Ghannouchi dans la gueule du loup

Crise politique en Tunisie
Une motion de retrait de confiance à Rached Ghannouchi sera votée le 30 juillet.

* Ennahdha s’égosille déjà d’une relative solitude après que quatre coalitions parlementaires ont recueilli 73 signatures en plus des seize signatures collectées par le PDL, pour le retrait de confiance au président du Parlement Rached Ghannouchi, la séance étant prévue pour le 30 juillet pour le vote pour ou contre cette motion.
Le dernier rempart de l’Islam politique dans la région arabe risque de s’effondrer à l’instar de ce qui s’est passé au Soudan, en Syrie, en Libye, au Yemen, en Palestine et en Algérie.
*L’intrigue connaitra de nouveaux rebondissements qui ne seront pas du goût des nahdhaouis qui seront acculés à faire des choix douloureux, à consentir de nouvelles concessions ou de jouer avec le feu.

Tunis : Après la démission d’Elyes Fakhfakh, le Président Tunisien Kaïs Saïed a chargé Hichem Mechichi, ministre de l’Intérieur de former le prochain gouvernement. Le coup est dur pour Ennahdha mouvement islamiste tunisien vainqueur des législatives en 2019, dont les candidats au poste n’ont pas été retenus par le Chef de l’Etat. Le message est clair : entre Carthage et le parti islamiste rien ne va plus. 
 
Ennahdha s’égosille déjà d’une relative solitude après que quatre coalitions parlementaires ont recueilli 73 signatures en plus des seize signatures collectées par le PDL, pour le retrait de confiance au président du Parlement Rached Ghannouchi, la séance étant prévue pour le 30 juillet pour le vote pour ou contre cette motion. Il ne faudrait que 109 voix pour destituer le président du parlement. 
Mais dans ce combat à tout va, la politesse n’est plus de mise, Ennahdha se démêle aussi pour contenir une crise interne où l’on réclame le départ de leur chef Rached Ghannouchi. Une situation qui prouve que le parti islamiste connaît la pire crise de son histoire depuis 2011. 
C’est pour dire que l’heure est grave pour Ennahdha qui, confronté à une crise interne après avoir perdu sa main mise sur l’exécutif, risque de perdre aussi la présidence du Parlement. En effet, le dernier rempart de l’Islam politique dans la région arabe risque de s’effondrer à l’instar de ce qui s’est passé au Soudan, en Syrie, en Libye, au Yémen, à la Palestine et en Algérie. Le mouvement qui connait le revers le plus cuisant depuis sa légalisation en 2011 qui est elle aussi controversée et peut être dissous à cause des multiples violations administratives qui ont été révélées au grand jour par Abir Moussi, est en chute libre dans les sondages aussi. Dans une déclaration à Majalla Abir Moussi, présidente du parti Destourien Libre (PDL) a indiqué que son parti compte « lancer une requête pour dissoudre le parti Ennahdha qui a été créé, selon elle, de façon illégale ». Elle serait en possession de documents qui prouvent que la légalisation de ce parti en 2011 a été effectuée de façon frauduleuse avec faux et usage de faux. 

 

Le Président de la République tunisienne a chargé Hichem Mechichi, ministre de l’Intérieur de former un nouveau gouvernement.



Une solitude qui fait peur
Mais Ennahdha s’égosille déjà d’une relative solitude après que quatre coalitions parlementaires ont recueilli 73 signatures pour le retrait de confiance au président du Parlement Rached Ghannouchi sans compter les 16 signatures déposées par le PDL. Le changement de ton des dirigeants nahdhaouis ces derniers jours appelant à l’apaisement des ardeurs de crainte que « le toit ne tombe sur tout le monde », ne semble pas convaincre les divers acteurs politiques qui ne sont plus adeptes de la politique du consensus qui a révélé ses limites et qui sont convaincus que le partage du pouvoir avec le mouvement islamiste est une entreprise à haut risque. Sans parler de l’épineux dossier des assassinats politiques, de l’envoi de milliers de Tunisiens au jihad en Syrie, ou de la coordination de défense de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi qui pointe du doigt Ennahdha, comme commanditaire. 

L’affaire qui fait trembler Ghannouchi
En effet, l'avocate Imen Gzara, membre du collectif de défense des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi a souligné à Majalla que « l'appareil secret d'Ennahdha qui s'est infiltré dans les structures sécuritaires et judiciaires de l'Etat n'a pas intérêt à éclater la vérité sur le meurtre de Belaïd et Brahmi ».
L'avocate a fait savoir que le comité de défense a découvert, le 29 mai dernier, des milliers de documents relatifs à 21 dossiers, dont 15 dossiers en lien avec le terroriste Abdelhakim Belhadj (terroriste impliqué dans plusieurs affaires). Ces dossiers, selon elle, comportent des informations qui n'ont pas été ajoutées au dossier de l'assassinat, sur les déplacements et les correspondances téléphoniques de Belhadj. 
« Le relevé téléphonique de Mustapha Khedher (terroriste en état d’arrestation) contient des communications fréquentes avec deux numéros de téléphone ; l'un s'étant avéré appartenir au chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi et l'autre à Kamel Bedoui, enregistré sous le nom de Khitam Zarqaoui ». Il s'agit d'un membre du groupe sécuritaire de 1991 (Un groupe islamiste qui avait préparé un coup d’Etat avorté). Ce dernier est chargé de superviser le staff sécuritaire de Ghannouchi. Khedher avait fait appel à lui le jour de son arrestation, le 15 décembre 2019, indique-t-elle.
Et d’ajouter que « le pouvoir frériste dans le corps de la magistrature est devenu une chose évidente. On le dénoncera par tous les moyens », a-t-elle prévenu.

 

Conférence de presse du Comité de défense des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi.



Propos des coulisses
C’est pourquoi, au sein même du Temple de Montplaisir (siège du mouvement Ennahdha), on parle à mot couvert dans les coulisses d’une crise sans précédent pour le mouvement qui risque de tout perdre à cause de la politique de la tension et de provocation qu’il essaime entre les acteurs politiques qui se rapprochent de lui.
Il n’empêche, les réunions à huit-clos et les coulisses du Conseil de la Choura, révèlent au grand public la part sombre qui sommeille en Rached Ghannouchi, président du Parlement et chef historique du mouvement Ennahdha. Ses propos tenus à l’encontre du chef de l’Etat fustigeant sa « méconnaissance de la réalité libyenne » et décriant son entêtement à refuser de s’aligner sur la position de Fayez Al Sarraj, dévoilent les sentiments hostiles d’un proche d‘Ankara et de l’axe de l’islam politique envers le Chef de l’Etat.
Ils montrent encore une fois les limites de la conversion du cheikh à la démocratie et ses sombres desseins pour une Tunisie moderne, souveraine et une négation des principes de sa diplomatie. En effet, Rached Ghannouchi continue par ce genre de déclaration abrasive son jeu à haut risque, exposant un pays éprouvé par la crise économique à un risque majeur pouvant entrainer le pays dans le piège du chaos libyen. C’est pourquoi, le discours de l’intimidation, la fragilisation ou encore la diabolisation, ces armes de destruction massive qu’on utilise au nom de la démocratie, de la transparence, ont laissé place à celui de la séduction, de l’apaisement, pourvu qu’ils restent aux commandes de l’Etat. 
Mais ce ne serait qu’une vaine entreprise puisque les Tunisiens ne comptent plus rester immobiles après avoir pris connaissance du sombre tableau de tous les indicateurs socioéconomiques, de la misère galopante, de l’intégrisme rampant, et de toutes les menaces qui les guettent. Ils ne sont plus prêts à jouer aux comparses dans cette pièce tragicomique tissée des mains des islamistes. En effet, le Chef de l’Etat a repris les choses en main. La Centrale Syndicale, consciente de la gravité de la situation, s’est alignée sur la position de la rue tunisienne appelant ainsi à des élections anticipées. L’intrigue connaitra de nouveaux rebondissements qui ne seront pas du goût des nahdhaouis qui seront acculés à faire des choix douloureux, à consentir de nouvelles concessions ou de jouer avec le feu. C’est le moment de vérité pour ce mouvement. Car celui qui sème le vent, récolte la tempête.