INNOCENT KAGBARA: IL FAUT PRIVILIGIER LE DIALOGUE POUR EVITER LES GUERRES

*  notre pays s'est lancé sur les rails avec l'organisation des élections locales synonymes de décentralisation
 
* Le Togo entretient de bonnes relations de coopération avec les pays arabes et les pays du Golfe. Nous avons une ambassade d'Égypte au Togo, nous avons une représentation diplomatique au Koweït dans le Golfe pour ne citer que ceux-là

 

Lors des élections présidentielles de février 2020, les Togolais ont découvert le plus jeune candidat, Innocent Kagbara. Surnommé ; le Macron africain, né le 12 janvier 1980, à Lomé, de parents chrétiens catholiques, il aurait pu être le plus jeune Chef d’Etat de République en Afrique. Très très actif sur le terrain politique, diplômé de l'Université Privée IAEC Lomé, options finances-banque et communication où il décroche plusieurs diplômes. Après son Master en gestion des projets, il a poursuivi ses études au Canada. Actuellement, il est un doctorant en gestion. 
Pour soutenir les Etats africains dans leur lutte contre le sous-développement, l’honorable Innocent KAGBARA a cofondé en 2012, UK Investment Group, une plateforme de services en matière d’investissement qui œuvre dans le social. Il est actuellement membre du conseil d’administration et Président Directeur Général du Groupe. Il élabore et pilote plusieurs projets d’ordre social, économique, culturel, éducationnel.
Il est député à l'Assemblée Nationale, Président de la Commission de l'Education et du Développement Socioculturel de l'Assemblée Nationale et Président National du Parti Démocratique Panafricain(PDP).
 
 
 
 
LA MAJALLA : Pouvez-vous nous parler de votre pays le Togo 
Innocent KAGBARA :Je vous remercie pour l'opportunité que vous nous offrez à travers votre magazine. Parler de mon pays le Togo ne sera pas un exercice facile tellement, il y a beaucoup de choses à dire sur mon pays. Mais j'essayerai brièvement de dire l'essentiel.
Le Togo est un État souverain d’Afrique de l'Ouest, dont la population est estimée en 2020 à environ 8,6 millions d’habitants pour une densité de 152 hab./km2. Parmi les plus petits États africains continentaux, le Togo est 9e avec une superficie de 56 785 km2, s’étirant sur environ 700 km du nord au sud avec une largeur n’excédant pas 150 km, limité au nord par le Burkina Faso, au sud par le golfe de Guinée, à l'est par le Bénin et à l'ouest par le Ghana. Le Togo fait partie de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) depuis 1975, de l'UEMOA depuis 1994 et est un pays membre de l'Organisation de la coopération islamique. Il compte 39 préfectures. Nos principales ressources minières sont le phosphate, le fer, le marbre. Parmi les ressources agricoles, on peut citer essentiellement le coton, le café, le palmier à huile.
Premier port en eau profonde de l'Afrique de l'Ouest, le port de Lomé est une destination sûre pour les pays enclavés de la région pour l'importation et l'exportation de leurs produits.
LA MAJALLA : et sur le plan politique !
-Sur le plan politique, le pays a connu trois élections majeures en trois ans, notamment les élections législatives en 2018, les élections municipales en 2019 et les élections présidentielles en février 2020. Les élections législatives ont permis à notre parti de gagner dans la circonscription électorale de Dankpen. Ce qui a permis mon entrée au parlement en tant que député et par la suite Président de la commission de l'éducation et du développement socioculturel de l'Assemblée Nationale. Nous avons également obtenu des sièges de conseillers municipaux après les élections locales.
Bref, notre pays s'est lancé sur les rails avec l'organisation des élections locales synonymes de décentralisation. Ainsi, toutes les communautés pourront participer effectivement au développement de leur milieu respectif et ce, avec le soutien des plus hautes autorités.
LA MAJALLA: Parlons des défis !
-Nous pouvons dire que le gouvernement togolais a mis en œuvre plusieurs programmes à l'intention des jeunes diplômés sans emplois pour faire face à la problématique du chômage dans le pays. Des programmes très ambitieux qui ont permis à plusieurs jeunes de se frotter au monde du travail. Parmi ces programmes nous pouvons citer, le Fonds d'Appui aux Initiatives Economiques des Jeunes (FAIEJ),  le Programme de Volontariat National (PROVONAT), le Mécanisme Incitatif de Financement Agricole (MIFA). Tous ces programmes, il faut le souligner, prennent en compte tous les secteurs d'activités et appellent les jeunes à entreprendre dans un environnement sain avec des facilités accordées pour leur installation et la rentabilité de leurs activités. Nous pouvons également évoquer le climat des affaires. A ce niveau, il est aujourd'hui aisé à tout concitoyen de pouvoir créer en 24h sa propre entreprise.
Les indicateurs internationaux montrent aussi un satisfecit par rapport aux efforts du gouvernement pour faire du pays une destination de choix pour les investisseurs étrangers. Et le climat de stabilité dans la sous-région est un paramètre important.
Au niveau de notre parti, le Parti Démocratique Panafricain, nous avons également initié et mis en œuvre des programmes humanitaires *Assilassimé*  pour venir en aide à nos populations en ces périodes difficiles liées à la pandémie du Coronavirus.
Aussi le programme dénommé ''AMELEMIASSI'' à travers notre ONG RAFSET qui veut dire littéralement, nous avons quelqu'un, vient donner du souffle aux communautés nécessiteuses en leur offrant des kits alimentaires, des dispositifs de lavage des mains, des gels hydroalcoliques et des cache-nez, une assistance psychologique, et une assistance médicale. 
Nous avons aussi mis en place un programme d'octroi de 5000 bourses aux étudiants-entrepreneurs pour régler le problème du chômage et aider les populations rendues vulnérables par la Covid-19. 
Bientôt se tiendra également à notre initiative le premier forum africain sur la finance islamique.
 
LA MAJALLA : À la dernière élection présidentielle de février 2020, vous étiez le plus jeune chef de parti politique en Afrique et plus jeune candidat aux élections présidentielles dans un pays africain, pourriez-vous nous exposer quelques grandes lignes du programme.
- J'avais présenté un programme de société ambitieux dénommé ''Les graines de l'émergence''. Mais malheureusement, vous l'avez appris, ma candidature a été purement et simplement rejetée pour des raisons floues. Ce que mon parti et moi avons accepté sportivement. Il faut dire que notre combat au sein du PDP relève du socialisme démocratique dont les valeurs essentielles sont la liberté, la justice sociale et l'égalité de tous. 
Le pragmatisme, le réalisme, l'humanisme ont une grande place dans le programme avec pour objectifs: la réduction de la pauvreté, l'atteinte de pays émergent, la promotion de la démocratie et de l'unité nationale dans le respect de la dignité humaine.
Pour atteindre ces objectifs, le programme se résume à 30 projets phares qui sont entre autres, l'introduction de l'assurance maladie universelle, la création d'une maison de production aux artistes, porter la subvention aux agriculteurs à 3 milliards, augmenter l'aide de l'Etat à la presse à 1 milliard et créer un Fonds d'aide aux études.
 
LA MAJALLA: Comment définir le système éducatif chez vous?
-Sur le plan de l'éducation, je pense que mon pays le Togo a toujours été cité comme un exemple dans la sous-région par rapport à la qualité de l'enseignement. D'ailleurs, les deux universités du pays le démontrent, de même que les instituts privés qui accueillent un nombre important de ressortissants étrangers. Nous avons des écoles françaises, canadiennes et américaines qui sont installées ici au Togo et qui dispensent aussi les programmes français, américain et canadien.
 
LA MAJALLA: Est-ce que vous investissez dans l'éducation ou comme la plupart des pays africains, vous priorisez l'armement ?
-Vous savez l'avenir d'une nation, c'est l'éducation de ses enfants. Et donc, je peux vous assurer que notre gouvernement consacre un important budget au secteur de l'éducation chaque année. L'éducation reste une priorité des autorités.
Mais ceci étant, vous convenez avec moi, que l'état ne peut pas aussi négliger les questions de sécurité et de souveraineté nationales devant les menaces terroristes non loin de chez nous, au Mali et au Burkina Faso. Et donc, il est indispensable que le pouvoir qui a le devoir de protéger leur population dispose d'une armée formée et bien équipée, capable de faire face à toute tentative de déstabilisation. Et pour ceci, il faut également des moyens financiers.
Aussi bien l'éducation que la sécurité préoccupe au plus haut niveau les autorités. N'oubliez pas que pour faire des études, on ne peut le faire que dans un climat de paix et de sécurité.
 
LA MAJALLA: Avez- vous des communautés arabo- musulmanes dans votre pays ?
-Bien sûr, nous avons des communautés arabo-musulmanes chez nous au Togo. Et elles vivent en paix. Le Togo est un État laïc où toutes les communautés religieuses vivent en paix et harmonie.
Chaque année, il y a des milliers de Togolais qui vont au pèlerinage à la Mecque. Malheureusement, cette année, le pèlerinage n'est pas autorisé pour les autres pays autres que l'Arabie Saoudite à cause de la pandémie du Coronavirus.
 
LA MAJALLA: Avez-vous une coopération avec les pays arabes ou la souhaitez-vous notamment avec les pays du golfe?
-Le Togo entretient de bonnes relations de coopération avec les pays arabes et les pays du Golfe. Nous avons une ambassade d'Égypte au Togo, nous avons une représentation diplomatique au Koweït dans le Golfe pour ne citer que ceux-là. Le Ministre des Affaires Étrangères s'est plusieurs fois rendu dans les pays du Golfe pour signer des accords de partenariat avec plusieurs institutions aussi bien arabes que du Golfe persique. Je crois que ces relations apportent beaucoup à notre pays.
LA MAJALLA: Suivez-vous les problèmes africains et le terrorisme au Sahel?
-Nous suivons avec une très grande attention tout ce qui se passe autour de nous surtout au Sahel avec les nombreux attentats au nord du Mali avec la perte de vies humaines, la guerre au Darfour, en Somalie, les attaques terroristes au Burkina voisin, les attaques de la secte Boko-Haram au Nigeria, l'attentat de Grand-Bassam en Côte d'Ivoire, etc. Nous disons que devant la menace terroriste qui a surgi en Afrique, nos États doivent obligatoirement mutualiser leurs forces pour venir à bout de cet ennemi commun.
 LA MAJALLA: Il y a de fortes tensions en Afrique du Nord, en Libye qui est devenue une terre préférée des terroristes, l’Égypte avec l’Ethiopie et son barrage de la renaissance 
-Vous savez, depuis la mort du Colonel Mouammar Kadhafi,  la Libye est en proie à des violences de tous genres et le pays vit une instabilité sans précédent. Beaucoup d'armes circulent dans la région et sont détenues par des groupes terroristes.
Je crois que les Nations-Unies dont le rôle principal est de maintenir la paix dans le monde doivent redoubler d'efforts et prendre des résolutions fermes pour arrêter l'hémorragie. Mais le nœud gordien reste l'épineuse question du financement du terrorisme. A qui profite cette situation d'instabilité dans la région ?
Il ne faut pas occulter les gros intérêts qui se cachent derrière tout ce chaos à caractère géopolitique.  Et pour le barrage éthiopien,  il faut privilégier le dialogue. C’est pourquoi l’Egypte a appelé le Conseil de sécurité de l’ONU à intervenir dans le conflit qui l’oppose à l’Ethiopie sur son méga barrage sur le Nil, source de vives tensions régionales, et dont le Caire redoute les conséquences sur son approvisionnement en eau. Nous savons que cette demande intervient alors que les négociations entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie sont au point mort, les trois pays ne parvenant pas à trouver un accord, notamment sur un mécanisme de partage des eaux, la solution passe par le dialogue, le continent africain doit réagir, les guerres ne résoudront jamais les problèmes, au contraire. Il faut tout faire pour éviter les guerres.