Le peuple de Damas ... des gens bien pris par la faim

Entre une crise alimentaire, de carburant, une Lire chancelante et pénurie de médicaments

* Au cours des derniers jours, il y a eu de nombreuses publicités pour vendre des reins à cause du besoin
* Le taux de pauvreté global a culminé à 89,4% fin 2016
* Après la dévaluation du taux de change de la Lire d'une manière brutale, les commerces tournent avec une pertequi ne permet pas de compenser les prix d’achat et l’acquisition de nouvelles marchandises.
* Buthaina Chaâbane, conseillère du président Al-Assad, appelle la population à rester ferme face à la détérioration terrifiante de la Lire.
* La crise est une division sur la variation du taux de change du dollar, où le gouvernement s'est engagé à fixer le prix du dollar à 700 Lires, alors que le prix a dépassé sur le marché parallèle 2800 Lires pour la première fois de son histoire et près de 3800 ces derniers jours
* Le salaire moyen d'un fonctionnaire diplômé, atteint au mieux, 60 000 Lires syriennes, soit l’équivalent de 3 kilogrammes d'agneau
*Les enlèvements dans le but de demander une rançon, le vol qualifié et le meurtre en public prolifèrent en l’absence de contrôle donnant lieu à l'impunité de leurs auteurs, sont devenus le sujet de prédilection des conversations matinales.
* La fermeture des usines a entraîné la perte de la plupart des types de médicaments dans les pharmacies, la fermeture de nombreuses pharmacies ou à une vente limitée aux désinfectants et stérilisateurs fabriqués localement. Quant aux médicaments importés, leurs prix ont augmenté de manière que le citoyen ordinaire ne peut plus s’en procurer.
* Il y a une grande pénurie de médicaments de qualité, les entrepôts des syndicats de pharmaciens sont "vides", mais le ministre de la Santé a confirmé "qu'il n'y a pas d'interruption d'approvisionnement en médicaments"

 

Londres : Une activité intense ponctue la vie quotidienne à Damas. Marchés bondés, rues très animées, arbres ombrageantles vieux bâtiments, des enfants qui se démènent sur les places publiques, des embouteillages ‘’monstre’’, bousculades des étudiants et des lycéens dans les restaurants... Ainsi se présente Damas une ville mystérieuse qui s’accroche à la vie et à l’espoir après tant d’années de résistance et de guerre qui n'ont pas réussi à lui ôter la joie de vivre. 
Ainsi peut sembler la scène quotidienne dans cette ville au visiteur étranger. Mais la vérité est tout à fait contraire. Damas est aujourd'hui épuisée, de laquelle émane l'odeur de la mort, de la faim, de la pauvreté et de la pauvreté. Ses habitants trouvent à peine le goût de la vie et côtoient la mort au plus près chaque jour. 
Peut-être fuient-ils l’ambiance maussade des maisons sombres, qui sont devenues étouffantes par le poids des responsabilités et des exigences de leurs familles face à des mains incapables de subvenir à tous les besoins. 
Leurs palabres dans les rues portent sur le coût élevé de la vie, la situation difficile et à l'incapacité de répondre aux exigences de la vie.
En déambulant dans ses rues, on lit le récit d’un quotidien dur sur les visages fatigués et des regards fuyant toutes discussions avec des yeux rivés sur des années de guerre et des crises successives allant de la crise alimentaire en passant par celle du carburant, de la lire, puis des médicaments, qui ont affecté leurs ressources. "Je le jure, j'ai vu mon voisin dans l'un des quartiers de Damas se transformer en vendeur à la sauvette crier pour vendre des vêtements, après que son usine ait été détruite lors d'une bataille de la campagne de Damas », raconte Rama qui ajoute que depuis « il a quitté la maison adjacente à notre maison et nous n'avons plus eu de ses nouvelles jusqu'à aujourd'hui."
Un faux symbole de résilience
Damas a pu se maintenir à l’écart des affrontements et de la violence armée, qui en ont fait un symbole de la "résistance d'Assad et de ses forces", comme les loyalistes du régime aiment à le dire, ayant recours à des scènes filmées de ses rues pour montrer la stabilité de la situation et la forte emprise d’un régime capable d'empêcher l'État de tomber, comme l’assurent toujours les responsables. Mais en réalité, Damas est classée dernièredans le rapport du magazine spécialisé « The Economist » sur les villes où il fait beau vivre.
En effet, le taux de pauvreté extrême - en tant qu'indicateur de la privation alimentaire - était inférieur à 1% en Syrie en 2010, et durant le conflit, la Syrie a connu une expansion de la pauvreté extrême à 44,9% en 2016.  Le rapport montre que le taux de pauvreté global a culminé à 89,4% à la fin de l'année. L'augmentation des prix des denrées alimentaires dans différentes régions a entraîné une détérioration de la capacité des populations à répondre à leurs besoins quotidiens, selon le rapport sur les "Impacts du conflit syrien" publié par le Centre syrien de recherche et des politiques, qui montre que le taux de pauvreté total a culminé à 89,4% fin 2016.
Pour sa part, Nour témoigne que le lait pour nourrissons qu'elle apportait à son bébé de neuf mois était à 2200 Lires au début de cette année, mais qu’elle l'achète aujourd'hui à 4200Lires, sauf qu'elle le trouve rarement disponible, et qu’elle doit le chercher en parcourant plusieurs magasins ou en le sollicitant dans d'autres provinces et chercher à le stocker. Concernant les prix de la viande, elle assure avoir acheté un kilo de viande d'agneau à 19 mille lires il y a quelques jours, contre 600 lires avant 2012. Dans le même sillage elle révèle avoir acheté il y a quelques jours « quatre types d’articles de détergent pour la maison, de l'huile végétale, du fromage et des couches, pour 42 mille Lires syriennes. ».
Et de poursuivre qu’il s’agit : «de produits locaux, car il n'est absolument plus possible de compter sur le produit importé à cause de l'énorme différence de prix à l’instar des couches produites localement dont le prix a atteint 8500 lires alors qu’il se situait à 3900 Lires, il y a deux mois ». Ainsi, « le prix d’une boule de fromage coute 11700 Lires, contre 7000 lires il y a deux mois, le kilo de riz coûtait entre 600 et 700 Lires, et aujourd'hui je l'ai acheté à 1 800 Lires », et la liste ne fait que s’allonger selon ses dires.
Pour appréhender l'ampleur de ces chiffres, il suffit de mentionner que le salaire moyen d'un fonctionnaire diplômé ne dépasse au meilleur des cas 60 000 Lires syriennes, c'est-à-dire qu'il ne représente que 3 kilogrammes de viande ovine.
Le secteur des services souffre également de graves problèmes : l'électricité et l'eau sont coupées pour de longues périodes et parfois pour plusieurs jours consécutifs dans certains quartiers et ce à cause de la demande massive résultant d’une affluence populaire des personnes fuyant la guerre et causant une nouvelle réalité palpable dans la difficile quête de logement décents, la recherche d’emploi ainsi que par les embouteillages sans fin.
Concernant les coupures de courant quotidiennes, Nour, qui vit dans un prestigieux quartier de Damas, ironise qu’il est « coupé 3 heures toutes les 3 heures ! Autrement dit, nous profitons de l'électricité quotidienne pendant 12 heures de fonctionnement discontinu, ce qui est une bien meilleure condition qu'il y a un an, par exemple, lorsque l'interruption durait plus de 5 heures de suite, ce qui fait que chauffer la maison est presque impossible au cas où la maison est dotée de cette commodité ».

 

Les propriétaires de magasins se sont retrouvés face à une perte inévitable, préférant fermer leurs magasins pour éviter une perte irréparable, mais l'État les a forcés à ouvrir (Reuters)


 
Une hausse des prix sans hausse des salaires
Pour les pâtisseries traditionnelles, le prix d'un kilo sur le marché syrien a atteint 32 mille Lires, et vous pouvez imaginer que se procurer un kilo de ces délices est devenu un rêve quand on sait que le salaire moyen d'un doctorant atteint 69 mille Lires syriennes, c'est-à-dire qu'il peut acheter deux kilos de pâtisseries en début du mois et de se serrer la ceinture pour le reste du mois.
Cette énorme augmentation des prix, qui a commencé depuis 2012 et s'est poursuivie jusqu'à aujourd'hui, n'a pas été accompagnée d'une augmentation appropriée des salaires, et aujourd'hui la plupart des habitants de la ville - dont la plupart ont de faibles revenus - vivent de ce qu'ils gagnent pour se procurer nourriture, médicaments et payer le transport sans toutefois pouvoir s’offrir le luxe le plus élémentaire de la vie.
Les salaires et traitements moyens des travailleurs du secteur public, selon les chiffres officiels, varient entre 40 mille Lires et 60 mille Lires par mois, et dans le secteur privé entre 120 mille Lires et 160 mille Lires par mois, tandis qu’un seul citoyen a besoin de plus de 60 mille Lires pour vivre au minimum, qu'en est-il alors des familles plus nombreuses ?
Une disette financière ancienne et nouvelle
La détresse financière n'est pas nouvelle pour les habitants de Damas, car la guerre leur a arraché ce qu’ils avaient épargnés pendant les années de la guerre, sans compter les crises successives qui pèsent sur leurs épaules les unes après les autres, jusqu'à ce que cette «gifle sur la joue» ne devienne habituelle, comme le disent les citadins.
Murad, propriétaire d'un magasin de papeterie dans le centre de Damas, dit : « La situation n'est plus la même, il est vrai que ce local était une sinécure pour moi et ma famille alors qu’il était une importante source de revenus pendant des années, mais cela a changé depuis 2012 avec le déclenchement de la guerre, et aujourd'hui je peux à peine assurer ma nourriture quotidienne et des jours non. La crise de Corona nous acculé à fermerle magasin pendant une période qui nous a cassé le dos, et aujourd'hui les gens ne s'occupent plus de papeterie carils ne trouvent plus quoi acheter avec une galette de pain pour assouvir sa faim. Moi qui n’ai jamais emprunté d'argent dans ma vie, en quelques mois je suis devenu lourdement endetté, conséquence de la chute terrible du taux de change de la lire. On vend à perte à des prix qui ne compensent les prix d'achat. Mais que faire nous cherchons à gagner notre vie comme on peut et il n'y a pas de solution devant moi. »
 
Des reins à vendre
Au cours des derniers jours, de nombreuses publicités pour la vente de reins se sont propagées en raison de la précarité ambiante malgré le fait que le prix d’un rein ne réponde pas aux besoins d'un bébé de plus de quelques mois. En même temps, la conseillère d’Al Assad, Boutheina Chaâbane est sortie exhorter le peuple à la résistance face à la dégringolade de la Lire. 
Elle a asséné aux Syriens que "la loi de César cible la Syrie et ses alliés, et nous n'avons d'autre choix que la patience et la constance. La constance sera bientôt payante, nous devons faire montre de la même détermination et la même patience que nous avons démontré pendant les années de la guerre". 
Ses déclarations ont provoqué un tollé à large échelle sur les réseaux sociaux et plusieurs pages ont publié des photos de son fils résident en Europe se vantant de ses voitures de luxe, rappelant à la chancelière la vie luxueuse de son fils à une époque où les Syriens sont en dessous du seuil de pauvreté. Ce qui a poussé le fils de la conseillère à sortir de son silence pour affirmer que ces photos n'étaient pas pour lui, et qu'il connait une vie d’étudiant normale.
Différence de point de vue, pas plus
La crise pose un litige d’approche sur le cours de change du dollar. Le gouvernement a sommé les entreprises à fixer le prix du dollar à 700 Lires, mais le prix sur le marché noir a dépassé les 2800 Lires pour la première fois de son histoire pour atteindre jusqu'à 3800 Lires ces derniers jours, avant de se redresser partiellement. En effet, depuis l’annonce de la « Loi César » américaine, la Lire syrienne a connu un effondrement rapide contre le dollar, et les propriétaires de magasins se sont donc retrouvés face à une perte inévitable, ils ont donc préféré fermer leurs magasins que vendre avec une perte irremplaçable, et il vaut peut-être mieux ne pas vendre que vendre à perte, ce qui fait qu’un échange de marchandises avec eux devient quelque peu impossible.
De ce fait, un état de paralysie économique a frappé les marchés de Damas touchés par cet effondrement de la lire conjuguée à la hause du prix du carburant, de la nourriture et des médicaments, poussant les autorités à forcer les propriétaires de magasins fermés à ouvrir leurs portes, sinon ils seront scellés avec de la cire rouge. Les patrouilles douanières qui parcourent tout le temps les marchés de Damas ont le pouvoir de faire des descentes aux magasins et les entrepôts fermés et menacent d'organiser des saisies en grand nombre, ce qui signifie pour les commerçants de gros pots-de-vin et d'autres dépenses dont ils n’ont pas besoin.
Pour sa part, la porte-parole du Programme alimentaire mondial Jessica Lawson a déclaré à la presse française que toute baisse supplémentaire de la valeur de la lire se refléterait dans l'augmentation des prix des produits alimentaires de base importés tels que le riz, les pâtes et les lentilles. Elle a averti que la hausse des prix menaçait de pousser davantage de Syriens à la faim, à la pauvreté et à l'insécurité alimentaire, alors que le pouvoir d'achat s'érodait constamment.
Nisécurité alimentaire, ni sécurité tout courte
De plus, la vie à Damas n'est plus sûre. Les enlèvements pour exiger rançon, le vol, le meurtre en public et l'impunité pour les auteurs des crimes en l'absence de contrôle sont devenus un sujet brulant pour les conversations matinales quotidiennes. Les filles aussi bien que les jeunes hommes évitent autant que possible les taxis, sans compter leur coût élevé. Les taxis sont devenus source d’inquiétude pour leur implication dans de nombreux incidents de vol, comme c’est le cas pour tous les transports publics. Il n’empêche, ils représentent un moindre mal pour les usagers de la route, comme le souligne Salam.  "Je crains de marcher seule dans l'une des rues de la ville. Bien que j’aie vingt ans, je souffre d'une peur et d'une anxiété constantes d'être seule, ce qui a rendu ma mère attachée à moi pour m’accompagner à tous mes rendez-vous. Elle vient avec moi, arrive et m'attend toujours. La situation n'était pas comme cela avant 2012.Ma sœur aînée se déplaçait plus à l'aise, cela ne veut pas dire que la ville était absolument sûre, mais c'était certainement beaucoup plus sûr qu'aujourd'hui », a-t-elle ajouté.
Salwa résume ce qu'elle et beaucoup d'autres souffrent à Damas, avec un post sur Facebook : « Vous êtes Syrien lorsque vous passez devant le vendeur de légumes, vous voyez les prix des tous les produits, des oignons aux pommes, sans que vous puissiez acheter quoi que ce soit et le vendeur vous répond avec épuisement et ennui sachant qu’il est plus fauché que vous…Vous êtes Syrien quand quelqu'un qui est pauvre visite un parent malade vous rend visite apportant avec lui un demi kilo de café qu’il s’est endetté pour acheter et que quand vous lui présentez une tasse de café il la boit d’une seule gorgée, car chez lui il n’a pas un seul grain de café. Vous êtes Syrien, lorsque vous vous présentez pour un poste d’emploi dans une chocolaterie et que l’on vous demande un diplôme universitaire ... Vous êtes Syrien lorsque vous vous rendez à des funérailles pour présenter vos condoléances et que vous passez par une boulangerie et vous y passez plus de dix heures avant d’acheter du pain que vous vous empressez de mettre dans votre voiture, car vous pensez réconforter la famille du défunt avec…Vous êtes Syrien lorsque vous achetez des médicaments qu’on vous livre dans une enveloppe car vous n’avez pas le prix de la boite... Vous êtes Syrien parce que quand vous avez mal au cœurvous dites que ce sont de simples palpitations à cause de la pesanteur des emplettes que vous portez et que votre cou vous fait mal à cause d’une arthrose qui ne nécessite pas d’aller chez le médecin ... et vous êtes Syrien quand chaque fois que vous  approchez de la mort vous vous consolez en disant, en racontant que vous êtes destiné à mourir depuis votre naissance . .. ».
Le secteur de la santé ... est malade
Le secteur de la santé ne semble pas mieux. Avec une inquiétude croissante concernant la mise en œuvre de la « Loi César» américaine, la plupart des usines de médicaments locaux ont cessé de fonctionner, ce que le député de l'Assemblée populaire syrienne Waddah Murad a signalé devant l'Assemblée populaire syrienne, s'adressant au gouvernement en lançant : «médecine et nourriture» sont une ligne rouge et dangereuse qui menace le peuple (...) Vous avez jusqu'ici échoué dans l'alimentation, et vous êtes sur le point de fermer les usines pharmaceutiques syriennes qui couvraient les besoins du marché local, aux prix les moins chers, et d'exporter leur production vers plus de cinquante-huit pays (...) Encore une semaine et tous les laboratoires pharmaceutiques seront fermés, après que les matières premières restantes y soient déjà consommées! ».
Selon les chiffres officiels, cette industrie a été endommagée pendant la guerre comme les autres secteurs, ce qui a conduit plus de 19 laboratoires à fermer, et la production de chuter de 75%, avec des dizaines d'usines au point mort et le reste a continué de fonctionner au quart de sa capacité de production. Au cours des deux dernières années et avec le retour de la stabilité aux alentours de la capitale, Damas et la ville d'Alep, certaines usines ont commencé à reprendre progressivement la production, et le gouvernement a accordé environ 92 licences pour créer de nouvelles usines qui sont toujours de l'encre sur papier en raison des sanctions et du blocus économique tandis que les Syriens souffrent toujours d'une pénurie aiguë de plus de 70% des besoins du marché en médicaments et autres produits pharmaceutiques, en plus du problème de la faible efficacité du médicament local.
En effet, la fermeture des usines a entraîné la baisse de la plupart des types de médicaments dans les pharmacies, la fermeture de nombreuses officines ou le fait de limiter les ventes uniquement à des désinfectants et des stérilisateurs fabriqués localement. Quant aux médicaments importés, leurs prix ont augmenté d'une manière que le citoyen ordinaire ne peut pas acheter, tandis que de nombreuses maladies se propagent en raison du manque d'hygiène, la propagation des déchets et absence de nettoyage en plus de l'incapacité de la Banque centrale de Syrie à fournir un soutien à ces laboratoires en devises, ce qui a provoqué une crise de médicaments qui alarme la rue syrienne à cause des pharmacies qui ne peuvent s’approvisionner en médicaments, ou àen assurer la disponibilité à des prix raisonnables notant à cet effet que les prix de certains médicaments sontpassé du simple au doublé ou même au triple.


 

Prix ​​des noix dans un magasin de Damas (Facebook)


Un gouvernement perplexe et des citoyens sans médicaments
Le site Web "L’économique" pro-régime a cité le propriétaire d'une des usines de médicaments disant que des groupes de médicaments entiers manquaient, et que les usines ne sont plus en mesure de fournir de la matière premièrepour la fabrication selon le taux de change du dollar sur le marché noir, et que le soutien aux usines en dollars a cessé, ce qui a été confirmé par le Dr Alia Al-Assad, doyen des pharmaciens Damas, dans une interview accordée à Nainar Radio, assurant qu'il y a une grande pénurie, en particulier de médicaments génériques, soulignant que les entrepôts du syndicat sont "vides" et souffrent d'un énorme déficit pour répondre aux besoins des pharmacies de la capitale Damas Il a fait appel au soutien des entrepôts situés à l'extérieur de Damas et aux fabricants de médicaments dans une timide tentative de répondre aux énormes besoins de la capitale. Ce qui est en contradiction avec les déclarations du ministre de la Santé, qui a confirmé qu'il n'y a pas eu d'interruption d'approvisionnement en médicaments, et qu’au cas où cela se produirait, des alternatives seront disponibles, expliquant qu'il n'y a aucune justification pour que les laboratoires pharmaceutiques arrêtent de travailler, et a indiqué que le gouvernement syrien supportait le fardeau du financement les importations des laboratoires en matières premières et du reste des fournitures, indiquant que les prix des articles pharmaceutiques sont séquentiels, car 1400 articles ont été évalués jusqu'à présent, sur 11800 groupes de médicaments.
Mais le Dr Alia a souligné que les produits pharmaceutiques dont le prix a baissé ne sont pas du tout disponibles, et que le prix des matières premières est lié au prix du dollar au fur et à mesure qu'elles sont importées de l'étranger, et donc chaque médicament qui inclut dans sa composition cette matière première va augmenter son prix, et que par conséquent nous tournons dans un cercle vicieux d'augmentation successive dont les surcoûts sont assumés uniquement par le citoyen.
Avec l'aggravation de la crise des médicaments, qui est la plus importante de son histoire, provientde la fermeture du régime syrien de l'une des plus grandes usines de médicaments en Syrie qui est le principal fournisseur de médicaments des pharmacies et des entrepôts qui ne contiennent désormais que des médicaments à faible consommation.
Comme dans chaque crise de nombreux entrepôts ont eu recours à la dissimulation de groupes de médicaments pour une distribution ultérieure sur le marché en petites quantités, ce qui augmente leur prix jusqu’à les doubler et peut-être plus, ce qui fait que comme d'habitude ce sont des spéculateurs qui contrôlent les prix des médicaments.
Initiatives timides
À la suite de cette crise, des initiatives citoyennes ont vu le jour dans la ville demandant aux pharmaciens d'afficher les listes des médicaments à leur disposition, de les publier avec des photos sur les réseaux sociaux et de les rendre accessibles à ceux qui en ont besoin. Ces initiatives ont rapidement reçu l'approbation des gens et les images des médicaments disponiblesont été diffusés à grande échelle dans les maisons et les pharmacies, mais de telles initiatives sont-elles à même de combler les besoins du marché ?
Doâa, employée dans une pharmacie à Damas, répond : « Bien sûr que non, il y a des médicaments qui sont impossibles à fournir à partir de l’excédent surplus de quelqu'un, les prix sont très élevés et il est impossible de se les procurer ».
Et sur les alternatives, telles que les matières premières pharmaceutiques et les médicaments indiens, elle dit: «Les médicaments génériques alternatives et les matières premières alternatives dans la fabrication des médicaments ne sont pas toujours de la même qualité, en particulier en l'absence de contrôle des substances, mais d'une manière ou d'une autre, elles répondent en partie au besoin pendant une période de temps, et le recours à des alternatives médicamenteuses ne peut pas être une solution pérenne".
 
L'autre face de Damas
L’interdiction à Damas de toute manifestation de protestation depuis 2012 a donné vie à un récit populaire sur la schizophrénie complète entre la réalité vécue par la ville, celle de la guerre, de la mort et des déplacements endurés par le flux de réfugiés syriens en provenance des autres régions du pays, et qu’aujourd'hui les citoyens assistent sans broncher à une autre forme de schizophrénie entre la réalité de la pauvreté et de la faim au cœur de Damas, une ville qui ne fonctionne plus. Laquelle réalité est perceptible sur les pages des blogueurs syriens qui partagent leurs quotidiens, leurs voyages et leurs réunions. Une réalité qui met le doigt sur l'écart entre les personnes aux revenus moyens et ceux aux revenus exorbitants. À une époque où les commerçants subissaient les fermetures causées par la crise de Corona, les filles continuaient de « bloguer » Damas, ces « influenceurs », comme elles se proclament, relatent les activités des tentes du Ramadan et la magie quotidienne de la musique live avec force détails de ces soirées qui font le buzz sur les réseaux sociaux, quant à l’opulence de ces manifestationsen décalage total avec la réalité de la ville.
Mais le phénomène du divertissement notoire ne se limitent pas à la fréquentation des bars huppés, au milieu de la capitale, puisqu’un grand nombre d’entre eux se déplacent les weekendsà Beyrouthpar le biais de leurs voitures privées à travers la frontière libano-syrienne depuis le passage d'Al-Masnaa-Jadida pour y passer des vacances ou pour se rendre en Europe et à Dubaï pour le tourisme, à des coûts difficiles à calculer alors que les salaires mensuels moyens à Damas ne dépassent pas 150 Mille Lires syriennes, soit 75 dollars américains après la récente baisse du taux de change de la Lire. L’on est en droit de se demander, devant ce phénomène, comment peut-on se permettre le tourisme en Europe, dans le Golfe et au Liban avec de tels revenus et d’une façon périodique ?
Cette ville est à deux niveaux
Entre l'échange de responsabilités, une réalité difficile et un décalage avec la réalité, l'homme syrien vit aujourd'hui à Damas, l'ancienne capitale, une vie loin d'être normale, et peut-être la description la plus vraie de ce que souffre le Damascène, est racontée par Salwa Zikzak dans un post sur Facebook :
« Comme si cette ville avait deux moitiés, une matinée de lassitude et une nuit de luxe ...Les éboueurs se précipitent chez eux pour recharger leurs batteries de demi-vies pour pouvoir gagner leur vie le matin quand ils commencent le travail à l'aube, et les travailleurs domestiques s'endorment à huit heures du soir en raison d'une fatigue extrême ... Et les employés, les boulangers, les cafetiers, les vendeurs de sandwichs, les malades et leurs accompagnateurs, les ouvriers de chantiers, les badigeons sont classés comme corrompus détournant l'argent public, les vendeurs de légumes itinérants, les traqueurs de transactions, les porteurs et les garçons qui poussent des charrettes bourrées de marchandises stupides pour le compte des femmes...
Le soir, l'odeur de la ville diffère, un parfum lourd émane de ceux qui vivent la grâce, la débauche de leurs regards vous gratte, et leurs effluves sont des taches sur des vêtements chers qui ne se sont pas encore adaptés à leur corps.
Les regards des vendeurs de shawarma diffèrent selon la taille du sandwich, la disposition du plat mariné, la tomate et le concombre ... L'odeur des gaz d'échappement submerge le carburant des bus hip hop tandis que les bus de transport en commun dorment tôt, tout comme leurs fans, dans une grande misère ...
Les arômes de crevettes, l'acidité de satiété, les plats de nabulsi et la salade de fruits ... même les graines varient en taille, fraîcheur et salinité. Ils sont tous lourds comme la nuit, et leurs propriétaires gonflent comme des ballons promotionnels pour des produits trompeurs et périmés !!
La ville est à deux moitiés, nuit et jour, et aux quatre quarts, sans abri et perdue dans la lumière en raison de la peur d'être perdue ou non, et les travailleurs et les employés qui rentrent chez eux avec des bouquets de pain populaire et des légumes fanés, les observateurs sont déçus par les transactions qui n'ont pas été accomplies et perdues avec distinction ... et pleurent leur mort et leur vie, ou avec un léger espoir leur survie. En tous cas ...
Il y a aussi ceux qui se noient dans la fatigue des pionniers de la nuit ... les prostituées cherchant des hommes aux poches essoufflées ou gonflées, et ceux qui cherchent une opportunité de gagner à l’arraché, et les employés de restaurant et les arpenteurs de vomissements d'ivrognes, les conducteurs de voitures de luxe, même le charbon de bois anguleux rempli de pillages, de mensonges et de flatterie.
Comme si la ville n'avait pas de temps ... ou en dehors d'elle ... ou qu'elle la manipulait tout le temps et la séparait d'intimidation et de discrimination à l'échelle de ses femmes pionnières, chacune selon son pouvoir, ou selon sa vérité !!! braqué ou maitre-voleur ... ».
 

* Des pseudonymes ont été utilisés pour assurer l’anonymat des personnes interviewés.