Ayachi Ajroudi, un mystérieux homme d’affaires en vue

Football-Un Tunisien cherche à racheter l’Olympique Marseille
Ajroudi dans son jet privé.

*La situation financière du club français est très préoccupante. Le déficit serait de 100 millions d’euros.
* Depuis plusieurs mois déjà, les rumeurs circulent sur une éventuelle reprise par Walid ben Talal Al Saoud, un milliardaire libano-saoudien très proche de la famille royale.
*Mais le puissant homme d’affaires conseille et rencontre les grands de ce monde. On le retrouve aux côtés de John Kerry (ancien secrétaire d'Etat des Etats-Unis) et du président français Emmanuel Macron.

Tunis: Le nom de Mohamed Ayachi Ajroudi est associé ces derniers jours à un possible rachat à l’OM.Inventeur, développeur, industriel et homme d’affaires polyvalent, ce Franco-Tunisien (67 ans) investit aujourd’hui dans les énergies renouvelables et s’engage politiquement dans son pays d’origine. Mais voilà qu’un autre franco-tunisien, Mourad Boudjellal a qualifié Mohamed Ayachi Ajroudi, l’homme avec qui il projette de rebâtir l’Olympique de Marseille.« Je confirme les rumeurs, il y a des fonds du Moyen-Orient dont je suis porteur pour racheter l’OM. Le timing de la vente ? Ça va dépendre du vendeur. On va entrer en phase de négociations », souligne le Tunisien Mourad Boudjellal, homme d’affaires varois, que la planète sport connaît, pour sa réussite dans le rugby, à la tête du RC Toulon.
Certes, la situation financière du club français est très préoccupante. Le déficit serait de 100 millions d’euros. Récemment, l’OM a même été sanctionné par les instances européennes pour ses manquements aux obligations du fair-play financier. La chambre de jugement de la Commission de contrôle financier des clubs (ICFC) l’a ainsi condamné à une amende de 3 millions d’euros. Il sera également privé de 15 % des sommes perçues lors de ses prochaines campagnes en Coupes d’Europe (2020-21 et peut-être 2021-22 en cas de qualification). Fort heureusement, l’UEFA n’a pas prononcé d’exclusion de ces mêmes compétitions européennes. En attendant les offres de rachats se multiplient !

Des rumeurs ?
En effet, depuis plusieurs mois déjà, les rumeurs circulent sur une éventuelle reprise par Walid ben Talal Al Saoud, un milliardaire libano-saoudien très proche de la familleroyale. «Rumeurs totalement infondées, expliquait pourtant au début du mois de juin un proche d’Al Walid ben Talal dans les colonnes de La Provence. En effet, McCourt, l’Américain propriétaire du club ne veut pas vendre. « Et si jamais c’était le cas, Al-Walid n’achèterait pas», souligne une source digne de foi.
Depuis, tous les regards sont tournés vers ce mystérieux investisseur tunisien, ancien ingénieur aujourd’hui homme d’affaire engagé et influent.Cet homme à qui tout semble avoir toujours réussi s’est pourtant construit dans la solitude. Parfois dans la souffrance, mais aussi, parfois, avec une éton­nante indifférence aux obstacles et aux humiliations.
Lorsqu’on l’interroge sur ses récents engagements politiques, il revendique des racines africaines profondes, bien au-delà de la simple identité tunisienne : « Je viens du sud tunisien, d’une tribu, d’une famille guerrière, militaire, on avait accès à tout le Sud, je suis un enfant du désert, j’y chassais, je m’y baladais… », aime-t-il se présenter sur son site officiel.
Une enfance quasiment paradisiaque à Gabès, partagée entre l’école publique jusqu’à ce que l’un de ses oncles décide de l’envoyer étudier en France. « L’épisode a complètement changé ma vie. J’étais orphelin, pas de valise à faire, je suis parti en emportant le foulard de ma mère, c’était mon assurance, c’était son odeur ». École de la Marine à Saint-Malo, « J’ai fait cinq ans, trois mois et 23 jours de naviga­tion », puis une formation Ponts et Machines à l’École de la Marine polyvalente, d’où il sort ingénieur.
 

Le nom de Mourad Boudjellal tourne dans tous les médias de foot. 


Une jeunesse innovante
Malgré ses résultats brillants, aucune des entreprises qui embauchent directement à la sortie de l’école ne lui propose quoi que ce soit. En effet, ce natif de Gabès, une ville au sud de la Tunisie, rejoint en 1977, le Pas-de-Calais et l’entreprise ISEE (spécialisée dans les travaux pétroliers et maritimes) qu’il rachète seulement trois ans plus tard. Le début d’une longue carrière d’entrepreneur. Car il reste dans le domaine en créant ensuite sa première entreprise AMIS (Artois Maintenance Industries Services) qu’il fait vivre jusqu’en 1989. Dans les années 1980, Ajroudi fait aussi parler sa créativité par ses inventions. Il créé, entre autres, Sportvert, une machine réalisant un terrain de football en une semaine, Portube II, un système d’irrigation souterraine, ou bien un tunnelier pour la société Perforex.
Ajroudi va ensuite fonder plusieurs entreprises basées en France, en Tunisie, ou en Arabie Saoudite. Pour étendre son empire, il signe plusieurs partenariats (Suez par exemple), le plus fameux étant celui avec le groupe CNIM (Constructions navales et industrielles de la Méditerranée) qui intervient au service de collectivités dans plusieurs secteurs (environnemental, énergie, défense, hautes technologies). En 2010, il créé une société-mixte, ONAS International (Office National de l’Assainissement), fournissant des expertises et études à des entreprises des pays du Golfe dans le domaine de l’environnement. Un empire qui deviendra ensuite.
Politiquement, l’homme d’affaires s’engage pour la Tunisie en 2013, en fondant un parti politique, « Le Mouvement du Tunisien pour la liberté et la dignité » qu’il quittera moins d’un an plus tard, abandonnant sa candidature pour les législatives et justifiant que ses motivations « ne sont pas du tout mercantilistes ». Il œuvre également pour la paix en Libye à travers plusieurs actions humanitaires et diplomatiques. Il s’engage également dans des combats écologiques et investi à la fin des années 1980 dans l’association R20 fondée par Arnold Schwarzenegger.

 

La situation du club Olympique Marseille est très préoccupante

Une influence politique

Mais le puissant homme d’affaires conseille et rencontre les grands de ce monde. On le retrouve aux côtés de John Kerry (ancien secrétaire d'Etat des Etats-Unis) et du président français Emmanuel Macron. Auparavant, il avait posé aux côtés de François Hollande, et se pavane par son amitié avec l’ancien ministre de la culture Jack Lang. Mais voilà que lors d’un passage à Paris, il aurait abordé Mourad Boudjellal pour évoquer avec lui le projet marseillais.
Mais pourquoi cet engouement pour le sport ? Au-delà de son invention Sportvert, Ajroudi est président du club de football tunisien, le Stade Nabeulien, depuis 2017 et a également dirigé un club de handball, l’AS Hammamet, entre 2016 et 2017. Il a aussi dirigé le club gabsien, la Styeda, qui l’a abandonné engluer dans ses dettes.
Mais Ajroudi qui se qualifie comme ‘un industriel’ et fait une confidence qui semble plus que jamais d’actualité. ‘Je suis un bâtisseur. Mon plus grand plaisir, c’est quand je démarre un chantier’. Celui de l’OM s’annonce gigantesque.
Il n’empêche, le président de l’OM, Jacques-Henri Eyraud, barre la route à Ajroudi dans une déclaration à RMC. « Je remercie les gens qui portent un intérêt, y compris financier, pour l’OM, mais je voulais vous dire que nous ne sommes pas intéressés par la cession de l’Olympique de Marseille. L’OM n’est pas à vendre. Ce qui nous intéresse beaucoup plus, c’est la stabilité de ce club, le projet à long terme, la vision que nous avons développée », a-t-il déclaré.