Ghannouchi dans la tourmente ?

Le parti islamiste tunisien Ennahdha en proie à de graves accusations
*Faisant allusion à cet incident diplomatique le Chef de l’Etat tunisien a asséné « Que chacun se souvienne que l'État tunisien est un et indivisible, et qu'il n’y a qu’un  seul et même président à l’intérieur et  à l'étranger ».
*Cette déclaration fait suite "à l'immixtion à répétition du président de l'Assemblée des Représentants du Peuple Rached Ghannouchi dans la politique étrangère tunisienne, ce qui de fait, implique l'Etat tunisien dans les conflits intérieurs de certains pays et dans les luttes des axes régionaux, en totale contradiction avec les positions officielles".

Tunis :Immixtion à répétition du président de l'ARP Rached Ghannouchi dans la politique étrangère tunisienne, dissolution du bureau politique d’Ennahdha, sit-in au sein du Parlement, pétition pour un audit sur sa fortune, Rached Ghannouchi président du mouvement islamiste d’Ennahdha fait face à des vents contraires ces jours-ci. 

A commencer par le président de la République Kaïs Saïed qui vient de remonter les bretelles à Rached Ghannouchi lors de son discours à l’occasion de l’Aïd El Fitr.  Et pour cause, lors d’un entretien téléphonique, le président du Parlement tunisien, Rached Ghannouchi a félicité,  mardi 19 mai 2020, le président du Conseil présidentiel du Gouvernement d'Union nationale libyen, Fayez al-Sarraj, d’avoir repris la base militaire d’al-Watiya, dans l’ouest de la Libye, près des frontières tunisiennes. 
Faisant allusion à cet incident diplomatique, qui range la Tunisie dans l’un des camps des deux belligérants, le Chef de l’Etat tunisien a asséné dans son discours de vœux à l’occasion de l’Aïd El Fitr « Que chacun se souvienne que l'État tunisien est un et indivisible, et qu'il n’y a qu’un  seul et même président à l’intérieur et  à l'étranger ».
Le Chef de l’Etat tunisien s’en prends dans son discours directement au mouvement Ennahdha en des termes très virulents. « L’Aïd est revenu alors que certains se sont retirés non dans les mosquées qui étaient fermées, mais pour fomenter des complots, sous l’emprise de desseins sombres et haineux », a-t-il martelé. « Certains sont nostalgiques du passé, désireux de revenir en arrière, certains se réjouissent d’atteindre leurs objectifs, ce dont ils rêvent, tandis que d'autres, malheureusement, sont en proie à l'hypocrisie, au mensonge et à la calomnie. Ceux qui sont désignés par le tout puissant comme ayant la maladie au cœur. L’un des nombreux miracles du Coran consiste d’ailleurs à réserver le terme maladie à ceux qui sont atteints par la maladie de l’âme », a ajouté avec détermination Kaïs Saïed, épinglant ainsi pour la énième fois le Chef du mouvement islamiste proche des Frères musulmans.
 




Selon des médias égyptiens, la fortune de Gahnnouchi s’élèverait à plusieurs milliards de dinars.
 

 

Les députés montent au créneau
Dans le même sillage, le député Oussama Khlifi, président du bloc parlementaire " Qalb Tounes ", pourtant allié d’Ennahdha au Parlement, a déclaré à Majalla que « Rached Ghannouchi, président du Parlement, n’a aucune prérogative, ni constitutionnelle, ni issue du règlement intérieur de l’ARP qui lui permette d’exprimer une position au nom du Parlement, tant que cette question n’a pas fait l’objet de dialogue au sein de l’ARP ». 
Quand à Hsouna Nasfi, président du bloc parlementaire « La Réforme », il a affirmé avoir demandé à Ghannouchi s’il a contacté Sarraj. « Il a confirmé avoir appelé et félicité Fayez El Sarraj et il croit dur comme fer que c’est de son plein droit de le faire », a souligné Nasfi sur les ondes d’une radio locale. Interrogé sur sa position quant à cet incident diplomatique par La Majalla, Nasfi a souligné que « Nous sommes un pays neutre et nous n’interférons pas dans les affaires internes libyennes. Ce qui s’est passé est très grave car cela place le pays dans un camp contre un autre en Libye. C’est pourquoi nous avons demandé d’inscrire cette question à l’ordre du jour de la prochaine plénière au Parlement », a-t-il affirmé. 
Dans le même ordre d’idées, Hichem Ajbouni, président du bloc démocratique a souligné à Mjalla que « Le président du parlement a dépassé ses prérogatives fixées par la Constitution et le règlement intérieur de l'ARP au sujet du dossier libyen ». Le président du bloc démocratique, a ajouté que « la majorité des composantes de la coalition au pouvoir dénonce cette attitude de Ghannouchi. Par ailleurs, le bloc a invité les partis politiques, toutes sensibilités confondues, à s'attacher à la position officielle de la Tunisie qui rejette toute ingérence militaire en Libye. Pour Mustapha Ben Ahmed, président du bloc parlementaire Tahya Tounes « Pourla Tunisie, le règlement politique de la crise libyenne passe obligatoirement par le dialogue.
Même son de cloche chez le bloc  " Al Moustakbal " qui a réclamé, dans une déclaration conjointe avec trois autre blocs parlementaires rendue publique dont Majalla en a reçu une copie qu’il faut «soumettre cette question en plénière ». Les signataires de ce communiqué appelé la présidence de l'Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) à « respecter les usages diplomatiques et à éviter d'interférer dans les prérogatives des autres pouvoirs. Cette déclaration fait suite "à l'immixtion à répétition du président de l'Assemblée des Représentants du Peuple Rached Ghannouchi dans la politique étrangère tunisienne, ce qui de fait, « implique l'Etat tunisien dans les conflits intérieurs de certains pays et dans les luttes des axes régionaux, en totale contradiction avec les positions officielles ».




Des barrières ont été installées devant le siège du Parlement tunisien pour empêcher la tenue du sit-in d’Errahil.

Ne plus s’exprimer au nom de l’ARP

En effet, ces groupes  ont demandé à la présidence du parlement à « ne pas impliquer l'ARP dans la politique des axes, et à rester cohérente avec les principes et constantes de la diplomatie tunisienne ». Ils estiment que ni la Constitution ni le règlement intérieur du parlement n'accordent de prérogatives au président de l'ARP lui permettant de s'exprimer, au non de l'Assemblée. «  Les positions exprimées et émanant de la présidence de l'ARP en ce qui concerne les affaires étrangères, ne représentent nullement la position de l'ARP et ne l'engage en rien tant que ces positions n'ont pas été débattues et approuvées en plénière " lit-on dans le texte de la déclaration dont Majalla en a reçu une copie.
" L'entretien entre Ghanouchi et Fayez El Sarraj constitue un dépassement des institutions de l'Etat, et implique la Tunisie dans le conflit libyen aux cotés du mouvement des Frères musulmans et de leurs alliés » estiment les partis politiques.
Certains de ces partis ont demandé de Kaïs Saïed de réagir aux positions de Rached Ghannouchi, lesquelles estiment qu'elles « s'inscrivent dans la case des accusations visant la Tunisie au sujet d'un appui logistique qu'elle accorderait à la Turquie dans son agression contre la Libye ».

Grève de la faim au Parlement
Dans le même contexte, le bureau politique du Parti destourien libre (PDL) a décidé de poursuivre le sit-in des députés de son bloc parlementaire au siège annexe de l’hémicycle, en réaction au refus de la demande du parti d’auditionner le président du parlement, Rached Ghannouchi et de soumettre la question au vote en séance plénière. Le bureau politique du PDL annonce sur sa page officielle "une grève de la faim progressive" qu'entamera le député Majdi Boudhina et la signature d'une pétition appelant le président de l'Assemblée des représentants du peuple, Rached Ghannouchi à rendre des comptes tout en persistant sur sa demande la nécessité de lui retirer la confiance.
Le bureau politique du PDL fait savoir également que des correspondances seront adressées à des parlements internationaux dans ce sens.
Le bureau de l'ARP avait rejeté un des points soumis par le groupe parlementaire PDL pour examen demandant l'audition du président du parlement pour « absence de fondement juridique ».
Ceci-dit, les maux du parti Ennahdha ne datent pas d'aujourd'hui, mais remontent à la période pré-électorale quand les divergences entre ses dirigeants faisaient la une des journaux et ne cessaient d’apparaître au grand public et d'être exposés sur les plateaux télévisés. Inutile de rappeler les déclarations "choquantes" de Mohamed Ben Salem, lorsqu'il a même accusé des dirigeants d'Ennahdha d'avoir « tissé des liens avec corrompus ». Les différentes démissions au sein de ce parti à commencer par Abdelhamid Jelassi arrivant à Abdelfateh Mourou en passant par Zied Ladhaari, ne faisaient que dévoiler une crise de nature politique qui ne cesse de s'emparer du parti durant la dernière période.  
Car en effet, les divergences d'hier n'ont pas été dépassés et la tension ne cesse de monter au sein du parti de Rached Ghannouchi d'autant plus qu'Ennahdha est face à un tournant historique : Céder sa présidence à une nouvelle figure et tourner la page de Rached Ghannouchi en tant que président du parti, celui qui ne cesse de multiplier les efforts et manœuvres politiques en vue d'assurer une nouvelle légitimité, mais surtout un nouveau mandat au sein du parti islamiste, pourtant cette fois-ci la résistance est de taille. Et c'est dans ce contexte déjà brouillé et tendu, que le dirigeant très médiatisé du parti Abdelfatah Mourou a choisi d'enfoncer le clou. L’ancien vice-président de l’Assemblée des représentants du peuple et un des leaders très connus du mouvement Ennahdha a annoncé, pour la énième fois, son retrait de la vie politique et du mouvement Ennahdha, mais cette fois il parait que c'est la bonne puisqu'il affirme qu'il est devenu « un simple décor » au sein du parti. Lui qui assure que sa décision émane d’une « remise en question sur ses performances politiques et sa perception de l’étape actuelle » tient à souligner qu'une grande crise s'est emparée de son parti. En effet, ce ténor du mouvement islamiste a multiplié, ces derniers jours, les apparitions médiatiques avec un seul message: « Ennahdha fait face à de grandes difficultés ».
 




Sit-in au Parlement tunisien revendiquant l’audition de Ghannouchi.

Pétition sur une fortune
Mais cet incident diplomatique et les démissions à profusion au sein du parti islamiste, ne sont pas les seuls péchés de Ghannouchi selon les observateurs. En effet, une pétition massivement partagée à l’heure actuelle sur les réseaux sociaux lancée par Anis Mansouri, un activiste de la société civile, appelle à soumettre la fortune de Rached Ghannouchi à un audit. « Un audit que piloterait un comité indépendant composé notamment de représentants de: l’UGTT, l’UTICA, la LTDH, l’Ordre des avocats,  l’INLUCC, la Cour des comptes et l’Ordre des experts comptables », lit-on dans cette pétition dont Majalla en a reçu une copie.
Se basant sur des médias égyptiens qui affirment que Rached Ghanouchi, dont l’activité se limite à l’exercice de la politique, possède une fortune qui dépasse neuf milliard de dollars, soit le cinquième du budget de la Tunisie, les signataires se demandent comment et où a-t-il pu amasser une telle fortune? Telles sont les interrogations que se posent les signataires.
Enfin, ces signataires par milliers, précisent que cette initiative ne vise pas uniquement Rached Ghannouchi. Mais aussi d’autres personnalités politiques, telles que: Noureddine Bhiri; Mohamed Ben Salem; Hamadi Jebali; Sofiène Toubel; Imed et Abdelmonem Daïmi; ou encore Slim Ben Hemidane.

Dissolution du bureau politique
Coup de théâtre ou diversion ? Dans la nuit du lundi 11 au mardi 12 mai 2020, le parti islamiste Ennahdha a annoncé la dissolution de son bureau politique sur décision de Rached Ghannouchi. Dans un communiqué le mouvement revient sur les raisons de cette dissolution de son bureau exécutif, décidée par son chef, Rached Ghannouchi.
«Suite aux informations ayant circulé sur la dissolution du bureau exécutif, nous tenons à préciser que le président du mouvement Rached Ghannouchi a annoncé, mercredi dernier, son intention d’apporter certaines modifications à sa composition, pour répondre aux exigences de la conjoncture actuelle», lit-on dans le communiqué d’Ennahdha, publié après que plusieurs médias aient relayé l’information relative à la décision du chef islamiste.
Ennahdha a confirmé dans ce même communiqué que l’actuel bureau exécutif a été chargé des affaires courantes, tout en appelant tous ses membres à poursuivre leurs missions, jusqu’à la mise en place des modifications et de la nouvelle composition, après son adoption par le conseil de la Choura.
De ce fait, la rentrée politique après l’Aïd et la fin de la pandémie augure d’un séisme politique en Tunisie où le mouvement Ennahdha sera entre l’enclume et le marteau. Pour certains observateurs, cette manœuvre politique qui a bouleversé d'une manière ou d'une autre le temple bleu de Montplaisir, vise à régler certains comptes politiques en interne, mais aussi à rappeler à tout le monde que seul Ghannouchi, le leader historique d'Ennahdha, tient les commandes du parti en dépit de ses engagements au parlement. Les évènements qui s'enchainent à un rythme effréné du côté de Montplaisir font en tout cas craindre les sympathisants du parti de le voir au bord de l'implosion. D’autant plus que les appels au départ du Ghannouchi du Parlement et à changer le système politique en Tunisie.Notons que Fatma Mseddi, ancienne députée de Nidaa Tounes, mène actuellement une campagne, avec d’autres activistes, une campagne appelant à la dissolution du Parlement, mais aussi à un sit-in « Errahil 2 », devant le siège de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) au Bardo, à partir du 1er juin. Toutefois, les habitants du Bardo, à Tunis, ont été surpris par l’installation, ce mercredi 27 mai, de dispositifs sécuritaires sous forme de barrières devant à la grande place du Bardo.Mais ce qui est étonnant, c’est que ni le maire du Bardo, ni les autorités sécuritaires ne sont au courant de ces mesures prises.