tunisie et la France, co-auteurs de la résolution, ont la possibilité de demander une mise au vote du texte ». Une source de la présidence tunisienne affirme à Majalla que « le processus de négociation continue et la Tunisie fournit toujours des efforts avec les autres pays du conseil qui soutiennent cette résolution et notamment la France qui est co-auteur avec pour essayer de rapprocher les points de vues et de ramener les USA au consensus »