Le couple franco-allemand sauve l’Europe

le plan de relance vers une Europe plus politique

* L’Europe traverse actuellement la plus grave crise depuis la seconde guerre mondiale, c’est donc de la France et d’Allemagne qu’est venue la solution
 
* Emmanuel Macron aura peut-être gagné son pari, au premier semestre 2022, lorsque la France prendra à son tour la présidence de l’UE. Il sera alors sans doute candidat à sa réélection


 

Une Europe politique émerge au terme d'un marathon de 96 heures de négociations, quatre jours et quatre nuits de tractations, ponctués de coups d’éclat, de menaces, de bras de fer,  Ce sommet devait être le moment hamiltonien de l’Europe, celui de la refondation financière de l’Union, en référence à Alexander Hamilton, le premier secrétaire au Trésor des Etats-Unis, qui, en 1790, avait convaincu le Congrès de créer une dette fédérale, et fait basculer la confédération américaine dans le fédéralisme. Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union  européenne sont enfin parvenus à un compromis laborieux par un vote à l'unanimité sur le plan de relance franco-allemand accoucher dans la douleur. Pour la première fois, l'Europe va mettre en œuvre un plan fondé sur la solidarité pour mieux affronter la grave récession consécutive à la pandémie de Covid-19, et répondre aux défis sociaux, économiques et écologiques.
L’Europe traverse actuellement la plus grave crise depuis la seconde guerre mondiale, c’est donc de la France et d’Allemagne qu’est venue la solution. Quand, le 18 mai, la chancelière Angela Merkel et le président Emmanuel Macron ont présenté leur « initiative » – l’émission d’une dette commune européenne de 500 milliards d’euros pour subventionner les pays les plus abîmés par la crise, et de 250 milliards d’euros de prêts .
Paris et Berlin ont été les moteurs dans cette affaire de sauvetage. Moteurs parce qu’ils ont dessiné l’architecture de ce plan, qu’a ensuite repris la Commission. Et moteurs dans la manière dont ils ont négocié avec les autres Etats membres. Ces quatre derniers jours, durant le sommet européen à Bruxelles, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont mené tous leurs rendez-vous ensemble. Tous les matins, ils se consultaient sur la stratégie à adopter, et ils faisaient le point tous les soirs. Histoire de ne laisser aucun espace entre eux et de décourager ceux qui auraient pu chercher à les diviser. Ils ont travaillé ensemble pendant 24mois pour aider le continent à sortir d’une récession sans précédent. Il faut rappeler que le budget européen en cours de discussion, avant le plan de relance, représentait un total de 1 100 milliards d’euros sur la période 2021-2027.
La Commission européenne adopté leur plan de relance de 750 milliards, empruntés en commun sur 30 ans, pour parvenir à sauver l'Europe. Un montant à la hauteur des espérances de la France et de l'Allemagne mais dont la répartition a été revue pour faire infléchir les pays "frugaux". Les Pays-Bas, l'Autriche, le Danemark et la Suède voulaient plus de prêts et moins de subventions dans le plan. la somme peut paraître folle, mais ces 750 milliards d’euros promis ne représentent que 5,7% du PIB de l’Union européenne. C’est évidemment mieux que rien, mais lorsque l’on sait que ce dernier a baissé d’au moins 15% en valeur (c’est-à-dire inflation comprise) au cours de la récession engendrée par la crise du Coronavirus, on comprend que ce plan de relance est d’ores et déjà hautement insuffisant pour permettre de relancer massivement et durablement l’activité de l’Union européenne. Risque de n’apporter aucun remède aux dysfonctionnements de l’Union.  
Dans une conférence commune avec la chancelière allemande, le chef de l’Etat Français déclare que: « Cette longue négociation a été marquée par des difficultés, parfois des oppositions, des conceptions différentes de l'Europe. Mais je me félicite qu'avec la Chancelière, nous ayons toujours été du côté de l'ambition et de la coopération. C'est tout le travail que nous avons mené ces derniers mois et ces dernières années, quand l'Allemagne et la France se mettent ensemble, elles peuvent tout, mais si elles ne se mettent pas ensemble, rien n'est possible. Et nous avons véritablement, durant ces deux mois réussi à franchir ensemble beaucoup d'étapes pour l'unité européenne ». et sur le plan de relance : «  Je suis convaincu que ce plan, ce budget sont de nature à répondre aux défis sanitaires, économiques et sociaux qui sont aujourd'hui les nôtres dans chacun de nos pays, et que décider, en quelque sorte, de ne pas y répondre c'eût été décider de dépenser beaucoup plus dans quelques mois ou quelques années. » et pour le 750 milliards euros :« Cette enveloppe est un peu plus réduite que le plan franco-allemand ne l’avait souhaité, le 18 mai dernier, mais je veux qu’ici, chacun mesure le chemin parcouru en 2 mois, ce qui, à l’échelle du temps européen, est extrêmement court. Et beaucoup, d’ailleurs, de nos collègues nous l’ont dit, ils ont été parfois surpris de l'accord franco-allemand du 18 mai dernier. En deux mois, nous avons réussi à bâtir un consensus pour que ce plan de relance inédit devienne une décision et donc une réalité. Il a demandé de l'effort, de l'esprit de compromis et je veux vraiment remercier l'ensemble de nos collègues qui, autour de nous, ont su ainsi s'engager. » conclut le chef français. 
Merkel et Macron estiment avoir sauvé l’essentiel, au prix de concessions importantes, les deux meilleurs alliés au monde européen, ont pesé de tout leur poids politique dans la balance de l’Union, afin d’amadouer leurs partenaires récalcitrants, En l’occurrence, le principe d’un endettement commun est bien acté, alors qu’il semblait encore hors d’atteinte en mars, tant l’opposition des pays du Nord, y compris l’Allemagne à l’époque, était forte. Mais, face au risque d’explosion du marché intérieur et de l’euro, la chancelière s’est convertie à cette forme de mutualisation des dettes destinée à financer de nouveaux transferts en faveur des pays en difficulté. Une victoire à l'arraché de Merkel et Macron, mais une victoire certes due à la ténacité des chefs d'Etat ou de gouvernement des 27 pays membres de l'UE qui sont parvenus dans la plus grande douleur et diversité, En s’endettant tous pour trente ans, les Etats membres de l’UE disent leur volonté de rester ensemble ,comme lors du sommet de l'élargissement de Nice en décembre 2000, à surmonter leurs fractures. Ils ont pu accoucher de la première mutualisation des dettes - «limitée en taille et en durée» - jamais opérée au sein de la communauté née du Traité de Rome, en 1957.  Ils n’avaient plus le choix, l'Union européenne en 2020 est ébranlée par l'une des pires crises économiques de son histoire – situation qui s'aggraverait à l'automne si la pandémie repart à la hausse. 
 
 
 
 
 
 
France-Allemagne, un couple uni dans l’adversité
Merkel dans son dernier combat
Alors que l’Allemagne a pris, depuis mercredi 1er juillet, la présidence tournante de l’UE pour six mois, l’enjeu pour la chancelière est énorme. Auréolée de sa bonne gestion de la pandémie, avec près de 9 000 morts pour un pays de 83 millions d’habitants, celle qui incarne la stabilité outre-Rhin, mais aussi en Europe, après 15 ans au pouvoir, a de bonnes chances de parvenir à un consensus, parachevant de la sorte son quatrième et dernier mandat.
En effet, au-delà de la gestion des conséquences économiques et sociales du Covid-19, qui occupera une place importante dans l’agenda européen sous présidence allemande, Berlin a aussi fixé, parmi ses priorités, la transition écologique et énergétique, la souveraineté de l’Europe en matière de numérique, et les grands dossiers internationaux, comme le Brexit ou les relations avec les États-Unis et la Chine, les enjeux géopolitiques et stratégiques au proche orient, la Libye et le conflit diplomatique avec la Turquie . Autant de sujets également abordés lors de la rencontre mensuelle Merkel-Macron
La chancelière a tenu à partager la tête d’affiche avec Emmanuel Macron, à l’aube d’une présidence allemande de l’UE décisive. Il le fallait : l’essentiel de l’exercice consistera à défendre l’initiative franco-allemande du 18 mai dernier, Merkel veut réussir son dernier combat qui de sauver l’Europe, elle peut compter sur son excellent allier ,ce couple a bien fonctionné. Elle a voulu en faire un symbole, pour rappeler l’unité franco-allemande en ces temps troublés. Pour sa première rencontre en chair et en os avec un chef d’État depuis le début de la crise du coronavirus, la chancelière reçoit Emmanuel Macron au château de Merseburg, résidence officielle du gouvernement allemand à 70 km de Berlin. Le choix est d’ailleurs un clin d’œil à ce travail. Deux ans plus tôt, c’est déjà dans cette résidence baroque qu’Angela Merkel lui concédait poliment un budget de la zone euro, mais ils ont discuté de leur plan de sauvetage. Il en a résulté 2 mois de négociations intenses débouchant sur l’initiative franco-allemande du 18 mai.
Paris et Berlin n’ont pas connu que des lunes de miel. L’appel de neuf dirigeants européens, dont Emmanuel Macron et l’Italien Giuseppe Conte, à créer des « Coronabonds », en amont du sommet européen du 26 mars, a laissé des traces. « Cela a créé de l’amertume et de l’acrimonie entre pays européens, mais on avait besoin de cette phase pour révéler la gravité de la crise », souligne l’Élysée.
 
Un travail de longue haleine
Emmanuel Macron aura peut-être gagné son pari, au premier semestre 2022, lorsque la France prendra à son tour la présidence de l’UE. Il sera alors sans doute candidat à sa réélection. En attendant, l’Élysée rappelle à l’envi son long travail de plaidoyer pour faire bouger l’Allemagne. « Jamais nous n’avons lâché, atténué ou négligé ce lien irremplaçable ; jamais », a souligné le président sur l’axe Paris-Berlin.
Autre satisfecit du couple franco-allemand, le plan de relance sera largement utilisé – à hauteur de 390 milliards d’euros – pour donner de l’argent aux Etats qui en ont le plus besoin, et sera donc à ce titre un véritable outil de solidarité. Là-dessus, la France touchera 40 milliards d’euros, l’Italie quelque 70 milliards et l’Espagne une soixantaine. Le solde du plan de relance – 360 milliards d’euros – pourra être prêté à ceux qui en feraient la demande, et qui pourront ainsi réduire le coût de leur financement sur les marchés.
La France voulait, dans un premier temps, profiter du départ des Britanniques de l’UE pour supprimer ces concessions historiques. Margaret Thatcher avait en effet été la première à exiger cette réduction, ne voyant pas les bénéfices, contrairement à la France, de la coûteuse politique agricole commune (37 % du budget européen).
L’Allemagne, qui profite aussi de ce qu’elle considère comme une « correction indispensable », n’a pas la main sur ce levier. C’est donc Paris qui pose ses conditions : « si les pays frugaux sont attachés au rabais, il faudra un effort sur le plan de relance, c’est clair », insiste l’Élysée.
Le diable dans les détails
Paris, La Haye et Berlin débattent par ailleurs des modalités qui rendraient l’endettement commun acceptable. « On a bien identifié les ingrédients d’un accord », assure l’Élysée. Mark Rutte le premier ministre néerlandais comme Angela Merkel voudraient un début de remboursement dès le cadre financier 2021-2027. La France pourrait lâcher du lest, elle qui voulait repousser l’échéance à l’exercice d’après. Cela implique une discussion dès à présent sur la fiscalité européenne censée couvrir l’emprunt (taxe carbone aux frontières, taxe numérique…).
 
 
 
Cet accord obtenu, devra encore être ratifié par les eurodéputés et les parlements nationaux, puisque certaines ressources propres sont créées. Les semaines à venir s’annoncent donc elles aussi décisives. Au Parlement européen, le vote ne devrait pas intervenir avant la fin de l’année.
les pays dits du « Sud », les plus touchés par le Covid-19 mais également les plus endettés (Espagne, Italie, Grèce, Portugal, France), sont partisans d’un système fédéraliste de dette commune et rejoints depuis mai par l’Allemagne et la France, alors chantre de l’orthodoxie budgétaire et des critères draconiens de Maastricht.
De l’autre côté, les pays « frugaux » ou les « radins », prodromes de la discipline budgétaire, emmenés par la hollande suivi de l’Autriche et des pays nordiques, défenseurs d’un mécanisme de prêts aux États conditionné à des réformes structurelles. Et enfin, les pays de l’Est, Pologne et Hongrie, mis à l’index par les institutions européennes et les autres États de l’Union pour leur attitude vis-à-vis de l’État de droit et des droits fondamentaux.
 
L’enjeu, c’est de transformer l’essai. Très vite, après un certain retard à l’allumage, l’Europe a su prendre la mesure de la situation et se mettre en ordre de bataille, pour protéger la santé et les emplois de ses citoyens. Ce sursaut européen, il faut maintenant l’inscrire dans la durée, afin de montrer à ceux qui espèrent comme à ceux qui doutent que l’Europe est parfaitement capable de se dépasser quand les circonstances l’exigent.  pour donner une nouvelle dynamique à la relance et doter l'UE d'un outil puissant pour remettre l'économie sur pied et construire pour l'avenir. Ce plan de 750 milliards d’euros, qui doit beaucoup à la France et à l’Allemagne, a déjà marqué l’histoire de l’Europe, en donnant une traduction très concrète à l’immense besoin de solidarité collective qui se fait aujourd’hui sentir sur le vieux continent et à l’ambition commune de préparer l’avenir dès aujourd’hui.