Les activités artistiques mises en veille

Le COVID-19 et son impact sur la culture en Algérie

l’Office national de la culture et de l’information (ONCI) a étoffé ses activités culturelles et artistiques via les plateformes des réseaux sociaux, pour accompagner les familles algériennes durant les soirées du mois sacré de Ramadhan
 
* L’Algérie a été sur le point de tenir la 14e édition du Festival national du théâtre professionnel qui devait également accueillir le colloque scientifique ‘’Trait d’union’’ sous la tutelle de l’organisation arabe du théâtre, en mars dernier
 
* Itutions théâtrales recourent à des sites Web, des pages et de forums sur Facebook et les adoptent en tant que mémoire documentaire audiovisuelle, à travers laquelle des performances théâtrales, nouvelles et anciennes, sont présentées et des débats sont également lancés

La scène culturelle en Algérie, comme dans le reste du monde, est mise en veille à cause de la crise sanitaire provoquée par l’épidémie du coronavirus. Ainsi, des festivals ajournés, salles de spectacles fermées et activités culturelles suspendues. Rappelons que les mesures de suspension pour endiguer la propagation du nouveau coronavirus concernent toutes les activités de cinéma, de théâtre et de musique prévues pour ces trois derniers mois, dans l’ensemble des espaces et établissements culturels, publics et privés. Le confinement sanitaire a aussi entraîné la fermeture des salles de cinéma, alors que les activités de la cinémathèque algérienne et des ciné-clubs sont, elles, à l'arrêt sur l'ensemble du territoire national. Ainsi, et face à cette situation qui n’augure rien de bon, et afin de préserver leurs liens avec le public, grand nombre d’artistes se tournent vers les réseaux sociaux pour se retrouver avec leurs publics alors que d’autres s’inspirent de l’actualité pour en faire des poèmes.  Ainsi, vivre de son art a de tout temps été un challenge pour les artistes algériens réduits à guetter l’approche du mois du jeûne pour espérer décrocher un contrat, une aubaine devenue encore plus illusoire cette année où l’activité culturelle est à l’arrêt et la population confinée. Epidémie du Covid-19 oblige. Pour les comédiens et acteurs, la  suspension des tournages de feuilletons, sitcoms et autres tournées artistiques vient s’ajouter à l’irrégularité des contrats, plutôt rares et synonymes, pour eux, de difficultés sociales et financières au quotidien. Et la situation des artistes indépendants, tributaires de contrats saisonniers pour travailler et espérer gagner de quoi subsister le reste de l’année, est encore plus précaire en ces temps de crise sanitaire et de confinement des populations, contraintes d’arrêter ou de réduire drastiquement activités sociales, économiques et culturelles. Ainsi, face à cette pandémie qui affecte tous secteurs, les artistes algériens vont pâtir financièrement et moralement de cette mise au chômage aussi inattendue que brutale, en plein haute saison artistique.Pour beaucoup d’artistes, le confinement va finir par anéantir l’activité culturelle, déjà sclérosée. Seul bémol : la crise sanitaire et la distanciation sociale imposée à tous est tout de même propice à l’écriture et à la création. En outre, l’activité des librairies est au pluriel. Depuis le confinement, l’ensemble des librairies implantées sur le territoire national ont perdu le plus grand chiffre d’affaires sur les trois derniers mois. Les pertes des mois prochains s’annoncent, à coup sûr, des plus lourdes. C’est pour cela qu’il est urgent d’instaurer une véritable politique de la chaîne du livre, en instaurant entre autres des aides d’urgence pour les professionnels du livre.


 
Savoir prendre son mal en patience
En tout cas, de l’avis général, l’épidémie du nouveau coronavirus et les bouleversements qu’elle a induits sont tout simplement catastrophiques, sur tous les plans. Cette situation peu reluisante a fait réagir la ministre de la Culture, Malika Bendouda, qui a décidé d’intervenir par l’octroi d’aides aux artistes dont les activités ont été suspendues par mesure de confinement. Sont concernés, les professionnels de l’art, adhérents de l’Office national des droits d’auteurs et droits voisins (ONDA) ainsi que les artistes affiliés au Conseil national des Arts et des Lettres (CNAL). Si elle approuve la décision des pouvoirs publics de débloquer des subventions aux artistes en difficulté conjoncturelle, certains artistes ne manquent pas de souligner que c’est bien l’absence d’un statut ad hoc qui les a précarisés et laissés sans protection. Ce statut, les professionnels de l’art le réclament à cor et à cri depuis des lustres. Par ailleurs, l'ONDA a affirmé que le soutien, annoncé par la ministre de la Culture, Malika Bendouda, au profit des artistes impactés par le Coronavirus allait bon train, assurant que les parties concernées étaient mobilisées pour mener à terme l'opération dans les plus brefs délais. « A l'issue de la date butoir, il a été recensé 5517 inscrits via internet, fax et poste. Les dossiers réceptionnés réunissaient toutes les conditions préalables, à savoir: affiliation à l'ONDA ou au Conseil national des arts et des lettres (CNAL), être en possession d'un relevé d'identité bancaire (RIB) et une éventuelle affiliation de l'intéressé à un organisme de sécurité sociale », précise-t-on. L' Onda annonce avoir versé les droits via des comptes bancaires et en cash au profit de 319 bénéficiaires inscrits jusqu'au 28 avril dernier, suivi d'une seconde liste de 781 adhérents recensés au 3 mai courant, dans l'attente d'autres opérations dans les jours prochains. A ce propos, l'Onda déclare dégager toute responsabilité dans le retard et la lenteur dans le traitement des dossiers, affirmant qu'il s'agit d'un recensement requérant une révision des dossiers à mettre en conformité avec les lois régissant la structure. L'Office rassure les inscrits que les dossiers sont traités avec beaucoup d'intérêt et que la vérification de la conformité nécessite du temps et des efforts.



Des plateformes des réseaux sociaux pour substituer au théâtre  
Cependantvivre en confinement ne signifie pas l'ennui tout le temps. Depuis le début du mois de ramadhan, des spectacles en ligne sont animés par des artistes des quatre coins du pays. De la musique et des spectacles sont proposés chaque jour sur les chaînes YouTube des différentes institutions culturelles, pour les enfants comme pour les adultes. A cet effet, l’Office national de la culture et de l’information (ONCI) a étoffé ses activités culturelles et artistiques via les plateformes des réseaux sociaux, pour accompagner les familles algériennes durant les soirées du mois sacré de Ramadhan, en cette période de confinement instauré pour endiguer la propagation du nouveau coronavirus (Covid-19). Ainsi, l’ONCI assure, quotidiennement, une diffusion exclusive de sélections de représentations et de concerts d’artistes algériens qui ont brillé dans différents styles de notre patrimoine musical, outre des représentations éducatives et de distraction pour les enfants. Ce programme de diffusion vise à établir des passerelles entre l’artiste et son public dans un monde virtuel, à travers un rendez-vous quotidien pour la diffusion de soirées artistiques et un rendez-vous hebdomadaire durant l’après-midi pour les enfants sur les espaces numériques officiels de l’office, à savoir : YouTube, la page officielle sur Facebook ainsi que les comptes officiels sur Twitter et Instagram, conformément à un programme très variant. En outre,  du théâtre, du chant, de la musique traditionnelle et moderne sont diffusés sur les chaînes YouTube du théâtre national Mahieddine-Bachtarzi. De la musique andalouse, du chaoui, staifi et autres représentant la richesse artistiques de notre patrimoine, est présentée par des artistes de renommée nationale et internationale. Il est à noter que le programme de chaque jour est communiqué sur la page Facebook. De son côté, l'Office de gestion et d'exploitation des biens culturels (OGEBC) a proposé à son public, des visites guidées virtuelles quotidiennes de musées et de sites archéologiques algériens sur ses pages des réseaux sociaux, a-t-on appris auprès de l'Office. Une première visite guidée virtuelle en vidéo des ruines de la ville d'Hippone (Annaba) a été déjà publiée cette semaine, et d'autres visites et publications sur différents sites suivront de manière quotidienne. Cette initiative a été prise par l'OGEBC suite à la fermeture au public des musées et sites dans le cadre des mesures de prévention contre la propagation du Covid-19, précise l'Office. Ces publications élaborées par des guides, des archéologues ou des conservateurs sont disponibles sur les pages de l'OGEBC sur les réseaux sociaux ainsi que sur sa chaîne YouTube. Par ailleurs,  mettant à profit cette période de confinement, le Cnca (Centre national de la cinématographie et de l’audiovisuel) a organisé sur une semaine les journées virtuelles du court métrage. Ce premier coup d'essai a sans doute permis de susciter des vocations parmi des réalisateurs amateurs et, pour le public, d'apprécier de nouvelles approches cinématographiques parmi la vingtaine de films diffusés. Toutefois, la situation n'est guère plus reluisante pour le théâtre qui a suspendu ses activités et reporté tous ses rendez-vous. Le Théâtre national algérien qui devait abriter le 14e Festival national du théâtre professionnel (Fntp) a dû se résigner à l'annuler, tout comme les théâtres régionaux qui ont fermé leurs portes au public, jusqu’à nouvel ordre. Le planning musical s'en trouve également bouleversé et tous les concerts décommandés. Ainsi l’Opéra d'Alger a-t-elle reporté tous ses rendez-vous artistiques programmés, dont le Festival international de musique andalouse et des musiques anciennes.



Les mesures de suspension des activités culturelles prolongées
En somme, sur le plan culturel, la pandémie a provoqué la fermeture des institutions culturelles, notamment des théâtres. L’Algérie  a été sur le point de tenir la 14e édition du Festival national du théâtre professionnel qui devait également accueillir le colloque scientifique ‘’Trait d’union’’ sous la tutelle de l’organisation arabe du théâtre, en mars dernier, mais ils ont été reportés, ainsi que toutes les représentations théâtrales et les activités artistiques qui devaient les accompagner. En un instant les artistes algériens se sont retrouvés confrontés à un état d’impuissance, et se sont rabattus sur les moyens de communication électroniques via Internet tels que Facebook, YouTube, WhatsApp et d’autres. Toutefois, les différentes institutions culturelles ont pu reprendre vie, via des plateformes virtuelles et des forums électroniques qui se sont imposés comme des alternatives puissantes pour stimuler la vie théâtrale de manière plus puissante et efficace. Les institutions théâtrales recourent à des sites Web, des pages et de forums sur Facebook et les adoptent en tant que mémoire documentaire audiovisuelle, à travers laquelle des performances théâtrales, nouvelles et anciennes, sont présentées et des débats sont également lancés. En outre, le Forum virtuel du théâtre algérien, a permis de réunir des universitaires et des créateurs du théâtre d’Algérie et de l’étranger pour discuter de divers sujets liés à l’art théâtral. Ce forum virtuel, a soulevé de nombreuses questions avec une vision scientifique qui a permis à la presse algérienne de se rapprocher des mécanismes de l’industrie du spectacle. De nombreux théâtres régionaux ont émis des forums similaires à l’image des théâtres de Djelfa, Biskra et El Eulma et bien d’autres. Ainsi, cette pandémie a offert aux artistes algériens, une nouvelle approche pour faire avancer la vie théâtrale et la stimuler, mais aussi regrouper sa mémoire dispersée. Mieux encore, certains hommes de théâtre ont pris des initiatives individuelles pour revitaliser le mouvement théâtral, en écrivant des articles, et les noms sont nombreux et reflètent vraiment la prise de conscience de cette élite dans son engagement à faire évoluer l’acte culturel vers l’excellence. Enfin, espérons qu’après la disparition de la pandémie, notre théâtre algérien reviendra avec plus de force que ce soit dans la réalité ou dans l’espace virtuel. Il convient de rappeler par ailleurs, que Les mesures de suspension des activités des espaces de culture et des établissement sous tutelle du ministère de la Culture, prises dans le cadre de la prévention contre la propagation du Covid-19, ont été prolongées jusqu’à nouvel ordre, a indiqué ce département ministériel dans un communiqué. «Les responsables des espaces de culture et des établissements sous tutelle activant dans tous les domaines culturels y compris le secteur cinématographique ont été signifiés de la suspension des activités jusqu’à nouvel ordre, et ce dans le cadre des mesures prises par le ministère de la Culture depuis l’apparition du nouveau coronavirus », a précisé le communiqué. Dans ce cadre, le ministère dit porter à la connaissance de l’ensemble des professionnels que « les autorisations de tournage de films cinématographiques et documentaires délivrées par la Direction du développement et de la promotion des arts sont gelées jusqu’à la fin du confinement », a ajouté le communiqué. Soulignant que les producteurs contrevenants s’exposeront aux peines prévues par la loi, le ministère de la Culture a appelé l’ensemble des acteurs du secteur cinématographique à se conformer à ces mesures pour éviter la survenance de tout incident en cette conjoncture délicate.